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lundi 20 mai 2019

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Peut-être n’est-ce pas écrire
Que de chercher ainsi le simple,
La branche s’ouvrant d’elle-même,
La feuille toujours voulue,

Peut-être n’est-ce même pas rêver
Que de poser ces mots, signes muets
Sur la margelle de mon établi ;

Mais je ne sais rien d’autre
Que ces rumeurs d’enfance :

Je cherche encore à balbutier,
Etonné, les premières notes
Comme un jour on se dresse,
Posé dans l’axe de ses pas.


Jean Lavoué, Carnets du souffle, poèmes inédits 2007-2009
Photo congerdesign/Pixabay



























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samedi 18 mai 2019

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18 mai 2017, deux ans déjà :
Le chemin bifurque,
La fragilité engendre ses abeilles.
L'hôpital te devient abri familier.
Tu n'es plus sûr de rien
Si ce n'est du silence
Et de la joie qui parfois te redresse.

Marcher ne sera plus jamais comme avant :
Te voici boiteux de ton avenir ;
Mais tu entrevois des clairières,
Des passes souveraines
Où, par intermittence encore,
Le poème est roi.

Deux ans de gratitude
Pour ces miracles d'attention,
De soins inespérés,
De trouvailles inouïes.
Deux ans où la bonté
Se révèle précise, exacte,
Secourable.

C'est dans la nuit que l'on se sent reliés
À cette chaine de vivants
- Précieux, compétents, fraternels -
Auxquels votre vie sans crainte est remise.
Livré à l'autre
Tu n'en es que plus reconnaissant
Au frémissement de l'aube,
À la gloire de l'instant.

Les projets ne te quittent pas,
Ils ont la séve de tes branches :
S'ils fleurissent, tu jubiles !
Tu ne redoutes plus pour eux la fin de l'été.
Cette blessure à la hanche,
Tu la portes désormais
Comme un soleil inattendu,
Une arche pour affronter l'hiver.

Comme un arbre étonné
Dont le tronc est blessé,
Pour le calice des saisons
Tu rends grâce encore,

Pour chaque ami qui meurt
Tu te promets avec lui de durer.

Jean Lavoué, 17-18 mai 2019
Photo thomasstaub/Pixabay







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vendredi 17 mai 2019

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Parfois, c’est une bénédiction
De ne plus savoir ni comment
Ni par où avancer.

Sans le savoir,
Tu franchis des abîmes.

*

Et si toute ouverture
Ne tenait qu’à toi,

Ne désespère pas
Des ronces du chemin !

*

Un jour peut-être
Relisant ces phrases

Tu y trouveras la voix
Qu’elles pressentaient,
Le chant qu’elles espéraient :

Cette écriture
Comme un bouquet
Qu’il te suffit
De disposer

Et qui soudain
Éclaire.



Jean Lavoué, Carnets du souffle, inédits, 2007 – 2009
Photo Soorelis/Pixabay














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jeudi 16 mai 2019








Extraits de la présentation de Jean Lavoué par Paul Morin lors de la remise du prix de poésie Yves Cosson 2019 hier à Nantes et de la réponse de Jean Lavoué :

" Nous sommes très heureux d’accueillir Jean Lavoué,
Prix Yves Cosson de poésie 2019.
Dans ses nombreux ouvrages, chaque lecteur peut naître poète ou se voir renforcer les propres chemins de sa création et de sa musique.

... Quand Jean Lavoué précise que la Bretagne familière, « son Blavet tant arpenté » est l’établi des poètes, il est sûr qu’il faut les outils, tel le jardinier, tel le sculpteur qui sauront choisir juste ce qu’il faut pour réaliser le travail demandé par le jardin aussi bien que par le poète.

Son travail d’écriture, guidé par le regard et l’esprit fera naître sur l’établi des mots, des phrases, des musiques qui parviennent au cœur et à l’âme.
... Sa musique, ses tonalités nous conduisent vers notre poésie.
Il invente tant d’itinéraires conduisant le lecteur vers sa propre création.

Le rythme de la poésie de Jean Lavoué émane de la nature et invite à vivre dans une création incessante. Pour lui notre terre et notre ciel sont le bonheur de notre regard et le levain de notre joie.

Ici, l’humanisme est présent partout. Essentiel à la vie sur notre terre. Il donne toute valeur à l’existence de chaque homme pour réaliser son passage et respecter les échanges.
Vos poèmes sont les liens solidement animés par le langage de justesse et de beauté.
Vous savez bien « nommer les choses », ce que Confucius appelle « le Juste nom » dans ses entretiens. Rigueur qui permet à vos lecteurs d’entrer dans votre poésie et d’y trouver les chemins de la naissance à leur propre poésie.

« Que la lumière soit ton chant », nous dites-vous dans « Ce rien qui nous éclaire » et nous partageons cette invite…

... Quand vous dites « bruissement fraternel » et « ce tremblement d’homme » à propos de René Guy Cadou, ne sommes-nous pas au cœur de l’humanité ?

Dans tous vos poèmes, chantés par les saisons dans le silence de l’arbre et de l’homme, l’espace devient mon espace et la vision du monde de l’arbre ma propre vision.

Tel un « chant ensemencé », vous nous livrez le vrai de la nature, le vrai du sens de la vie et la force des liens étroits qui s’établissent entre le lecteur et vous, Jean Lavoué.

Merci de nous livrer tant de bonheur, tant de silence, tant de nature.

À Jean Lavoué de tout cœur. Vive la poésie ! "

Paul Morin



Extraits de l'intervention de Jean Lavoué :

"C’est avec une vive émotion que je reçois aujourd’hui de votre Académie ce prix Yves Cosson de poésie 2019.

Surprise et gratitude sont les mots qui me viennent tout d’abord. Et aussi reconnaissance à votre égard, amis aujourd’hui réunis : je ne peux nommer chacun mais je sais que, d’une manière ou d’une autre, vous avez partie liée à cette création commune… Vous m’avez accompagné sur ce chemin d’humanité où nous cherchons les uns et les autres à entendre quelque chose de cet essentiel qui nous dépasse ; nous savons bien que nous n’avons pas prise sur lui mais aussi que sans nous rien ne pourrait être entendu de son secret...

...J’insiste sur le don et le partage au jour le jour de ces textes, car sans ce lien quotidien avec blog et réseaux sociaux, parfois tant décriés, rien, je le crois bien, n’aurait eu lieu de cette aventure : cette nouvelle étape dans mon chemin d’écriture fut tissée d’un dialogue incessant. Chaque projet de poème, de recueil, d’édition est né d’une attention aux besoins spirituels de notre temps dont la soif d’une poésie sensible à l’intériorité était pour moi le signe… Beaucoup d’initiatives sont d’ailleurs venues des lecteurs eux-mêmes, attentifs à ces partages… Tant de belles rencontres…
Ce prix Yves Cosson, lui-même, est aussi un peu, me semble-t-il, le fruit de tout ce qui circule de bienveillance et d’amitié sur ces réseaux.

D’emblée c’est donc à la poésie, à l’intériorité, à l’art aussi, que les ouvrages de « L’enfance des arbres » se sont trouvés consacrés. Les manuscrits se sont présentés d’eux-mêmes…
Nous avons tous besoin, je crois, de retrouver ces espaces où la parole, cessant d’être fonctionnelle, répétitive, ou seulement utilitaire, laisse surgir en chacun de nous le goût d’un élan, d’un silence, d’une attention réconciliée avec la vie.

Cela, je le ressens intensément à recevoir tant d’échos à propos de ces textes simples, souvent proches de l’actualité et des drames que nous vivons : en dépit de ceux-ci continue à trembler dans le cœur de chacun une petite flamme imprenable.
C’est à transmettre cette flamme de la joie, sans rien nier des bourrasques ni des obscurités qui la menacent, que sont consacrés la plupart de ces textes reçus comme un chant. Le rythme de la marche a sûrement aussi joué dans le lyrisme de beaucoup d’entre eux.

Petit à petit, au fil d’une décennie d’un tel partage j’ai de plus en plus éprouvé cette écriture comme une terre d’enracinement : un lieu d’appel intérieur, une « vocation » peut-être comme l’on disait autrefois. Mais  pas, au sens religieux du terme. Bien plutôt au sens de ce qui monte du cœur de toute femme et de tout homme aujourd’hui, confronté au vide et à l’incertitude de beaucoup de nos anciennes croyances : dans le silence qui se fait alors, chacun peut entendre monter en lui cette voix nécessaire : auteur ou lecteur, n’est-ce pas d’abord à cette écoute fondamentale que nous sommes alors conviés de façon vitale ? "

Jean Lavoué


Sur la photo du haut réalisée par Xavier Ménard, Jean Lavoué à gauche de Noëlle Ménard, Chancelier de l'Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire. À sa droite, Patrice Allain et Thomas Guillemin qui reçoivent le Prix de Loire-Atlantique documentaire pour l’édition  de "Jacques Vaché, Lettres de guerre (1914-1918)" Gallimard.

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