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samedi 24 septembre 2022

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Que le silence soit créateur,
L’arbre le sait 
De toutes ses racines :
Un seul frémissement du vent
Lui permet de communier 
À la forêt entière ;

La terre aussi en est témoin
Par tout ce qui germe en elle
Et par le soleil qui la transfigure. 

Le fleuve le sait également 
En ses vasières étincelantes 
Que la marée découvre,
Tout comme le cormoran
Remontant triomphant de sa nuit liquide
Vers l’azur éclatant ;

Et nous que les heures perdues dénudent
Ou que le maladie parfois terrasse,
Nous le pressentons 
Dans nos fibres secrètes
Se hissant vers les cimes,

Ou encore dans nos pas 
Quand ils se posent
Sur l’aile de son souffle,

Et même en nos paroles
Lorsqu’elles sont lestées
De son poids d’invisible.

Jean Lavoué, le Blavet, 19-20 septembre 2022
Photo JL 20/09/22















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mardi 20 septembre 2022

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De quelles profondeurs insoupçonnées
L’humanité se tourne-t-elle en ce jour
Vers la célébration émue
D’une personnalité royale ?

L’automne même surgissant
Accompagne
En ses parures pourpres.

Peut-être chacun cherche-t-il obscurément
À célébrer au fond de lui
Sa propre origine souveraine ?

Face au soleil incendiant les vases,
J’ai fait l’éloge pour ma part,
Devant la majesté du fleuve
Et la magnificence des arbres, 
Du couronnement de toute vie.

J’ai croisé sur mon chemin
Un sage taoïste :
Il était couvert de la tête au pied
D’une tunique écarlate.

Il marchait d’un pas lent
Et frappait à coup régulier le sol
De son sceptre pèlerin. 

Sans dire un mot, 
Nous nous sommes reconnus
D’un salut complice. 

Un peu plus loin,
Nous nous sommes retournés ensemble
Et c’était comme la signature d’un poème.

Nous sommes tous nés ainsi
Princes d’un royaume qui nous est confié,
Notre commun privilège,
En serons-nous un jour dignes ?

Rentrerons-nous un jour au fourreau
L’épée des saisons
Pour assister partout autour de nous
Au triomphe de la paix ?

Jean Lavoué, Blavet, 19 septembre 2022
Photo JL 19/09/22






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lundi 19 septembre 2022

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Voici une rencontre des « racines du ciel » que l’ai eu plaisir à redécouvrir :
« La poésie comme chemin spirituel avec Christian Bobin ». Un enregistrement du 29 juillet 2012 de cette belle émission animée par Frédéric Lenoir et Leili Anvar, malheureusement supprimée des grilles de France-Culture voici cinq ans… Avec Christian Bobin, on est toujours en bonne compagnie pour aborder l’essentiel…











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samedi 17 septembre 2022

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J’ai marché sous la pluie
Faisant trembler de joie
L’herbe du chemin 

Chaque goutte
Abreuvait de silence
Le chant de la terre

Les mouettes aux ailes blanches
Saupoudraient de lumière
L’éclat gris de l’averse

En quête de fraîcheur 
Le soleil se mêlait
Aux clapotis de l’onde

Les vagues s’étaient tues
Et la surface étale
Annonçait le reflux

Être là seulement 
Tel un arbre patient 
Dressé dans la présence

Avec le peuplier
Le saule le châtaignier 
Se fier aux courbes du halage 

Aller au pas du jour
Sans autre révélation
Que le ruissellement du vent

Se sentir à jamais
De la vulnérabilité 
De ce qui dure 

Mettre ses pas
Dans le sillon
Qui regagne la mer

Aller au rythme
Des marées du souffle
Vers les îles lointaines  

Élargir en soi l’espace
Qui nous fait un
Avec le fleuve

Avec l’immense 
Avec la Vie
Avec l’Ouvert.

Jean Lavoué, Le Blavet, 14 septembre 2022
Photo JL 14/09/22












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mardi 13 septembre 2022

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Il y a au fond de soi
Un silence aussi vaste
Que celui du brin d’herbe
Avant la pluie

Des puissances de dormition
Et de repos aussi réconfortantes
Que l’onde qui porte l’oiseau
Au milieu du fleuve

Des rythmes ronds
Comme la lune de minuit
Et des marées recouvrant 
De douceur nos halages

Nous mûrissons sans le savoir
Dans ce sillon des heures perdues
Où le jour s’envisage
Et où l’amour croît 

Nos chemins n’ont d’autres buts
Que de nous conduire 
Là où le chant du monde
Respire à travers nous

Au mitan du souffle     
Le cœur est l’espace
Entre deux rives
Où toute vie s’illumine

Nous ne sommes jamais 
Plus proches de l’arbre
Que dans le scintillement de la sève
Irriguant nos ténèbres 

Nous laissons aux racines
L’essentiel du voyage
Vers des profondeurs illimitées
Sans nom ni visage

Nous ne sommes jamais seuls
Quand la paix creuse en nous
Le fond sans fond de la tendresse.

Jean Lavoué, Le Blavet, 12 septembre 2022
Photos JL 12/09/22













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dimanche 11 septembre 2022

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Est-ce le rythme
Qui fissure d’abord le silence,
Ou bien le premier mot
Qui d’un coup de bec
Veut briser sa coquille ?

Ce qui est sûr
C’est que rien n’advient
Sans une déchirure

En bouton
La fleur de coquelicot
N’a nulle idée du vent

Là où tu étais
N’est plus que braise
Et cendre

Ce qui doit naître
Rien en toi
Ne saurait le prédire

Un grand feu d’ignorance
A tout emporté.

Jean Lavoué, le 7 septembre 2018 
Photo Jackie Fourmiès http://jifou.over-blog.com/

























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vendredi 9 septembre 2022

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Voisins des arbres et du ciel,
De la fougère et du trèfle
Compagnons nous aussi
De la terre et du vent, 
Comment nous laissons-nous
Détourner de nous-mêmes
Happer par des images glacées,
Des écrans sans paroles 
Nous laissant étrangers aux rythmes qui nous traversent ?

Chaque jour humer l’air,
Aller à la rencontre des êtres
Dont le chant naît de la terre,
Frôler l’aile des oiseaux,
Respirer la fragrance des fleurs,
S’étourdir d’écorces et de racines,
De branches et d’ombres
Où reprendre souffle.

Ce n’est pas seulement pour notre santé
Mais pour celle de l’astre qui nous porte
Qu’il nous faut entrer dans la danse du vivant,
Rester ces terriens que nous sommes,
Faits d’humus et de joies pures.

Combien de compagnons 
Nous invitent à entrer avec eux
Au royaume des saisons,
À nous familiariser avec l’épreuve du soleil,
Le don précieux des nuages,
La caresse de la pluie,
La coupure du gel,
Le recouvrement silencieux de la neige ? 

Fouler l’herbe du monde
Est notre vocation première
Qui nous rend soeurs et frères
De tous les animaux peuplant notre planète,
Des forêts et des fleuves,
Des sources et des rivières.

Nous ne nous sauverons pas sans eux,
Il nous faut élargir notre âme
À tout ce qui germe et palpite,
Aux bourrasques des grands horizons,
À la nuit qui veille sur nous,
Aux étoiles qui ensemencent notre avenir.

L’esprit qui nous tire en avant
Doit se mêler à la tourbe 
Dont nous sommes les tiges,
Aux matins qui nous devancent,
Aux instants dont pas un n’est perdu
Dans l’immense genèse de la Vie.

Jean Lavoué, Le Blavet, 7 septembre 2022
Photo JL La Chesnaie, 5/09/22










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mercredi 7 septembre 2022

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Soulever le jour 
Sous le vitrail des mots
Laisser à travers eux venir la lumière
Calmer la douleur
Sertie dans les ramures de l'aube
De sa pauvreté faire un passage
De son vide un soleil
En chaque mur percer fenêtre
De chaque visage ouvrir le paysage 
Laisser le chant renouveler nos yeux 
Oser se perdre dans le ciel des villages 
Aller par les chemins 
Nomades de nous-mêmes 
Pactiser avec l'horizon
S'en remettre à sa frontière sans limites 
Laisser aller la main où la nuit s'interroge
De tout bosquet libérer l'oiseau 
S'affranchir de l'encre des mots d'ordre 
Panser d'eaux vives nos blessures
Porter en soi un feuillage persistant 
Transmettre le silence comme un incendie 
Y ancrer les racines de l'espérance
Sur toute absence nue lever le voile
En toutes traces sauves saluer la présence 
Se tenir à la croisée du Poème
Au bord de l'abîme consentir à la joie.

Mazille, texte et photo, le 7 septembre 2019











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mardi 6 septembre 2022

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Tu étais l’ami des arbres,
Des fleurs, des plantes, des insectes,
Des animaux sauvages, des oiseaux,
La terre était ton domaine,
Chaque jour contemplé,

Tu rendais grâce à toute heure du jour
Pour la beauté de la nature qui t’entourait.

Tu as grandi en plein Paris
Aux portes d’un jardin merveilleux
Sur lequel s’ouvrait la fenêtre de ta chambre.

Enfant, tu y observais les papillons
Qui parfois venaient te visiter,
Voletant au-dessus des pages d’un cahier d’écolier
Que tu rêvais déjà de transformer en prairie où gambader.

C’est ce que tu feras ta vie durant
Jusqu’à l’âge de cent-deux ans,
Ayant choisi depuis le plus jeune âge,
À l’étonnement de tes parents,
De devenir agriculteur.

C’est en amant de la terre,
Émerveillé par le miracle
Sans cesse renouvelé de la vie,
Que tu accompliras ta vocation d’homme,
De jardinier céleste, 
D’attentif amoureux des moindres parcelles
De la magnificence du monde
Et de ce don qui, avec lui, nous est fait.

Tu renouvelais à chaque instant
Ta prière de gratitude
À l’égard de Celui qui t’avait fait ce cadeau royal
Qui le manifestait en toutes choses
Et que pour autant tu ne cessais de questionner.

Tu es parti dans un souffle au début de cette semaine
Et c’est aujourd’hui que l’on te dit au revoir.

Tu es entouré de tes nombreux petits-enfants musiciens
Qui font monter vers toi un chant d’allégresse
Pour tout cet amour de la nature et de la vie 
Reçu par toi qui avais tant le goût du partage.

À cet instant les bois de La Chesnaie
Où tu as tant marché,
Depuis les plus grands arbres
Jusqu’au moindre scarabée
À la plus légère libellule,
Sont en harmonie paisible avec ton silence
Et résonnent de la joie profonde 
Qui a toujours été la tienne.

Bravo l’artiste
De nous avoir ainsi ouvert le cœur,
Les yeux et les oreilles
À cette mission dont tu étais, depuis le plus jeune âge,
L’apôtre reconnaissant :
Aimer notre planète et la protéger
De toute la générosité de notre amour.

La Chesnaie, samedi 3 septembre 2022, jour de l’au revoir à mon beau-père, Jacques Aubert, célébrant passionné de la beauté du monde : en photo, le paysage paisible de La Chesnaie qu’il aimait chaque jour contempler…
















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lundi 29 août 2022

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Avez-vous déjà pratiqué 
La marche spacieuse ?
L’espace s’élargit à l’infini autour de vous
Et vous devenez le témoin silencieux
De tout ce qui respire à travers vous :

Les arbres, le ciel, le fleuve, les nuages,
L’herbe que la pluie a reverdie…
Un seul souffle se répond,
Vous relie aux étoiles invisibles.

En ce jour de genèse, 
Les mouettes et les cormorans
Strient de cris de joie
Le jardin réconcilié du monde.

Le vent fait de vous sa demeure
Tandis que vous demeurez chez lui :
Les battements d’ailes,
C’est en vous qu’ils s’élèvent
Traversant l’éclat des instants. 

La terre sacrifiée aux profits indécents 
Redevient votre mère 
Et vous apprenez à vivre à son rythme,
À ralentir vos pas.

Vous tremblez pour cette merveille
Que vous savez maintenant, comme vous, mortelle 
Et vous désirez qu’elle vive sans fin
Dans un domaine préservé 
Où tous pourront continuer à la consoler
Et à la rêver.  

Le bruit incessant des nouvelles s’est tu, 
Aucune pensée ne vous traverse,
Seulement cette attention aux battements du cœur.

Votre oraison se fait universelle
Et traversière,
Vous souriez à tous les passants
Qui ne forment avec vous
Qu’un seul continent fraternel. 

Vous envisagez du creux de votre âme
Une planète à nouveau pacifique,
Heureuse comme un nouveau-né 
Auquel on vient de donner la vie,
Guérie de ces balafres qui la défigurent.

Au-dedans de vous, 
C’est aussi un enfant qui se réjouit
Et s’abandonne en jouant
Aux rives insouciantes du présent de la vie. 

Jean Lavoué, Le Blavet, 26 août 2022
Photo JL 26/08/22
















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