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dimanche 9 décembre 2018

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Qui s'avance au pas lent
Du fleuve immobile
Engendre des saisons
Dont il n’a pas rêvé,
Des instants de lumière
Gagnés sur l’éclaircie,
Des silences d’écorce
Et de sève promise.

Il n’a plus à compter
Le temps qui est donné :
Il contemple l’instant
Et ses battements d’ailes,
Il croise des courants
Arrimés aux nuages,
Il ne connaît la voie
Ni l’endroit où aller.

Il découvre des vases
Incendiées par les pluies,
Il n’a plus rien à dire
Qu’à écouter le vent
Où s'annoncent des jours
Aux sillages d’oiseaux.

La terre est à sauver,
Il en est le témoin ;
Il cherche à demeurer,
Il vole vers les cimes :
Sa marche est une danse
Sur le fil d’aujourd’hui.

Loin des bruits de tempête,
La contagion des foules,
Il consacre le jour
Dont il est le gardien ;
Il n’est pas séparé
De ces cris de colère
Mais il consent ici
À la vie redonnée.


Jean Lavoué, texte et photo 7 décembre 2018





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vendredi 7 décembre 2018

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« Persévérer en ces temps de fer à faire crédit à ce qui est fragile,
à ce qui vacille, à ce qui fait faillite.
Persévérer à avoir foi en chaque homme,
à préférer être déçu dix fois
plutôt qu’hostile une seule fois.
Persévérer à n’investir que dans le sable qui coule entre les doigts
et dans les espérances non cotées en bourse.
Persévérer à croire que l’instinct primordial en chaque homme
est la vénération et que c’est la répression de ce désir
qui rend haineux et fou.
Persévérer à voir Dieu partout. Entre les lignes des slogans,
dans les caniveaux des villes et sur les murs des banlieues,
à l’entendre dans le braillement des haut- parleurs,
dans le crissement des freins et dans le frrrrrt…d’un oiseau envolé.
Persévérer à préférer que la raison me quitte plutôt que l’espoir.
Et l’espoir plutôt que l’amour.
Persévérer.
Pour que la gangrène de l’indifférence ne se propage pas. »

Christiane Singer

















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Pierre Tanguy à propos de « Levain de ma joie »


      Chant, mélopée, incantation, louange : le nouveau livre de Jean Lavoué est à ranger du côté des ouvrages qui interrogent notre présence au monde. Et - osons-le dire - participent de cette veine mystique qui irrigue, depuis des siècles, la littérature européenne.
 
(…) Jean Lavoué s’est abreuvé aux récits des Evangiles et a fait sienne les paroles prophétiques de Jean Sulivan, d’Etty Hillesum, de Christiane Singer… et de  tant d’autres, chrétiens des « marges » qu’il appelle ici les « passants de l’obscur et des constellations ».

   Mais maintenant que le temps est « compté » (comme il le dit dans Chant ensemencé, son précédent livre) et que la maladie suscite en lui une forme d’urgence de dire et de louer, son écriture s’auréole (…) de cette gratitude d’être encore au monde dans la lumière des saisons et dans la présence fraternelle de lieux familiers (le Blavet, les écluses…). Autant de « lieux communs » qui peuvent un jour « devenir révélations », comme l’écrivait Jean Sulivan. « Si je tiens mon journal entre poème et chant/Ce n’est pas par oubli, c’est pour ne pas mourir/Pour accueillir l’ivresse de se savoir ici », souligne Jean Lavoué.

   C’est encore une fois le Chant qui domine dans ce livre, chant synonyme de vie en plénitude que le poète François Cheng salue chez Jean Lavoué. « Ce vrai chantre, ce grand témoin, à l’heure indécise, bien avant l’aube, nous arrache à notre sommeil », écrit-il dans une lettre à l’artiste Nathalie Fréour qui accompagne de ses dessins le Chant ensemencé. Eloge de poids de la part d’un académicien saluant « l’âme noble et généreuse qu’est Jean ».
  L’écriture de Jean Lavoué, en effet, est là pour nous envoûter et nous embarquer. Nous faire passer sur l’autre rive car « la nuit a dispersé nos hymnes » et « nous ruons à tout-va enserrés dans la nasse ». Le poète breton écrit donc: « Nous sommes promis à bien d’autres rivages,/A des lumières pures, à des beautés sans nom,/A des fleuves inconnus surgissant de nos terres,/A des bourgeons d’azur jaillis du même tronc ».

   Le poète se permet même une escapade du côté de La Chesnaie à la Pentecôte 2018. Pèlerinage intime au pays de Félicité de Lamennais auquel il a consacré un livre (La prophétie de Féli, Golias, 2011) pour nous dire, cette fois, que « Tous les oiseaux de mai/Ont rendez-vous avec l’azur// Le vent signe d’un grand silence/Ce jour ébloui// Nous marcherons longtemps encore/Sous la verrière de l’aube//Acclamant la beauté/qui nous réconcilie ».
     Oui, la gratitude et l’émerveillement « quand les âmes se font chant » comme le dit François Cheng.
                                                                                                     Pierre TANGUY.

Levain de ma joie, poèmes printemps 2017-été 2018, préface d’Yves Fravalo, gravures de Marie-Hélène Lorcy, L’enfance des arbres, 167 pages, 15 euros.

Jean Lavoué publie par ailleurs aux éditions L’enfance des arbres
 Fraternité des lisières, Poèmes pour la paix 201-2018, Gravures de M.F. Hachet de Salins)
Nous sommes d’une source, Poèmes pour la vie 2014-2018, gravures de Serge Marzin
Chant ensemencé, chronique d’une année bouleversée par la maladie, dessins de Nathalie Fréour.

Chaque livre (14x20,5cm/170 pages) est illustré et proposé au prix de 15 euros chacun.
Pour toute souscription et commande d’ici le 31 décembre 2018, les frais de ports sont offerts.
Commande à adresser Editions L’enfance des arbres, 3, place Vieille ville, 56 700 Hennebont 



 
Echos…

Geneviève de Simone-Cornet
Un livre bouleversant de lucidité et d’abandon. Jean Lavoué est fragile mais vivant encore, et il nous donne «jusqu’au chant du silence/le grain de la parole/en semence de vie/en levain de la joie». A nous de tendre l’oreille.


Sylvie Reff
Un grand merci de votre bouleversant Chant ensemencé ! J'avoue que cette lecture m'a renversée…Vous avez rédigé en état d'incandescence, offert à la pureté de cette parole qui vous traverse. Cruel de songer au prix de sa beauté.


Jean-Claude Coiffard

Oui, l’essentiel, voilà ce à quoi nous nous amène toute la poésie de Jean LAVOUE. Voilà vers quels signes nous entraînent les mots du poète, vers les graffitis de la joie. Vers la clameur des sources. Vers l’eau pure des fontaines. Vers les larmes de l’enfance éclairant les jardins de la nuit.


Yves Fravalo

L’écriture pour Jean Lavoué, on le voit, n’est pas une occupation seconde, une occupation de loisir, elle est au cœur de sa vie, elle est le cœur de sa vie, elle constitue proprement sa façon d’être au monde.


Joseph Thomas

Poète et sourcier de l’âme, Jean Lavoué est une plume fraternelle, toujours transparente. Il vous rejoint dans vos propres fragilités, inquiétudes et doutes. Il vous embarque dans la belle fraternité des poètes… C’est ainsi qu’il célèbre la vie quotidienne  et éternelle.


Gilles Baudry
Tu es un écrivain majeur en Bretagne. Ce qui me touche, c’est que c’est le poème (et non la prose) qui vient te prendre par la main… La poésie est vraiment ce qui demeure quand tout semble s’amenuiser et qui nous arrache à l’inessentiel.


mercredi 5 décembre 2018

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Poème dit par Jean Lavoué




Qui saurait laver les mots
D’une eau de justice
Et en ferait un horizon
Que chaque main éprouve,
Trouverait à l’instant
Les germes de fraternité
Dont nos moissons sont grosses
Et nos terres fécondes.

Il comprendrait ce monde,
En nettoierait la source,
Chacun aurait à cœur
De le réinventer.
La qualité serait
De prendre soin de tous :
Plus d’indices trompeurs,
De fausses pistes sur les routes,
Nous aurions chaque jour
La planète à aimer.

Nous donnant sans compter
Nous saurions où aller,
Épelant les saisons
Nous bénirions l’automne
Dont nous serions vêtus.
Nous saurions reconnaître
Le peuple dont nous sommes
Tel un frémissement
D’orage dans les blés.


Jean Lavoué, texte et photo 4 décembre 2018

















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