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lundi 16 avril 2018

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Mon ermitage est joie, il m’est chemin d’errance
Sans borne ni butée pour s’y poser un jour,
Je n’ai que mes halages pour regagner les sources,
J’y glane en remontant des psaumes en graminées.

Plus l’horizon s’efface, plus je marque le pas,
Je n’ai pas d’autre clef que le vif aujourd’hui ;
Je ne sais d’où ce vent venu me visiter,
D’où ces éclats nocturnes avides de clarté.   

J’ai des rives de roseaux, des chevaux pèlerins,
Des saules pour scander l’oratorio du cœur ;
Nulle règle nul chapitre pour absoudre mes heures :
Le bréviaire des nuages pour consoler mes jours.

Je travaille sans cesse sur les lambeaux de l’aube,
Je conserve l’empreinte des trouées du printemps,
Je me tiens à l’orée du monde où tout commence,
J’élargis la clairière où nos poumons sont rois.

Je secours en rêvant les ruades du sommeil,
J’escalade à mains nues les carrières de la nuit,
Je plante en écoutant les ogives du silence,
J’énumère un à un les bourgeons du soleil.

Je recouvre de mousses la souche des grands chênes,
J’épouse leurs racines, je m’y sens accordé,
Je consens à ployer sous le poids de leurs branches,
J’écoute le pinson servir l’office du soir.

Du monastère sans murs le cloître est invisible,  
Il n’y a pas de moines ni de chœur pour chanter,
Les seules cérémonies sont de se perdre au large,
Les courants y gravitent en naufrages inouïs.                          

Rien ne pourra jamais renverser la clôture,
Rien ne pourra c’est sûr éteindre l’incendie,
Un feu sans bruit soudain gagne dans les soupentes,
Un grand désert s’entrouvre en vaste prophétie.

Que chacun trouve en lui l’hôtellerie du vent,
Le moulin des prières, l’auberge de la paix ;
Il suffit pas à pas de dégager la route,
D’émonder chaque jour les sarments de la vie :

Que chacun fasse en lui provision de ce vide,
Qu’il retrouve en son fond ces gorges affranchies,
Qu’il prépare en secret ses noces de lumière,
Qu’il ne redoute en rien de s’y sentir tomber. 


Jean Lavoué                        
14 - 15 avril 2016, écluse de Kérousse - écluse du Rudet







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vendredi 13 avril 2018

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Il n’y a plus de feu pour forger nos matins,  
Plus de lois, de serments où nous serions tenus,
Tous les noms sont perdus, les cartes, les indices,
Nous sommes sans racines comme des rois déchus.

Nous n’avons plus de cap, agir est sans boussole,
Nous ruons à tout-va enserrés dans la nasse,
Ceux qui croient voir l’issue nous précipitent à perte                           
Ceux qui pensaient mieux faire nous ligotent un peu plus.    

Notre legs ne sera qu’écriture du vent
Car nous brisons les sceaux qui nous réunissaient,
Les clés sont inutiles, les serrures oubliées,
Et nous allons ainsi redoublant de vigueur
Pour dénoncer un monde dont nous sommes les fruits.   

Aucun été en nous, aucun cri, nulle étoile,        
Seul le bruit sans raison de notre tragédie,
Nous allons sans savoir, de pourquoi en pourquoi,
Ignorant que la nuit a dispersé nos hymnes.

Ce chaos, ce désastre sont justement le signe,        
Il faut dresser la voile et puis tenter de vivre,
Se pencher sans compter sur l’aubier des saisons,
Réinventer les gestes, se tourner au dedans.

S’échapper immobile d’une troublante errance,
Faire naître un printemps au plus secret de soi,
Savoir qu’il y a des aubes et des chemins pour tous,
Choisir la pauvreté des odes fraternelles,
Se donner au silence comme on livre sa joie.

Se dresser dans l’instant comme un arbre vivant
Ignorant tout du sang qui monte sous l’écorce,
Libéré des combats, apaisant les orages,
Faisant de tout miracle un aujourd’hui comblé.

Il faut joindre nos pas aux murmures des roseaux
Et connaître la paix qui jaillit sous les souches,
Si je tiens mon journal entre poème et Chant,
Ce n’est pas par oubli, c’est pour ne pas mourir,
Pour accueillir l’ivresse de se savoir ici.

Je n’ai que ce silence pour nous réaccorder,                       
Que ce vide entre nous par où le souffle passe,
Le commencement n’est plus au principe du Livre,
Mais à l’abîme en nous où il nous faut tomber.

Nous nous tenons debout dans l’incendie de l’homme,
Le désespoir n’aura place dans nos mémoires,
Je vais vers ma naissance en gardant dans le cœur
Non ces trésors perdus mais l’estuaire à vif,

Il reste des clairières où se mettre à genoux,
Des marches inutiles, des gratitudes nues,
Des blessures guéries sous l’aile des caresses,
Des carrés de lumière au soupirail des heures.

Je ne relate pas le redouté présage,
Chacun y a sa part, nous sommes tous témoins,
Mais cette île épargnée au milieu des naufrages,                              
Je la dédie à tous,
Ce bois, ce lieu béni où nous serions sauvés.


Jean Lavoué
11 avril 2018, entre l’écluse de Quélennec et l’écluse de Trébihan

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mardi 10 avril 2018

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Printemps gris aux larmes d’avril
Tu guettes en nous les signes
D’une joie que, seuls, nous pourrions
Laisser fleurir en toi.

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Pas de réserves pour la route,
Seule la manne du silence
Cueillie à l’instant même
Sur le pollen des jours.

*

Nul besoin de hâter le pas,
Le but est aussi le chemin ;
Ici est gravée l’empreinte

D’un ciel que tu n’espérais pas.


Jean Lavoué
Photo JL 9 avril 2018
































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