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dimanche 22 novembre 2020

 






Face au brouhaha des images
À l'ennuagement des esprits 
Au tapage des sons
Quoi de plus essentiel 
Que de faire entendre un ciel d'enfance
Une blessure muette
Des branches de silence
Des rires éclatants et des voix familières
Une cour de ferme aux fleurs d'éternité
Des champs offerts aux rumeurs de la mer
Des haies de saules aux feuillages argentés
Des nuits confiées aux vents frais aux étoiles
Un printemps de coquelicots 
Des matins dépliés en nappes de soleil
Des chansons qui sortent des poitrines
Une parole poudreuse de la poussières des chemins 
Des sourires qui sauvent des gestes fraternels
Une table pour le partage  
Des oiseaux accordés à la joie ? 

Jean Lavoué, 21 novembre 2020















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mardi 17 novembre 2020

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Halage au lent manteau de brumes endormies
Aux matins de roseaux et d'herbes aux cheveux d'or
Tu remontes le temps vers les amis enfouis
Dans les méandres de la mémoire 

J'entends encore leur souffle enfanté pour le chant 
La danse des abers couronne leurs chemins 
Tes rives ont la couleur des fêtes de villages
Dont leur voix souveraine était l'âme autrefois 

À l'entrée de l'hiver
Tu caresses les ombres des arbres engloutis
Dans les marées du ciel 
Les ronces les fougères rouissent tes eaux vives 

L'estuaire à nos portes
L'impatience se défeuille
Et nous allons confiants vers des îles nomades 
Bretagne des rivières et Bretagne des sources 
Compagne fraternelle des marins en partance 
Tu délivres à nos pas
Un passeport pour la joie. 

Jean Lavoué, 16 novembre 2020
Pensées émues pour mon ami Yann-Fañch Kemener en écrivant ce poème.
Photo JL 16/11/20
























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dimanche 15 novembre 2020

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L’ENFANCE DES ARBRES – OUEST-FRANCE DU 12 NOVEMBRE 2020

 

Propos recueillis par Isabelle Le Poder

 

Quand et pourquoi, Jean Lavoué, avez-vous-créé votre maison d'édition ?

 

J’ai créé L’enfance des arbres en février 2017. Suite à un blog de partage poétique du même nom qui existait depuis 10 ans. Des lecteurs me demandaient comment retrouver ces textes. Bien que publié par d’autres maisons d’édition, je me suis dit que le plus simple, pour de la poésie, serait de les éditer moi-même tout en publiant aussi d’autres auteurs. 

 

Combien de livres avez-vous actuellement en catalogue ?

 

J’ai publié 25 ouvrages en 4 ans. Très peu sont épuisés. Une douzaine d’auteurs différents et autant d’artistes illustrateurs.

 

Tous les écrivains sont-ils bienvenus chez vous ? (Genres, 1er livre...)

 

L’orientation, sans être exclusive, s’est faite très tôt autour de la poésie, illustrée par différentes formes d’expression artistique : peinture, gravure, dessin, aquarelle, pastel, photographie, calligraphie… Le choix est aussi de privilégier une dimension d’intériorité, d’où la parution d’ouvrages dans lesquels une certaine sensibilité spirituelle est présente. Des essais littéraires sur René Guy Cadou, Jean Sulivan, Etty Hillesum ou encore bientôt Xavier Grall s’inscrivent aussi dans cette ligne.

 

Quels auteurs, par exemple, avez-vous publiés ?

 

Beaucoup d’auteurs bretons. Je pense en particulier au moine poète de l’abbaye de Landévennec, Gilles Baudry, ou encore aux poètes, Jean-Pierre Boulic et Christine Guenanten. Quelques-uns publient pour la première fois. Parmi les artistes, outre la pastelliste Nathalie Fréour de Nantes, plusieurs auteurs d’aquarelles ou de gravures morhihannais : Bernard Schmitt, Marie-Hélène Lorcy ou encore Marie-Françoise de Salins d’Hennebont qui a illustré plusieurs ouvrages.

 

Quels sont les atouts d'une petite maison d'édition pour les auteurs ?

 

Je dirai que c’est d’abord la chance d’être publié, là où le chemin est semé d’embûches pour accéder aux maisons d’édition nationales. Le revers de la médaille, c’est souvent le peu de visibilité, surtout s’ils n’ont jamais été publiés auparavant : la diffusion doit donc reposer aussi sur la mobilisation de leurs propres réseaux.

 

Y a-t-il une fragilité économique d'une telle entreprise ?

 

Oui, forcément mais comme il ne s’agit pas pour moi de dégager des bénéfices mais d’équilibrer les résultats, ce qui est le cas depuis quatre ans, les conséquences sont limitées. L’enjeu est d’abord celui de la création, tout en offrant un espace de publication à des auteurs. Avoir le souci économique d’une entreprise avec des salariés serait une toute autre gageure.

 

Nous vivons actuellement une période difficile pour le livre. Qu'en pensez-vous en tant qu'éditeur ?

 

Je dirais que je pense d’abord aux libraires. Car l’épreuve économique les touche, eux, de plein fouet. Pour les éditeurs aussi, tout s’arrête brutalement. Avec les librairies fermées, en effet, plus de commandes ! Certains éditeurs, tout comme certains libraires, peuvent réellement avoir du mal à se relever quand les charges sont trop lourdes.

 

Et en tant qu'écrivain et poète, comment vivez-vous cette période troublée à la fois par la crise sanitaire mais aussi par la vague terroriste ? Est-ce que ça vous inspire ou au contraire ?

 

Depuis un peu plus de 6 ans les textes poétiques que je partage sur FaceBook ou sur mon blog www.enfancedesarbres.com sont fréquemment inspirés par l’actualité, ce qui a encore été le cas à l’occasion des récents attentats. A côté des multiples sources d’information nécessaires, une certaine résistance par l’art ou la poésie me semble aussi un enjeu vital.

 

Comment commander les livres ?

 

L’ensemble des livres est disponible à la librairie « Quand les livres s’ouvrent » de Lorient qui dispose d’un site : https://www.quandleslivressouvrent.com/

On peut aussi commander les livres directement sur le site de L’enfance des arbres : https://www.editionslenfancedesarbres.com/

 












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jeudi 12 novembre 2020

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Dans la nuit rivale du monde
Où tout devient confus,
Quand verrons-nous des gestes de lumière 
Annonciateurs d'un matin ? 

On ne discerne plus rien ;
La parole trompeuse a tout envahi ;
Même les pauvres sont perdus ;
Où s'ouvrira la brèche d'un passage ? 

Seule demeure la rumeur de la terre
Qui a soif et qui souffre :
Notre part commune oubliée, 
Notre enfance mutilée,
Comment les retrouver ? 

C'est l'oreille penchée sur la pâleur de l'herbe
Que nous devons sentir les crevasses de nos divisions
Et qu'il nous faut écouter où bat le cœur de la planète. 

Que la maison où nous souffrons, 
Tous saisis du même mal,
Soit désormais notre clef de justice,
La porte de notre clairvoyance,
La table de nos tranchantes décisions ! 

Jean Lavoué, 11 novembre 2020











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dimanche 8 novembre 2020

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La parole résiste
Tel un soc de charrue
Dans les mottes du silence 

Petite fiancée du ciel
Elle couronne d'azur
Nos heures les plus sombres 

Elle prolonge l'amour
En publiant le ban
D'un vol nu de colombes 

Elle épouse le brin d'herbe
La transparente libellule
Le chant d'oiseau le plus ténu 

Elle est partout chez elle
Elle sourit au passant
Et s'en va souveraine 

L'arbre en disperse l'or
De ses branches agiles
Pour des moissons futures 

Elle est petite fille du trèfle
Amante des fougères
Compagne ailée des mouettes 

Elle est libre comme le vent
Insaisissable et vive 
Sans point final et sans façons 

Jean Lavoué, 7 novembre 2020













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jeudi 5 novembre 2020

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Que valent ces nuées de mots Brassées d'ailes mortes qui nous encerclent 
Que peuvent ces images qui nous mentent
Devant l'humble beauté
D'un matin triomphant ? 

Comment se défaire de la triste parole
Sinon plonger ses mains
Au lavoir du silence ?
L'herbe ne fait pas de bruit
Pourtant continûment elle pousse 

Nous sommes les enfants de nos jouets cassés
Ignorant tout de la profusion de la vie
Devant la pluie de feuilles
Où l'arbre se dépouille
Comment penser à soi  ? 

Le monde nous est confié
Et nous le recouvrons
De nos éclats de voix ! 

Le point de gravité de l'homme
C'est sa tendresse blessée
C'est le chant de la terre
Le cri douloureux de pauvres 

Comment le retrouver ? 

Jean Lavoué, 4 novembre 2020
Photos, JL 4/04/20





















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mardi 3 novembre 2020

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S'ils t'amenaient à douter
De l'humanité qui est en toi,
Alors ils auraient réussi leur crime  ! 

S'ils plantaient dans ton coeur
Les couteaux de la haine,
Alors le sang de leurs victimes aurait fleuri pour rien ! 

S'ils te faisaient désirer
Plus la guerre que la paix,
Alors ils auraient su t'amener sur leur propre terrain ! 

S'ils parvenaient à te dresser
Contre les valeurs mêmes qu'ils défigurent, 
Alors, par milliers, tu aurais perdu des frères ! 

Contemple avec tes larmes
Combien tu peux te fourvoyer toi-même
En leurs sombres desseins ! 

Arrache les épines, ôte la poutre,
Vois et regarde l'humanité blessée
Qui est en toi ! 

Ne sois plus le terreau
De leur geste violent qui arrache et détruit,
Mais cette terre ouverte
Où s'affirme une voie d'amour
Et un chemin de paix. 

Jean Lavoué, texte publié le 16 novembre 2015, au lendemain des attentats de Paris 
www.enfancedesarbres.com 

Photo : Vincent, Simone et Nadine, les 3 victimes de l'attentat de Notre-Dame à Nice du 29 octobre 2020 • © Facebook/Salvatore Gabriele


























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vendredi 30 octobre 2020

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Ils ont ouvert le livre
Comme on découvre un champ de mines.
Ils ont dégoupillé les versets de la peur.
Ils ont défiguré le secret,
Couvert le nom divin de leurs cris de victoire.
Ils se sont faits juges pour liquider le pauvre
En tout homme comme  en eux-mêmes,
Et jusqu'en Celui qu'ils disaient honorer.

Ils ont fait flamber la revanche de Dieu,
Ils ont cru son heure arrivée.
Ils ont oublié la femme et l'homme
Et l’enfant,
Et le souffle qui parcourait les mondes,
Et toute la beauté.

Ils ont rempli de puissance le vide de leur âme
Couvert de sang leurs mains,
Cerné la terre de désolation.
Ils ont cru ceux qui les avaient trompés,
Ils ont éliminé toutes traces de leurs mensonges.
Ils ont détruits leurs sources                          
Et toutes voies qui les confondraient.

Ils s'en sont pris au plus sacré en eux
Comme au plus vulnérable qu'ils haïssaient.
Ils ont fait de leur religion un enfer,
Méprisant toute autre croyance
Et défigurant la voix de leurs prophètes.
Ils se sont rendus inaudibles
A force de vouloir être purs.
Ils ont fait de leur Dieu ce monstre redoutable
Confondant la vie et la mort :
Ils ont choisi le chemin contraire,
Préférant leur propre loi à celle gravée dans leur cœur. 

Ils ont rouvert la porte des désastres,
Ignorant que leur violence était déjà vaincue
En chaque victime innocente, 
En chaque amour brisé.
Ils ont fait place ainsi en tout homme
Au Pauvre venu s’y révéler.
Ils n’ont assassiné que leurs croyances.
Ils n’ont fait que rendre plus précieuse encore
La Vie même qu’ils ont refusée !

Jean Lavoué
www.enfancedesarbres.com

Photo : nuit du 29 au 30 octobre 2020, Un homme prie devant la Basilique Notre-Dame de Nice. Daniel Cole/AP/SIPA


Poème publié le 30 octobre 2016, voilà 4 ans... Solidarité avec toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté dont la foi se trouve ainsi défigurée...














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jeudi 29 octobre 2020

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Comment garder la voix
Comment garder le Chant
Quand les jours s'obscurcissent 

Nous élaguerons la fausse parole
Pour percer un chemin
Dans les ronciers de l'âme 

Nous retrouverons des masures d'enfance
Où les pauvres s'asseyaient 
En silence près du feu 

Ils tenaient compagnie aux plantes
Aux  arbres aux animaux 
Et tendaient sans trembler
La baguette des sources 

Nous serons ainsi les uns avec les autres
Compagnons de patience et tisserands de vie
Prenant soin de nos nuits 
De nos mains sans sommeil
De nos ombres passagères 

En des clairières de tranquillité 
Nous garderons au cœur
L'assurance d'une brèche
La consolation des feuilles 
La promesse d'un printemps 

Jean Lavoué, 28 octobre 2020 
























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mercredi 28 octobre 2020

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Merci, cher François Prouteau, pour cette CARTE BLANCHE sur RCF le LUNDI 26 OCTOBRE À 12H11 

Parole-Ecriture d’Espérance pour couvre-feu

La pandémie a ralenti voire arrêté certains secteurs de la vie culturelle. Ce n’est pas le cas de la lecture, si l’on en croit la vente des livres qui explose. Et le couvre-feu dès 21h risque encore d’accentuer le phénomène. 

Parmi les coups de cœur des derniers jours, je veux vous parler d’un ouvrage édité par L’enfance des arbres et intitulé Avec Jean Sulivan, dans l’espérance d’une Parole.
L’ouvrage est un recueil de témoignages, quarante ans après la mort de Jean Sulivan. On compte parmi les contributeurs et amis, Jean Lavoué bien sûr, Colette Nys Mazure, Gabriel Ringlet, Dominique Collin, Jean-Claude Guillebaud, ou encore Bertrand Révillion.
Ce livre rend donc hommage à l’écrivain prêtre Jean Sulivan, un des plus originaux de la deuxième partie du XXè siècle, auteur d’une trentaine de romans et d’essais. Il faut saluer avant tout en lui l’homme de parole. On le sait la parole est créatrice, elle chante dans les mots du poète, en liberté. Jean Sulivan écrit : « Avant d’agir politiquement, la foi agit poétiquement, crée le regard neuf, chante le magnificat ». «  La Parole c’est ce « Lève-toi et marche » qui n’en finit pas d’être dit et de nous créer ».
Pour Bertrand Révillon, Jean Sulivan a su montrer combien Dieu est insaisissable, « à la minute où on croit le connaître, il disparaît à notre regard, comme aux yeux des marcheurs d’Emmaüs. [...] Ce Dieu des profondeurs, comment être sûr de ne pas l’inventer pour son propre bonheur ? » interroge Sulivan dans un raccourci fulgurant. [...] Oui, oser briser, encore et toujours, les idoles d’argile de nos fausses certitudes sur Dieu ». Oui, oser briser toutes les idoles que l’on se fabrique ou que l’on fabrique pour nous, nos idoles les plus sacrés.
Juste après, Jean-Claude Guillebaud évoque la voix matinale de Sulivan, celle qui réveille et désinstalle ceux dont l’âme est habituée : « Je ne citerai que ces lignes : « Quelqu’un qui dit sa petite vérité me rapproche plus du Christ que les malabars et les techniciens du salut [...] L’Évangile, livre parole, plonge dans l’Ouvert de l’instant. Il est le livre insurgé. Le lire, c’est naître ailleurs » ». C’est cette insurrection qui est vitale dans la parole-écriture de Sulivan, celle du Dieu pauvre qui n’est que don et donne la vie.
Il faut lire la soixantaine de contributions, pour comprendre la force des écrits de cet homme puisés dans L’Évangile, des textes qui éveillent et ne laissent pas tranquille : Avec Jean Sulivan, dans l’espérance d’une parole.



















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