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dimanche 24 juin 2018

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À présent qu’aucun livre
Ne te délivre plus le sacrement des sources,
Quand nul n’est plus la clé des fragments endormis,
Quand l’Écriture est sans prise et sans couture en toi,
Telle l’écorce des arbres, les feuilles du chemin,
La polyphonie des branches,                  
Les voûtes de verdure qui chantent le mystère,

Quand tu t’approches enfin de cet espace en toi
Dont le fond est sans fond
Et la nuit sans remède,

Tu n’es plus loin peut-être de l’étrange silence qui t’appelle au-dedans
Ni de l’insaisissable et nue étoile du matin.


Jean Lavoué, Bois de Saint-Caradec,  14 juin  2018
Photo Aïcha Dupoy de Guitard - Poésie de l’instant (Aïcha Thoucourt), Parc de Trévarez































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jeudi 21 juin 2018

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Nous marcherons longtemps dans les couloirs de l’aube,
Cherchant le moindre indice, agrippés par la nuit         
Dans le blé incertain de nos moissons futures,
Entrebâillant le jour, guettant chaque fissure
En voulant clarifier l’ombre qui nous tenaille,
Heureux de chaque pas dans les trouées du vent.

Nous nous étourdirons de ces allées sonores
Vers les grèves du monde dont nous cherchions les rives,    
Les estuaires ouverts sur d’autres frondaisons,
Les matins de lumière dont nous étions l’aubier
Et l’esquisse brûlante et la sève promise.

Nous serons de partout un peuple en transhumance
Au vif des sanctuaires érigés sur la mer,
Nous n’aurons que nos mains pour écarter l’orage
Et que nos pieds mendiants pour tracer un chemin.

Nous serons libérés de ces rites obscurs
Qui nous donnaient le chant tout en le recouvrant,
Nous irons le front haut et le souffle en bataille
Caresser les galops d’une mer en furie,
Nous serons de cet hymne aux mélopées sauvages
Le refrain sans coutures,
Le grain et le sillon.


Jean Lavoué, La Chesnaie, 21 mai, Lundi de Pentecôte

























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lundi 18 juin 2018

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Quand nous affréterons la table du silence
Où nos vies partagées seront ce pain donné,
Nous n’aurons que le vent pour compagnon d’enfance
Et qu’un mât aux étoiles pour couronner nos nuits.

Nous serons sans recours délivrés de nous-mêmes,
Adonnés aux courants ainsi qu’un grand vaisseau,
Mendiants de ces blessures qui nous épouvantaient,
De ce baume divin de la miséricorde,
Glanant entre nos mains les miettes du festin.

Nous ne serons alors qu’un navire en partance
Et nous communierons à l’Orient des fleuves
En laissant se couvrir nos traces et nos sillages
D’une nappe d’écume baptisant nos matins.



Jean Lavoué, le 23 mai 2018





































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samedi 16 juin 2018

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Quant tes pas, à chaque instant, seront promesse d’aube,
Quand ton corps douloureux dominera son cri,
Quand revivre pour toi sera ce geste fou :
Hisser l’inespéré au faîte de ta joie,

Tu seras comme femme mettant la vie au monde,
Oublieuse des souffrances et des bleus du chemin,
Radieuse de ce Chant qu’elle a tant attendu,

Tu seras de ce lieu dont la grâce est promise,
Ayant tout délaissé mais non pas le Poème,
Ni l’enfance affranchie, cette ode au vent secret
Dont ton souffle est épris. 


Jean Lavoué
Bois de Saint-Caradec, le 14 juin 2018







































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mercredi 13 juin 2018

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Le poème, c’est l’arbre quand il s’éveille,
Quand ses racines en toi s’entourent de silence,
Quand il te faut creuser pour engendrer ta terre
Et pour naître à nouveau dans le secret des feuilles.

Tu n’as qu’à tendre les bras pour toucher d’autres arbres,
Pour recevoir d’eux ces caresses de branches,
Ces croisées éphémères.

Rien n’est plus humble que l’écorce
Qui protège et consume,
Ces tableaux de lumières dessinés sur les troncs,
Rien comme feu de lichens et tendresse de mousses.

Quand tu éprouves en toi
Cet étoilement de verdure,
Ces constellations de nuages,
Cette germination en plein ciel,
Tu te tiens là debout comme l’oiseau qui chante
En oubliant son nid.

Tu es de cet ouvert la ferveur et la grâce,
Ces orgues de lumière,
L’océan qui t’habite,
Les poumons de ta joie.

Il te faut arpenter vers le cap immobile
Tant de travées puissantes,
Tant d’amour vertical.

L’oraison est ce chant
Quand il se dresse en toi,
Cet élan qui te porte,
Ce soleil aux éclats.

Tu n’as pas mérité cette ardeur des matins
Ni ces passions sauvages quand le vent te désarme :
Tu es en gratuité le Vivant,
L’Espéré !  


Jean Lavoué
Bois de Saint-Caradec le 1er juin 2018
Photo : werner22brigitte / Pixabay 







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