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jeudi 9 juillet 2020

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Quand ton poème sera aussi pauvre
Qu'un peuplier se balançant dans la lumière
Alors tu n'auras plus rien à faire
Qu'à être là
Poreux aux murmures du silence
Docile aux nuages
Complice avec l'herbe sauvage
Avec l'eau vive avec le vent 
Patient avec toi-même 
Capable de demeurer dans le feu des saisons 
De te dresser confiant entre terre et ciel
Fidèle à la nuit de la sève
Comme aux secrets du chemin. 

Jean Lavoué, 8 juillet 2020
J.L 8/07/2020

































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dimanche 5 juillet 2020

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GEORGES PERROS : ÉCRIRE...



Ecrire, c’est faire vœu de pauvreté.

... c’est une question de timbre, de voix.

... Les mots laissent passer le texte, comme les fleurs, le vent.

Ecrire, c’est dire une vérité que la vie ne supporte pas. 

... C’est dire adieu à quelqu’un à quelque chose qu’on reverra le lendemain. On ne peut pas divorcer.

Ecrire donne envie de lire...

Il faut montrer ce qu’on écrit. Ne serait-ce que pour savoir jusqu’à quel point, c’est résistant. 

... On a tous un bout de monologue dans la peau. Il faut le donner aux autres, même si l’on s’en méfie.

Il faut écrire pendant que c’est chaud.

Ecrire transfigure la vie, ne la change pas. 

... La poésie, seule, et rarissimement, touche le ciel véridique. 

Parfois, le soir, il me prend l’envie de téléphoner au bon dieu.

G. Perros, Extraits de Papiers collés

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Cher Brice,

Le plus beau poème du monde ne sera jamais que le pâle reflet de ce qu’on appelle la poésie, qui est une manière d’être, ou, dirait l’autre, d’habiter ; de s’habiter. 

Toutes les réactions des hommes relèvent de la poésie. Ça ne trompe pas. La poésie, c’est l’indifférence à tout ce qui manque de réalité.

... C’est le seul engagement qui vaille, parce qu’il englobe la souffrance. Un homme de cet ordre, je me demande s’il peut pleurer. Mais il peut empêcher les autres de le faire. 

Cette passion du réel, qui fait longer des précipices, ce goût exclusif, comment ne nous rendrait-il pas plus aptes à comprendre autrui, et pas le comprendre comme ça, non, mais le remplacer, en quelque sorte, le relayer dans son poème interne, retrouver avec lui la source, nettoyer le lit de son eau vive, et remettre en branle la circulation originelle.

C’est derrière les mots qu’il faut aller voir, les mots sont des repères qui peuvent nous tromper si on les manipule de travers. Il y a une charge de silence qu’il faut respecter...

Un grand poète, c’est un monsieur qui, une fois, ne s’est pas trompé, a pris la voie royale de tous ses possibles... 

Il est probable que nous sommes le poème de Dieu, fragments de langage unique. 

Il y a des moments de fulguration, qui éclairent nos murs, nos limites, qui nous laissent à penser que tout n’est pas absolument absurde...

La poésie, comme je l’entends, c’est le seul obstacle au suicide... Il n’y a pas moyen de se suicider en poésie, puisque c’est, comment dire, déjà fait. 

En fait, la poésie, c’est de considérer tous les hommes en poètes, comme s’ils étaient des poètes. Et s’y tenir. 

Moi, je vais vous dire, j’ai envie d’être heureux. Un peu comme on dit bêtement que les clochards le sont. Heureux de rien, et incapables de lever le petit doigt pour figurer dans le spectacle... 

Mes coulisses, c’est le ciel, la mer, le vent, l’arbre, et qui m’aime me suive ! Je n’en démordrai pas, je n’en démordrai pas, c’est un pacte avec ce qui me paraît plus vrai que tout le reste, avec ce qui me rend à un langage plus modeste, plus fragile par rapport à celui des hommes de société, dont je comprends mal la nonchalance active...

J’ai déniché une mansarde où travailler en paix. Une table, une chaise, une lucarne. Un peu comme si je partais à l’école, tous les matins. Tania n’y trouve pas à redire.

Je vous embrasse, vous et Éliane.

Écrivez.

G. Perros, Extraits d'une lettre à Brice Parain 1962










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vendredi 3 juillet 2020

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Et toi que dirais-tu de galoper joyeux
Avec une poignée d'amis de frères
Sur les rives de ta jeunesse

Aujourd'hui est un jour pour l'allégresse et pour la joie
L'avais-tu oublié 

Quitte tes habits de tristesse
Sors vers les rencontres imprévues
Annonce ici-même la ferveur d'un royaume
Ses allées souveraines 

Tant d'espace restent ouverts
Tant d'éclats de ciel
Pourquoi rester immobile
Prends ton grabat et marche
Invente-toi un jour neuf !

Tu n'as pas fini d'être étonné par les brûlures 
Et les saluts du chemin.

Jean Lavoué, 2 juillet 2020
Photo J.L., chemin de halage du Blavet, 2/07/2020





















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mardi 30 juin 2020

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Escorte la lumière
Sois fidèle au matin
Du plus obscur jaillit le germe

Ne maudis pas ton sillon
Sois le complice de tes nuits
Là où tu te croyais perdu
L'amour pousse sans bruit.



J.L. 30 juin 2020
Photo Tuan86/Pixabay



































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vendredi 26 juin 2020

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LES MIETTES DU POÈME

Qu'est-ce qui va surgir aujourd'hui 
Que tu n'aies jamais vu
Quelles fleurs du soleil
Fêteront ton chemin 
Quelle feuille en tombant 
Ranimera l'été 

Tu vas vers des visages
Dont les traits sont mystère
Des secrets murmurés
Par les oiseaux de l'âme 
Des mains dont la ferveur
Annoncent le matin 

Là-haut les graminées
Font cortège à la terre
Tu marches calmement 
Dans la lisière des heures
Disponible à l'orage 
Poreux à la lumière 

Toute vie a son chant
Tout instant a sa gloire 
Tu recueilles en tremblant
Les miettes du poème 
Tu accordes ton pas
À l'amble de la joie.

Jean Lavoué, 25 juin 2020
Photo J.L. 25/06/2020






















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mercredi 24 juin 2020

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LES PAS D'UN AMI 

À Jacques Bonnadier

Quand les pas d'un ami se rapprochent
Aussitôt des cohortes d'oiseaux
S'enfuient dans ma mémoire 
Pour me donner la clé
D'un royaume enfoui 

Il savait les passages
Les levées souveraines 
Les éclaircies de l'âme
Il connaissait le chiffre 
L'enclume de la parole
Avait gardé au cœur
Étincelles invisibles 
Les éclats d'un amour 

Ses mots dessinaient l'arche
Du poème en attente 
Il prononçait par cœur
La rime des saisons 

Sa voix perçait encore
Sous la brume des fatigues
Il n'avait pu échapper au printemps tourmenté
À ces fièvres sournoises
Mais il reprenait pied dans les biefs de la joie

Il m'atteignait ici 
Sur les berges du silence
Où tant de voix bruissaient
Dans les marges de l'aube 

Les pages d'un chant libre
De soleil et de vent 
Faisaient revivre en nous
Tout un peuple endormi
Dont nous étions ici
Dans l'instant infini
Enfants de même source
Et rois du même sang

Nous savions retrouver
La sève sous l'écorce
Et le feu des racines 
Le souffle du vieil arbre
Et la force invincible.

Jean Lavoué, le 23 juin 2020 
Photo Andre_Rau/Pixabay














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dimanche 21 juin 2020

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Quelques mots partagés ce 20 juin avec les participants au parcours Meditatio Écologie "s'élancer vers une terre nouvelle !" qui s'est déroulé du 20 mai au 20 juin. Une cinquantaine de personnes ont participé aux différents ateliers d'écriture poétique que j'ai animé par visioconférence dans ce cadre à l'invitation de de la Communauté mondiale pour la méditation chrétienne (WCCM http://www.wccm.fr/)

Quel émerveillement de voir comment ce simple exercice de se consacrer entièrement, pendant un bref moment, à l'attention à nous-mêmes, à notre corps, à la présence à ce qui nous entoure, à tout ce qui nous habite d'émotion, de chagrin ou de joie, nous fait entrer, nous met en état de poésie !

       Et cet état de poésie ne consiste pas d'abord, ni seulement, à écrire quelques mots imagés, à s'efforcer à un exercice studieux, appliqué, mais c'est plutôt avant tout   une "manière d'être et de s'habiter vraiment" (Perros), de se rendre poreux au bruissement de la vie qui nous traverse. Comme l'enfant, c'est entrer dans le jeu, et se laisser simplement aller à la joie d'être au monde.

       C'est s'autoriser à laisser surgir en soi un chant qui est le fruit d'un accord avec tout ce qui est : la nature, la beauté comme la fragilité du monde ; l'épreuve traversée ; le deuil ; l'émotion d'une rencontre, d'un amour... Un silence qui bouleverse...

       C'est tout cela que nous nous sommes donnés la chance de vivre ensemble au cours de ces ateliers.

       Et les mots qui sont nés, qui ont été partagés, sont vraiment le fruit de cette attention à l'essentiel qui fait vivre.

       Chacun l'a senti dans le moment du partage, après cette plongée dans le silence à partir duquel ont surgi ces mots inattendus. Il suffisait simplement de leur laisser en soi la place. Chaque personne nous a fait le cadeau de mettre au monde ce qui faisait pour lui, à cet instant précis, la note unique dont tout son être résonnait.

       Gratitude donc et merci à chacun pour cette entrée en résonnance qu'ont permis autant ce silence que l'accueil de cette voix et de ce chant dont nous sommes, chacun, les hôtes.

       Il nous revient à présent de continuer à nous donner des temps pour accueillir simplement cette voix et ce chant, afin de les honorer et de les laisser se donner en nous et autour de nous avec confiance.

Jean Lavoué, 20 juin 2020












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samedi 20 juin 2020

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Merci, François Cassingena-Trévedy, pour cet hymne à la lumière !

Solstice

Rayon du soleil, lumière la plus belle
qui ait jamais lui sur Thèbes aux sept portes, 
tu es apparu enfin, ô œil
du jour doré…

SOPHOCLE, Antigone

Aujourd’hui, solennité du solstice.
Il y a quelque chose d’émouvant dans cette grande marée de la lumière,
dans cette marée de vive-eau de la lumière
qu’un long flux a préparée et qu’un long jusant va suivre.
L’homme fait beaucoup de bruit, 
un bruit qu’il appelle parfois insolemment de la musique :
la lumière qui monte ce matin sur les feuillages 
et qui va les caresser ce soir encore en son retrait
ne fait aucun bruit.
Oh ! vibration silencieuse de la grande scie circulaire en roue libre dans le ciel,
Soleil triomphal tranchant les fenaisons !
La lumière est pur événement,
le seul événement véritable, 
le seul événement qui arrive au monde
aujourd’hui.
Gratitude
pour la lumière que reçoivent aujourd’hui les façades de nos corps
et que gardent, comme le somptueux trésor des pauvres, nos yeux fermés.
Car les aveugles aussi savent la lumière : mieux que les autres
qui la consomment sans merci.
Merci, merci aujourd’hui, à la lumière qui monte
sur les arbres, les hommes et les cités.
C’est prière suffisante, pour tout homme qui vient au monde,
que de recevoir l’impression de la lumière sur sa face
et de lui répondre tout bas un merci dont le silence honore la sienne.
C’est un commencement de métier, pour l’homme, déjà, que d’être au monde 
aujourd’hui
dans la simple exposition de sa face à lumière
qui est le premier des biens.
C’est liturgie, déjà, que la Terre en train de devenir le Monde,
en peine de devenir le Monde,
la Terre offrant tour à tour son visage à la caresse d’une lumière sans années
dans la grande Nuit natale des espaces. 

Chaque jour est acropole pour que l’homme y monte,
n’offrant rien d’autre à la lumière
que la première de ses hymnes.

fr. François, 21 juin 2020

Photo J. L. 20/06/20
























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