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vendredi 18 septembre 2020





Quelle île nous précède 

Au-dedans de nous-mêmes 


Portail du silence

Clairière des rencontres 

Notre havre d'écriture

Nos criques en éveil 


Il nous faut chaque jour

Gagner ainsi le large
 
Tremper nos illusions

Dans l'encre de la joie


Il est un lieu en nous

Où tout est plus réel

La où le moindre souffle

S'engouffre dans nos voiles


Il nous faut jeter l'ancre

À l'aube de nous-mêmes 

Où rien ne nous est dû 

Mais où tout est donné 


Nous aurons des matins

Aux oraisons patientes

Et des ciels transparents
 
Accordés aux visages


Des marées insouciantes

Des envols sur la mer.


Jean Lavoué, 17 septembre 2020
Photo J. L. Landevennec, 12/09/2020

















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lundi 14 septembre 2020

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« Si l’on voulait donner une idée de la vie de ce camp, le mieux serait de le faire sous forme de conte. ». C’est ainsi que, dans une de ses lettres datées de 1943, s’exprime Etty Hillesum, alors détenue au camp de transit de Westerbork. Olivier Risser a souhaité lui rendre hommage et s’est prêté au jeu de l’écriture.

Voici, à la manière dont on pourrait la raconter à des enfants – mais cela s’adresse aussi et surtout à des adultes – une évocation de la vie au camp de Westerbork, au cours des années 1942-1943, tissée d’extraits des journaux laissés par Etty Hillesum et par Philip Mechanicus, un journaliste codétenu avec qui elle se lia d’amitié. 

Mais le récit, inspiré par la figure de cette femme à la vie bouleversée et par son inlassable amour du prochain, cherche avant tout comment trouver, même dans la nuit du mal, presque à tâtons, le chemin qui mène à la lumière. Par sa grâce et son indéfectible foi, la fée qui vient en aide à Sacha, le personnage principal, nous guide et nous ouvre la voie.


 

https://www.editionslenfancedesarbres.com/la-feacutee-westerbork--o-risser.html

 

 

Le livre d'Olivier Risser est disponible aux éditions L'enfance des arbres et peut être commandé dans toutes les librairies.

 

 

https://www.editionslenfancedesarbres.com/
















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De passage à Landévennec...

 

à l'ami Gilles Baudry 

 

Frère des hautes solitudes

Aux îles exaucées 

Sous les auvents du ciel

 

Tu arpentes en priant

Les allées du soleil

 

Les arbres te saluent

Dans les vergers de l'aube 

 

Compagnon silencieux

Des sources des visages

Et des marées patientes 

Tu fais cortège aux vents 

 

Guetteur de l'horizon

Où s'ouvrira le jour

Tu t'orientes au chant 

Des oiseaux de passage 

 

Dès le matin 

Sur les sentiers de la parole

Tu regagnes le large

Toujours saisi par le Poème 

Toujours en marche vers la mer.

 

Jean Lavoué, Landévennec, 12 septembre 2020

Photo : l’aube sur l'Aulne, J.L. 12/09/2020 















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vendredi 11 septembre 2020

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Les mots qui logeraient 

Au creux de tes silences

Le souffle de ta voix

Comment les réveiller ? 

 

La nuit viendrait peut-être 

Sur la crête d'un rêve

Au bout de l'impossible 

 

Cette trouée violente

Dans les dalhias du soir 

 

Les jardins de l'enfance

Seraient là redonnés

Avec toutes les roses

La brûlure de l'été 

 

Et cette cicatrice

Dans les jours du malheur

Serait comme oubliée 

 

La vie serait donnée

Et l'amour matinal 

 

Nul poème à écrire

Pour combler ici-même 

Ta lumière béante.

 

Jean Lavoué, 11 septembre 2020 

Photo Pixabay/Josch 13


















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dimanche 6 septembre 2020





Le poème tu le cueilles

Au bout de tes silences 

Ce rien qui inaugure

Tu en fais des clairières 

Débouchant sur le jour 

Tu vis de ces trouées

Dans les forêts de l'âme 

Pour te fondre au mystère 

 

Écrire ne serait rien

Sans cette écoute là 

Où tu es dépouillé 

De toutes tes croyances 

Tu t'avances sans but

Vers ces flaques de soleil

Où tu te sens rejoint

Où tu te sens compris 

 

Comme tu vas dégagé

Sur les sentiers de l'aube

Désencombré de tout

Disponible aux passants

Ce que tu as perdu

T'est partout redonné

Les branches écrasées 

Les herbes que tu foules

 

Où aller aujourd'hui

Sinon vers ces clartés

Cet univers sans bruit

Empli de chants d'oiseaux

Apprends à t'échapper

À sortir du courant

Pour goûter aux instants

Nourri de gratitude.

 

Tu te tiens sans un mot

Sur le banc des saisons

D'où tu vois s'écouler

Le fleuve de ta vie

Tes doutes ont disparu

Juste ce souffle en toi

Ce regard sans regard

Par où tu participes 

 

Cette grâce est donnée

A tout humain fragile

Qui se tient sans attente

À la lisière de soi 

Le monde passe en lui

Comme battement d'ailes 

Il n'a pour tout bagage

Qu'un grand vide à donner.

 

Jean Lavoué, 5 septembre 2020

Photo Jackie Fourmiès

 






















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mercredi 2 septembre 2020





Il faut creuser seul dans sa nuit

Sans se laisser dérouter 

Par les éclats trop purs

Ne sont-ils pas indices

Filantes étoiles 

De l'ombre traversée ?

 

Ce qui nous guide

C'est la terre obscure

Où nous sommes plantés 

Quand nous allons trébuchant

Nos pieds dans la boue et nos mains dans la glaise

Nous ne nous trompons pas 

 

Viennent pourtant des jours transparents

Alors que nous avons frôlé le pire

Des matins encore hantés par le noir des tempêtes 

Des traces lumineuses rescapées de quelles ténèbres 

 

C'est ainsi que nous naissons

De nos déroutes et de nos famines

Dépouillés de tout 

Nous ne savons comment

Nous advenons un jour 

Sans carte ni boussole

À cet espace délivré

Avec juste ce qu'il faut de ciel sur le visage.

 

Jean Lavoué, 1er septembre 2020 

Photo : tableau de Pierre Soulages, détail


























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mardi 1 septembre 2020

 








« L' « amour » ou ce que nous croyons être l’amour, avant que n’ait eu lieu l’empoignade, la friction, le corps à corps avec la création, la lutte avec l’ange, la confrontation avec l’ombre qui nous habite, cet amour-là n’est que le royaume de la mièvrerie.

 

Ce que j’appelle amour est entier dans cette phrase d’un rabbin rescapé d’un camp de la mort : « La souffrance a tout calciné, tout consumé en moi, sauf l’amour. » 

 

Si cette phrase nous atteint de plein fouet, c’est que nous sentons bien combien nous sommes loin des représentations, du décorum de l’âme. L’amour est ce qui reste quand il ne reste plus rien.

 

… Il existe un espace que rien ne menace, que rien jamais n’a menacé et qui n’encourt aucun risque de destruction, un espace intact, celui de l’amour qui a fondé notre être. »

 

Christiane Singer

Où cours-tu, ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? p. 63























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samedi 29 août 2020

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Même immobile

Tu arpentes les allées triomphantes du soleil 

 

Sans souci des averses

Le ciel a des éclats qui ne trompent pas

 

Tant de marches joyeuses 

Refluent en toi vers leur source

 

Tu es le passeur 

Des rives insoumises 

L'inaccessible voie

Tu l'inventes en chemin 

 

Tu es de l'assemblée priante

Des arbres et des rivières 

Même assis silencieux

Tu les emportes en toi

 

Tu suis les pas de l'homme qui ne s'arrêtait

Que pour dire aux passants qu'en eux il y avait des aubes

Des printemps souverains

 

Et l'intacte confiance

Et la force imprenable. 

 

Jean Lavoué, 28 août 2020 

Photo Devanath/Pixabay 























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mardi 25 août 2020

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Joie de Retrouver Sulivan sous la plume de Marion Muller-Colard dans La Croix du samedi 22/dimanche 23 août. J’achève en ce moment la mise en forme du livre d’hommage que lui consacre L’enfance des arbres à l’occasion des quarante ans de sa mort : « Jean Sulivan, dans l’espérance d’une parole ». Une soixantaine de témoignages enthousiastes pour dire l’empreinte d’une écriture qui demeure forte chez beaucoup…


MURMURER


Par Marion Muller-Colard, écrivaine et théologienne protestante

Marion Muller-Colard nous livre au fil de l’été une méditation personnelle. Prenant le contre-pied de l’obsession ambiante sur ce qui doit changer, elle s’intéresse à ce qui dure et qui nous permet de traverser les tempêtes. 


Je voudrais clore ce temps partagé avec vous, cette traversée de l’été, comme je l’avais commencé : en murmurant. Le murmure me semble à l’équilibre : il n’est pas sans audace, mais il est sans prétention. Il émane de la trinité humaine que Sulivan organisait autour de l’homme « libre, insolent et amical ». On trouve dans cette trinité tout ce qui tient un être, en miroir des valeurs républicaines de liberté, de fraternité et d’égalité. Je corrélerais volontiers l’insolence à l’égalité, si l’insolence veut dire ne jamais douter plus de soi que les autres doutent d’eux-mêmes, et déjouer les inégalités en les croyant tout simplement inopérantes – en n’y croyant pas, en somme. Murmurer consiste à renoncer à la fois à se taire et à crier. Vous écouteront ceux qui savent tendre l’oreille, capter votre basse fréquence, comme une oasis dans le désert que nous traversons – car la saturation, ne nous y méprenons pas, conduit à pire désert que le manque. Le murmure renonce à porter la parole providentielle, l’eurêka que nous cherchons à droite et à gauche, puis à gauche et à droite, comptant les points d’un match auquel nous participons si peu. J’aurais voulu aussi – disons : mon ego et moi-même aurions beaucoup aimé – porter un coup à l’histoire en disant la chose intelligente et définitive. Je ne l’ai pas dite, je ne l’ai pas entendue, mais les murmures de toutes nos conversations m’irriguent, me déplacent lentement, déjouent mes précipitations. À vous entendre j’admets, avec la prieure du Dialogue des carmélites, que c’est « quand le mal fait le plus de bruit que nous devons en faire le moins possible ». Bien sûr, elle parle en carmélite, depuis « un ordre voué à la contemplation », et il ne s’agit pas ici de se retrancher dans la pure contemplation au prétexte que le monde fait un bruit assourdissant. Il ne s’agit pas de fuir, il ne s’agit pas davantage de résoudre la tension entre la vita activa et la vita contemplativa que la philosophe Hannah Arendt opposait dans Condition de l’homme moderne. Au contraire, il s’agit de prendre au sérieux les affaires humaines et de savoir qu’elles ont besoin, pour cesser de tourner en rond, de personnes irriguées (et la vie contemplative participe à cette irrigation). Que les problèmes sérieux requièrent notre concentration, et que l’urgence, traduction de la menace en temps, requiert étrangement une certaine lenteur.

Participons donc ! En murmurant, avec liberté, insolence et amitié. N’existons ni trop bas, ni trop fort. Et pour la route, cet extrait éloquent de Sulivan, écrit comme un murmure, soufflé jusqu’à moi par le poète Jean Lavoué : « Je vous invite donc à ne partir que pour mieux rentrer en vous-mêmes. Et même si vous ne partez pas il est possible de retrouver votre ”terre intérieure”. Qui que vous soyez, quelle que soit votre peine ou votre solitude, il y a des instants heureux pour vous : des chemins, des ruisseaux, des quartiers de votre ville, la mer qui invite à la sérénité, la montagne qui dit : redresse-toi. (…) On nous a mis dans la tête que le but de la vie c’est de réussir en occupant des fonctions, en gagnant beaucoup d’argent, en acquérant du prestige. Quelle puérilité ! Le but de la vie c’est de rajeunir spirituellement. Chaque homme naît vieux, emmailloté dans les mots et les préjugés qu’on lui inculque. Devenir jeune en vieillissant, c’est se libérer de la peur, moins céder aux pesanteurs sociales. Finalement le plus grand service que nous puissions rendre à la société ce n’est pas de réussir, d’acquérir de la considération, mais de devenir libres et joyeux. » (Jean Sulivan, Parole du passant.)









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