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mercredi 20 mars 2019




















J'ai voulu que la lumière
Devienne mon amie

Elle a pactisé avec les ombres
Elle a soufflé sans hâte
Sur les braises de mon âme

Elle a laissé le jour
S'élargir peu à peu

Puis consolant
Ce qui était perdu
Elle m’a fait le cadeau
De demeurer en moi

Jean Lavoué, poème déjà partagé le 20 mars 2016






























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Le poète Yvon Le Men disant un extrait de SOLO de Xavier Grall aux obsèques de Yann-Fanch Kemener le 19 mars 2019 à Sainte-Tréphine :


Seigneur me voici c’est moi

j’arrive de lointaine Bretagne

O ma barque belle

parmi les bleuets et les dauphins

les brumes y sont plus roses

que les toits de l’Espagne

je viens d’un pays de marins

les rêves sur les vagues

sont de jeunes rameurs

qui vont aux îles bienheureuses

de la grande mer du Nord



Je viens d’un pays musicien

liesses colères et remords

amènent les vents hurleurs

sur le clavier des ports



je viens d’un pays chrétien

ma Galilée des lacs et des ajoncs

enchante les tourterelles

dans les vallons d’avril

me voici Seigneur devant votre face

sainte et adorable

mendiant un coin de paradis

parmi les poètes de votre extrace

si maigre si nu

je prendrai si peu de place

que cette grâce

je vous supplie de l’accorder

au pauvre hère que je suis

ayez pitié Seigneur

des bardes et des bohémiennes

qui ont perdu leur vie

sur le chemin des auberges

nulle orgue grégorienne

n’a salué leur trépas

pour ceux qui meurent

dans les fossés

une feuille d’herbe dans la bouche

le cœur troué d’une vielle peine

de lourdes larmes dans le paletot

et dans les veines des lais et des rimes

Seigneur ayez pitié !



La mort vient tôt frapper

à notre porte

les vents d’hiver emportent

les poitrinaires

"Solo et autres poèmes »,

Xavier Grall, Éditions Calligrammes, Quimper 1981



samedi 16 mars 2019

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Notre ami, Yann-Fañch Kemener vient de nous quitter...











Gratitude, cher Yann-Fañch
Pour tout ce que tu nous as donné,
Pour ton chant, pour ta voix,
Ta simple humanité !

Pour ce lundi de reconnaissance, d’adieu et d’amitié,
La Bretagne était forte dans le feu des ajoncs,
La Bretagne était douce sous la rumeur des harpes
Et les eaux de l'Ellé, sauvages comme un printemps.
Avec toi nous vivions ces instants de ferveur :
Guitare, accordéon faisaient trembler les branches,
Dans le ciel les bourgeons se courbaient jusqu'à toi.

Tu étais simple flamme qu'un souffle fredonnait,
Et nous penchés vers toi, te protégeant du vent,
Une compagnie d'enfants impuissants et timides
Pour dire les derniers mots, ces poèmes sans bruit,
Pour guider vers sa nuit un prince du pays,
Pour garder son silence juste aux lisières du cœur.



Le 11 mars 2019


Quelle émotion de retrouver Yann-Fañch en ce beau documentaire qui vient de lui être consacré par France 3 Bretagne 2019 : https://www.youtube.com/watch?v=PFkjdzIzmrk&fbclid=IwAR2-TEMNtvtIeJThIVIRSWD7oXs6zNz0uH27ktE2DJqdQ1LR3vsVnHx81vk

« Je pense que j’ai bien travaillé, assez bien travaillé... Je regrette peut-être de ne pas en avoir fait plus. Mais bon, c’est comme çà. J’ai fait ce que je pensais bon d’après moi. Et ça je ne le regrette pas. » Yann-Fañch Kemener









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vendredi 15 mars 2019


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Cette vie si fragile,
Ce chant inconsolé,
Cette fleur sans pourquoi,
Où l’accueillir vraiment ?        

Il suffit d’être là,                                   
Dans l’ouverture du jour,         
Repoussant doucement     
Les portes de la nuit.

Il nous faut recevoir
Comme un flux de silence
La clarté de ces arbres,
De ces berges aux oiseaux.

Partout le vent nous dit                
Son énigme et sa gloire.

Dans l’éclat des voilures
Nous sommes au rendez-vous
Ignorant tout du Chant,
       
Ce feu entre les mots, 
Dont le souffle nous porte.




  Jean Lavoué, Levain de ma joie, 12 mars 2018












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mercredi 13 mars 2019

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Ecrire c’est ne rien oublier de ce que le monde oublie.

C’est possible qu’il y ait tout un peuple derrière moi…

J’ai toujours pensé que l’écriture était une manière de rendre quelque chose à quelqu’un à qui ça avait été volé : la parole et par la parole la vision, l’éblouissante vision de la vie, celle de chacun.

Mon travail je l’ai toujours perçu comme cela.

Surtout ne pas laisser la mort écrire le livre.

L’écriture est l’ange gardien de nos vies.
Elle garde ce que nous ne savons pas garder.

Ce qui n’est pas écrit se perd comme de l’eau qui tombe dans du sable…

Il y a un bon silence, c’est celui de la neige, c’est celui d’une bougie, c’est celui des poèmes ;
Et puis il y a un mauvais silence, c’est celui qui laisse fleurir une blessure depuis longtemps faite et qui la laisse croître.

L’écriture c’est un principe de respiration et de délivrance.

Mon enfance, c’était une cour, déjà presque la disposition d’une page…

L’écriture, c’est toujours aller chercher dans la gueule du feu la perle de fraîcheur qui s’y trouve.
L’écriture est à son zénith quand elle éclaire les sans-visages.

Ce qu’on imagine être dehors, en fait est dedans.

La solitude est le lien le plus profond aux autres.
La solitude est cette cour d’école en chacun où nous pouvons nous retrouver et jouer ensemble.
Le monde, c’est la salle de classe. Ça ne rigole pas. C’est l’ennui…
La solitude dont je vous parle, c’est le délassement, vous quittez l’argent, le savoir, même vos métiers, vous êtes dans la nudité interne qui est celle de l’âme.
Les âmes c’est juste des enfants qui jouent.
Imaginez une cour d’école où vous n’avez plus rien à craindre. Vous n’avez que des amis.
La cour d’école dont je parle, c’est une page de papier… On peut s’amuser là, on peut s’entendre, on peut se croiser et même on peut se rencontrer.
Il n’y a rien de plus beau que de se rencontrer.

Il n’y a qu’un millimètre entre le paradis et nous.
Seuls, nous n’arriverions jamais à le franchir…

Je sais exactement ce que le monde détruit avec notre concours, du moins avec notre consentement…
Le monde n’est qu’efficacité.
Lui obéir, c’est arracher cette divine maladresse que nous avons au fond de l’âme et qui est la pudeur même… tout ce qui est réellement précieux et maladroit, timide, hypersensible… Nous sortirons vainqueurs de cette épreuve.

C’est par distraction que nous n’entrons pas au paradis de notre vivant.

La vraie force, c’est notre faiblesse, c’est notre misère.
Le mal a toujours pour l’œil le plus grand prestige.

La guérison réelle de nos plaies, c’est l’amitié.
Le secret, la conversation intime, amicale, touche aux racines de la vie et les fortifie.
C’est toujours quelque chose de l’invisible qui nous soigne, qui nous répare.
C’est toujours quelque chose de spectaculaire qui nous abîme.

Restons dans cette vie et c’est dans cette vie qu’il y a des résurrections !
Il s’agit d’amour simplement, pas de religion…
C’est un secret qu’il faut garder pour soi…

Nos armures servent à nous protéger contre la vie, pas contre la mort comme nous le croyons.

Il y a une vie qui ne s’arrête jamais et elle est impossible à exprimer… Elle fuit comme l’oiseau…

Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris.

Christian Bobin
In La foi d’écrire avec Christian Bobin.
Documentaire à retrouver intégralement dans l’émission du Jour du Seigneur diffusée sur Antenne 2 le dimanche 18 février 2018 entre la 3ème et la 28ème minute…


samedi 9 mars 2019

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Tout cela qui s’effondre autour de nous
Met à nu nos croyances :
Sur quoi sommes-nous fondés,
Sur le roc où le sable ?
Ce sont nos pauvretés qui sont ainsi mises au jour,
Nos flaques de nuit soudain révélées,
Signées de vide par le vent des marées.

Tôt ou tard nous serons noués au mât des hautes mers,
Emportés par l’azur,
Tordus par les courants,
Secoués par les tempêtes...
Ce n’est qu’en nous que s’ouvrira l’entaille d’un printemps,
L’offrande d’un bourgeon,
Nos branches aux nids d’oiseau...

Nous portons en germe la Parole insoumise,
Nous en sommes les princes de souffle et d’argile,
Fils et filles de son ardente royauté :
Nul ne saurait nous l’enlever !

Jean Lavoué, le 9 mars 2019

Photo jplenio/Pixabay











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