Traduire

jeudi 22 juin 2017

.























Il y a en toi 
Bien plus de mots d'amour,
Plus de notes de feu
Et d'oiseaux océan,
Que pas une fontaine, 
Le plus brûlant poème, 
La plus folle cantate,
Ne pourraient contenir.


Jean Lavoué

































.
-->

dimanche 18 juin 2017

.











C'est un matin peut-être
Où les arbres te montrent
Impatients le chemin,

Un matin où marcher
A des allures d'enfance,
Même de premiers pas,
De sève trouvant sa voie,      
Sa ligne de vie chanceuse,
Dans l'azur éclaté, 

Un matin où les bruits, 
Toutes les rumeurs du monde,
Montent puissants vers toi 
En échos sans pareil,
En gestes assourdissants,
En retraits silencieux,
En signes qui ne trompent,
Un matin sans mépris
Où ne pas triompher 
Mais rejoindre à tout prix
L'aire fertile du soleil.

C'est un matin d'amour
Où nul ne peut gagner
Ni s'emparer du sceau
Sans reconnaître en soi
L'ombre de chaque frère. 

C'est un calme horizon
Que nous n'atteindrons pas
Sans laisser place à l'autre,
Un feu dans les remises 
Un brasier sous les combles,
Une tempête logée sous l'écorce des mots,
Un silence refoulé
Dont on pressent les cris.

C'est un matin fiévreux
Pour dire la justice
Et la bonté exacte
Sous  les branches de vivre,
Un jour pour n’ignorer
Tout ce qu’il reste à faire
Afin que l'homme en nous,
Son Chant et ses racines,
En toutes leurs agonies,
Partout soient secourus.


Jean Lavoué


dimanche 11 juin 2017

.


















Comme il s'atténue vite 

Le bruit sourd qui cogne
À la porte du cœur,
Dès que la vie nous hèle,
Dès que l'espace est là,
Fruit ouvert tout entier,
Ce printemps de feuillages,
De balançoires et de ramiers, 
Ce feu d'enfances éblouies,
Cet orchestre habité,

Comme il devient ténu
Le tic-tac du temps,
Et comme on rejoint vite
Cette passion gourmande  
Et cette rage de vivre,
Nougaro au piano,
Les trompettes du vent
Et les tam-tam maudits,

Mais rien n'arrête en fait 
Le glissement des heures,
Nulle musique ailée,
Nul chant pour s'étourdir,
Nul saxo aux sanglots,
Nulle émotion tenace, 

Seule cette connivence,
Cette étreinte éprouvée
Avec l'envers des choses
Ou plutôt leur jeunesse,
Leur éclat sans couture,
Leur surgissement sans dû,

Et cette célébration qui dilate l’esprit
À l'auberge du fleuve, 
Et cette gratitude de se savoir aimé,
Dans ce qui reste à vivre
Et ce qui a été.

Jean Lavoué

Photo JL, Le Blavet, 10 juin 19H30





.

jeudi 8 juin 2017

.







J'ai arpenté une fois encore les couloirs infinis
De cet immense vaisseau adossé au grand large.
J'ai soupesé un à un tous les sacs de douleur,
La plainte silencieuse des marins en partance.
J'ai porté sur chacun un regard de confiance,
Et nous avons dit oui,
Et nous nous sommes compris.
Je connaissais le moindre bruit,
Et les signes têtus et les gestes d’amour
Et l'odeur des varechs, la courbe de la rade,
Le sillage ébahi des navires en partance.

J'ai laissé nos voies de mer aux  mouettes et aux vagues,
Abandonné au ciel le fil de nos errances.
J'ai salué le vent, le soleil, les nuages,
Et hissé haut les voiles pour couronner nos songes,
Puis béni l'horizon pour tout ce qu'il cachait,
Les remous, les courants, le secret des hauts-fonds,
Les récifs sans cordages,
Mais aussi pour les passes,
Les brèches espérées
Et pour la joie furtive.

Je garderai en moi la ferveur de ces quais
Comme espace donné où la clarté se fait,
Clairière de haut amour, comme un beau talisman.

J'ai hâte de retrouver mes racines et mes souches,
Mon temple de verdure,
Mes lichens et mes sèves,
Le souffle vertical où tout est célébré, 
Où chaque chant nous lie,
Où la Vie n'attend pas.

Mais je n'oublierai pas
D'emporter avec moi
Ces vastes trouées de paix
Et ces carrés d'azur où l'essentiel se dit
Derrière chaque hublot,
Chaque matin promis. 


Jean Lavoué


Hôpital du Scorff, Lorient le 7 juin 2017

Photo, Le départ du marin pêcheur - Fécamp - 1949 © Willy Ronis

mardi 6 juin 2017

.

















C'est parfois un souffle léger,
Comme la caresse d'un fin silence,
- Annonciateur de quels bouleversements ? -
Qui s'engouffre dans la fenêtre des jours.

Rien n’est changé
Et pourtant l'air que tu respires
Paraît soudain plus vaste,
Comme si l'espace en toi s’était soudain élargi.

Ce n'est pas par voie d'imagination 
Que tu te laisses alors déplacer par ce vent inconnu,
Ni par subtile méditation,
Mais par simple consolation de n'être que ce que tu es,
Laissant place en toi pourtant, imperceptiblement,
A Cela que tu aspires à devenir.

Tu pressens qu'il y a là
Bien plus que tu ne peux nommer,
Ce que ta voix elle-même ne saurait saisir,
Ni aucun mot,
Ni aucun espoir,
Ni aucune crainte.

Ce Chant peut-être dont nous sommes
A la fois pour un temps les comètes visibles
Et l'espace infini où elles se déploient.

Aucun de nos rites,
Aucune de nos échappées stellaires,
Nulle de nos constructions mentales
Ne peuvent donner prise à cette entente vive, 
A ce tracé dans l’invisible
Dont nous sommes les veilleurs,
Les bergers d'un feu qui ne faiblit pas ;

Mais le mystérieux sourire en soi d'un enfant à naître,
Son don très secret qui nous protège,
Et son silence en nous, à pas lents,
Déjà mesuré.

Jean Lavoué

Gentle Breeze est une photographie de Lyle Huisken


dimanche 4 juin 2017

.



















J’ai tout aimé. Et ma sagesse fut d’aimer follement.

J’ai tout aimé. C’est mon honneur. Vous ne me retirerez pas cela. Pas cette faim en moi des autres jusqu’à m’enivrer, pas cette gourmandise-là. Tous les chemins courent entre les haies d’été vers la rencontre heureuse d’Emmaüs. Et nous sommes sauvés et nous ne le dirions pas ?

J’ai tout aimé : hommes, femmes, enfants. Sources, lacs, forêts. Montagnes, plaines, vallées. Les ports gonflés de rêves. Le sel. Le soleil !

J’ai tout aimé. Je me suis rassasié d’amour.

J’ai tout aimé. Et j’aurai aimé aller au-delà des êtres.

Vous aimerez la Joie, vous aimerez l’Amour. Vous irez par la terre recréant les paysages que j’aimais, bénissant la lumière et vous parant d’aurore.

Je vous conjure d’admirer. Tout est fabuleux pour qui sait regarder. La fraicheur du regard est le commencement de la sainteté. Tout est fabuleux de ce que frôlent nos yeux et de ce que prennent nos mains. Les bénisseurs possèdent cette terre.

La foi est porte ouverte, seuil franchi, affranchissement, bruit des pas sur la route, bonne brise, voilier filant aux îles. La foi est aventure, vent claquant, souffle, envolée de colombes, voile gonflée. Partez, partez au nom de Dieu !



Xavier Grall
L'inconnu me dévore


Transmis par Gersende en ce matin de Pentecôte...






























-->

samedi 3 juin 2017

.























Hier, un deuxième fruit a surgi des branches de « L’enfance des arbres » :

Le livre de Gilles Baudry et Nathalie Fréour, « Un silence de verdure », est arrivé comme une onde de fraîcheur depuis les rives du Blavet où l’imprimeur de Guingamp venait de le livrer jusqu’aux rives du Scorff où je prolonge mon séjour « hospitalier » ce week-end… Je suis heureux de vous le présenter, aux côtés du grand frère qui le précède de tout juste deux mois, sur un fond de tableau de Nathalie Fréour, l’illustratrice du recueil…

Les deux livres sont disponibles à « L’enfance des arbres », 3 place vieille ville, 56 700 Hennebont.

« Ce rien qui nous éclaire », poèmes de Jean Lavoué avec deux gravures de Nadejda Menier, 156 pages  : 13 euros

« Un silence de verdure », poèmes de Gilles Baudry avec 49 dessins de Nathalie Fréour, 110 pages : 15 euros

Règlement par chèque à l’ordre de Jean Lavoué ou bien à réception de la facture : jlavoue@gmail.com


Frais de port : 1 livre 3 euros, 2 livres 4 euros, offerts à partir de trois ouvrages.
























.

vendredi 2 juin 2017

.














Depuis ma chambre de verrière,
Je marche au cœur de la ville,
J'ai quitté pour un temps le Blavet,
Pour arpenter sans me hâter
Les quais hospitaliers du Scorff.

Je me sens de ce port d’Orient
Autant que de mes écluses, 
De mes rives sauvages,
De mes courants, de mes rivières,
De mes silences de feuillages.

J'y entends le vent des amis,
J'y vois le feu des grands oiseaux du large,
Leurs ballets somptueux,
La toile inattendue
Où s'embrasent nos jours.

Je n'ai rien à garder pour moi,
Aucun effort à faire, 
Pour faire venir ce Chant,
Ce matin des hauts fonds
Dont nous sommes issus.

Pas de crainte pour ce qui surgit
Tant j'y sens le passage
D'une force de vie
Dont nous sommes le fruit.

Rien n'est sans importance,
Tout espace est béni,
Tout visage est lumière,
Quand nous sommes saisis.


Jean Lavoué






.
-->

mercredi 31 mai 2017








J'aime les sourciers qui percent le secret des mondes,
Échappent aux croûtes  mortelles,  aux rigidités stériles, aux sécheresses exemplaires,
À tout ce qui retient la vie
Et l'empêche de se transformer.

J'aime les sourciers
Qui savent prendre des risques,
Emprunter des chemins audacieux
Pour contourner le poids des murailles
Des habitudes et des morales.

J'aime les sourciers 
Qui font voler en éclat les portes du temple,
Qui n'ont pas peur d'eux-mêmes
Ni du regard inquiet qui les fige.

Ils savent trouver passage,
Ils connaissent la brèche
Où le vieux monde s'anime
Et s'élance à nouveau.

J'aime les sourciers
Dans chaque groupe,
Dans chaque clan
Dans chaque religion
Dans chaque famille :
Ils ont payé le prix fort
Pour que le sang circule,
Pour que la vie l'emporte,  
Que l'eau irrigue les bras morts. 

J'aime les sourciers et leur jeunesse,
J'aime leur descendance innombrable
Même s'ils n'ont pas eu d'enfants.
J'aime qu'ils brûlent leur vie, 
Qu'ils ne comptent pour rien leur  existence 
Au regard de cela qui les sauve
Les rend impérissables, 
A jamais fraternels. 


Jean Lavoué
[URL=http://www.compteur.fr][IMG]https://www.compteur.fr/6s/1/6057.gif[/IMG][/URL]