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jeudi 16 août 2018

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Sans le silence et son Chant,
Sans cette énigme nue
Posée sur le front têtu de nos nuits,
Sans cet amour qui nous courbe
Comme épi de lumière
Jusqu’à sentir passer en nous
Le vent de la tendresse,
Sans cette patience infinie du soleil
Soulevant un à un
Chacun des cils de la terre,
Serions-nous jamais de cette fête
Où le ciel sans défaut et l’humus de nos cœurs ne font qu’un
En un regard qui nous absout,
Nous appauvrit,
Nous relève et nous simplifie.


 Jean Lavoué, le 15 août 2018
Texte inspiré de la magnifique photo de Zoheir Brihoum transmise par Saadou Estève




















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dimanche 12 août 2018

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Et nous allons chacun
Épousant le mystère
Cette brève clarté
Qui nous fonde et nous tue

Croyant élucider
Ces éclats dans la nuit
Compagnons d’un destin
Que la foudre protège

Nous sommes sans savoir
Sur cette obscurité
Cette flamme qui nous lie
Aux battants de la vie

Nous allons parcourus
De doutes éphémères 
De certitudes soudain
Crucifiées avec nous

Mais il y a ces flux
De la miséricorde
Ces clartés d’un instant
Où nous sommes sauvés

Alors nous nous taisons
Laissant aller le souffle
Vers ce silence d’or
Vers ce matin promis

Nous remisons enfin
Nos questions inutiles
Pour nous abandonner
À ce cap ébloui

La joie n’est pas certaine
Mais compagne de l’aube
Simple feu clignotant
Aux lisières inconnues 

Alors nous franchissons
Des berges des marais
Des forêts insouciants
Aimantés par le feu

Nous ne croyons plus guère
La mort qui nous talonne
Nous partons ici même
D’un rire souverain 

Mais nous n’oublions pas
Tous nos frères humains
Ni leurs mains à tâtons
Qui cherchent une issue 

Nous sommes avec eux
Cette vigile offerte
Annonçant qu’il faut bien
S’en remettre à l’insu

Nous recevons pour eux
Le poème sans pourquoi
Comme un jardin se donne
Sans calculer le jour

Et ce chant qui nous lève 
Et nous réconcilie
Sans absoudre l’obscur
Nous en faisons du pain

Et nous le partageons
Comme on livre son corps
Comme on se met à nu
Sous les mains d’un amour 

Nous sommes le pressoir
La vendange et le grain
Chaque mot qui se donne
Sitôt se change en vin

Alors nous exultons
D’être de ce royaume
Où sachant n’être rien
Nous sommes délivrés  

Rien que ces paumes ouvertes
Rien que ce fil ténu
Où nous posons nos pas
Funambules gratifiés


Jean Lavoué, dimanche matin 12 août
Photo vct310 Pixabay



samedi 11 août 2018

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Heureuse immobilité de ces semaines d’été !?
Je n’aurai jamais pris le temps autrement de recueillir
les poèmes écrits ces dernières années…

Trois recueils sont déjà en bonne voie :
Ils viendront à l’automne rejoindre
aux éditions L’enfance des arbres « Ce rien qui nous éclaire ».

Leurs titres :
« Levain de ma joie »
« Fraternité des lisières »
« Nous sommes d’une source »

« Chant ensemencé » sera aussi réédité au même format,
enrichi d’une lecture d’Yves Fravalo.

Joie de ces partages à venir…
Merci à vous qui en avez, jour après jour,
accompagné la naissance !

Photo Myriams-Fotos Pixabay


mercredi 8 août 2018


L’enfance des arbres publie également un recueil de Christine Guenanten, En ma bergerie, poèmes en évocation du tableau de Jakob Smits, Mater Amabilis

A commander aux éditions L’enfance des arbres, 3 place vieille ville, 56 700 HENNEBONT jlavoue@gmail.com, au prix de 14 euros + 3,50 euros de frais de port (5 euros à partir de 2 exemplaires)








Auteur de cette magnifique calligraphie consacrée à Etty Hillesum, René Myard publie avec Agnès Léger, poète, aux Éditions L’enfance des arbres un très beau recueil illustré d’une trentaine de calligraphies : ABCD’AIR 

A commander aux éditions L’enfance des arbres, 3 place vieille ville, 56 700 HENNEBONT jlavoue@gmail.com, au prix de 15 euros + 3,50 euros de frais de port (5 euros à partir de 2 exemplaires)








dimanche 5 août 2018


Cesser de pianoter au miroir des heures
Se tenir silencieux en un profond retrait
Laisser le souffle aller
En son mystère de vague et d'insomnie
Ne pas lutter
Ne pas craindre la nuit
S'en remettre à la patience d'aimer
Toute douleur ainsi s'apprivoise

Le matin n'a pas besoin d'éclat
pour atteindre sa lumière
Il gravite à l'obscur
Insolent
Brûlant noyau de toutes choses
Musique indomptée de la vie
Dont il garde en lui l'empreinte
L'insouciance
Le geste inassouvi

Peindre ainsi à l'insu des heures
N'est familier qu'à l'invisible
La joie elle n'a pas à se mêler
Pour confondre l'inconnu
Dont elle demeure à jamais le sceau
La trace
Et le secret

Jean Lavoué
Dimanche 5 août 2018, 4h53
après avoir réécouté cette voix inoubliable et lumineuse de Bram Van Velde dans la nuit, tâtonnant pour s'efforcer de dire, en réponse aux questions de Charles Juliet, l'indicible essentiel...
https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/entretiens-avec-bram-van-velde-1ere-diffusion-27091980




"C'est par la misère que j'ai approché la vie.
La toile est liée à un drame fondamental. Je peins l'impossibilité de peindre.
La peinture, c'est un oeil, un oeil aveuglé, qui continue de voir, qui voit ce qui l'aveugle.
N'être rien. Simplement rien.
C'est une expérience qui fait peur.
Il faut tout lâcher.
Pour être vrai il faut plonger toucher le fond.
La toile ne vient pas de la tête mais de la vie.

Je ne fais que chercher la vie.
Tout ça échappe à la pensée à la volonté."
Bram Van Velde
Rencontres avec Bram Van Velde, de Charles Juliet, éd. P.O.L. 1998
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Un vrai tableau, c’est une merveille. On peut en vivre. Il ne s’agit pas de multiplier…
Peindre me fait peur. Vivre tout cela, je le vis comme une histoire qui n’est pas sans danger. Mais je dois rester le maître…
Moi je suis heureux, comme si la vie si fragile a tout de même la chance d’être…
J’ai toujours voulu être peintre.
Je ne sais jamais le tableau qui va venir.
C’est une sorte de plongeon dans un monde qui est en moi mais je dois le voir…
La peinture a une possibilité qu’on ignore.
Chaque fois, un tableau vient et je ne le savais pas. L’acte est une sorte de désespoir dont on ne sait rien, qui vous plonge à l’intérieur…
Je suis attentif à une sorte de vie en moi et la peinture m’aide sur cette route et j’attends tranquillement que l’autre possibilité vienne car c’est ici que je vis. Il y a un grand bonheur de voir…
Voir, c’est le monde vrai.
C’est un acte où je dois me sauver. La peinture est un acte où je me sauve, où je ne suis plus en danger.
Il y a des périodes où je n’ai pas de lumière en moi, où je ne peux pas travailler. C’est ça le plus difficile : d’être suspendu dans un état où on ne peut rien faire…
On n’a pas le courage d’agir, on flotte…
Il me faut plonger jusqu’à des moments où je ne sais plus rien…
Tout est dedans, il n’y a pas de dehors : on perd pied, on n’est plus dans le monde des autres…
Ce sont des sauvetages : de manière inconnue, on est sauvé parce qu’on s’oublie…
Le travail c’est une approche du non-travail.
Je vis des semaines où rien ne peut se faire… Comme c’est miraculeux d’arriver à faire ! Le principal est que l’on ose faire…
Le courage, c’est ce courage vers l’inconnu. Souvent, on n’a pas ce courage total… Tout est tellement invisible.
Je sens où est la vie et où est la non vie. La vie est vraie pour moi, la non-vie est fausse.
La vie est l’acte qui sauve.
J’ai mis ma vie en tableau : peut-être qu’on se vide ainsi…
Un tableau est ce qu’on est devenu.
Tout est fragile.
L’endroit où on s’approche de la vraie vie, rien n’est fixé, pas de sécurité, tout est flottant…
La peinture a le pouvoir de quitter le monde réel et là on respire enfin on vit sa vie  c’est miraculeux.

Bram Van Velde, entretien avec Charles Juliet, France Culture 27 septembre 1980

mercredi 1 août 2018

Merci, chère Agnès Henneguy, pour le cadeau de l'enregistrement de ce texte dédié, voici un an, à Antoine de Saint-Exupéry en ce jour anniversaire où il rejoignit, le 31 juillet 1944, sa planète mystérieuse...







Voici un poème récemment retrouvé par mon amie Lise dans les sous-bois du blog www.enfancedesarbres.com
Il a été publié le 26 février  2008... Dans ce texte ainsi réapparu, m’a d’abord frappé la persistance des thèmes poétiques...
Puisque l’écriture reste pour moi aujourd’hui encore rare, la marche tout juste balbutiante, pourquoi, me suis-je demandé, ne pas aller à mon tour explorer les allées de mon blog : à la recherche de jeunes pousses qui ne demandent peut-être qu’à venir à la lumière... ?






Il résiste l’arbre,
Il n’a pas à se prouver,

Il est sa preuve
Et son destin.

Il campe
A l’aplomb de lui-même,

Il assume la force
Qu’il faut pour être là.

Il n’a pas à calculer,
Il se laisse pousser
Par l’élan qu’il charrie.

Il se confie au vent,
Il croit que tout est là.


Jean Lavoué 26 février 2008
www.enfancedesarbres.com

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