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jeudi 23 septembre 2021

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                            à notre amie, Brigitte Maillard 


À l'heure où tombent les fruits des arbres,
Comment ne pas songer à l'ultime saison
Dont nous serons un jour les hôtes étonnés ? 

Tant d'absences
Nous ont préparé une place
Dans l'indicible,
Tant de visages enfouis sous l'aubier de la tendresse ! 

Ce soir de fin d'été aux chants d'oiseaux,
Nous sentons que nous pourrions devenir complices
De cet ultime acquiescement. 

L'azur ne se fermera pas sur nous
Sans étoiles au firmament
Pour indiquer encore à ceux qui viendront après nous
La voix des naissances. 

Nous ne demanderons plus rien :
La prière des heures sera devenue
Chant silencieux,
Oui souverain à l'instant. 

Plus d'écart entre notre désir et nous-mêmes 
Sauf cette nudité qui nous éclaire. 

Inexorablement, les eaux du fleuve
Nous mèneront vers l'estuaire
Et nulle escale ne nous détournera plus
De l'Orient rêvé. 

Jean Lavoué, 21 septembre 2021, rives du Blavet




















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mardi 21 septembre 2021

 



Bel hommage du journal Le Monde à Julos Beaucarne...

Mort du chanteur Julos Beaucarne, un Wallon du monde

Par Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)
Publié le 20 septembre à 19h15

L’auteur de « La Petite Gayole » dénonçait dans ses textes les injustices, les dogmes et le non-respect de la nature.

Tous les Wallons connaissaient son sourire, sa crinière blanche et son éternel pull de laine aux couleurs de l’arc-en-ciel. Et presque aucun Flamand n’a entendu parler de Julos Beaucarne, même s’il aimait aussi, et chantait, cette autre partie de la Belgique. Le royaume est ainsi fait que la renommée d’un artiste très populaire dans une région peut ne jamais franchir la frontière de l’autre.
S’il est donc resté ignoré de la majorité des Belges, Julos (né Jules) Beaucarne aura, en revanche, porté aux quatre coins de la planète un message souvent tendre, parfois inquiet et a accumulé des dizaines d’albums au fil de ses cinquante années de carrière. Les pieds dans son terroir, le cœur porté vers la francophonie, la tête dans les étoiles, il se voulait un Wallon du monde. Il chantait en français et dans son dialecte, il voyageait du Québec au Mexique, de l’Afrique à l’Inde et se ressourçait en Provence, où il démarra sa carrière, faisant la quête à l’issue de ses récitals sur les places de village. Plus tard, sur ses terres, cet adepte de la « vélorution » n’hésitait pas à faire pédaler les spectateurs afin d’éclairer ses salles de concert.

Pour ses concitoyens de tout âge, cet admirateur d’Apollinaire et Verlaine, mais aussi du poète symboliste belge Max Elskamp ou du chanteur québécois Gilles Vigneault, restera à tout jamais comme l’auteur de La Petite Gayole, un texte ironique et gentiment érotique qu’il s’amusait à voir repris dans un pays étranger par un public ne comprenant pas un traître mot d’un texte évoquant une « petite cage » où une belle lui promettait d’abriter « son canari »…

Autodérision et bonhomie

Du rire aux larmes : en février 1975, un événement d’une rare brutalité vint briser la ligne paisible de son existence. Un jeune déséquilibré qu’il avait abrité poignardait son épouse, Loulou, le laissant seul avec ses deux jeunes fils. « C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour, l’amitié et la persuasion », écrivait-il au meurtrier. Selon ses amis, il n’a jamais vraiment surmonté son chagrin mais n’en a, pour autant, jamais refermé la porte de sa maison de Tourinnes-la-Grosse, dans le Brabant wallon.

Julos Beaucarne était aussi un héritier du puissant courant surréaliste belge et usait à merveille de l’autodérision, ce « dogme national, revendiqué avec une espèce d’exultation », selon la formule du linguiste Jean-Marie Klinkenberg. Wallon jusqu’au bout des doigts, il incarnait aussi la bonhomie qui caractérise ses compatriotes mais savait aussi mener des combats avec beaucoup de conviction. Il dénonçait l’injustice, le racisme (« Dès l’instant où nous sortons du ventre de notre mère, nous sommes tous des émigrés »), le sort réservé aux femmes et les atteintes portées à la nature. Avant que l’écologie ne devienne un mouvement politique, il guerroyait déjà contre la multinationale Monsanto et fondait le Front de libération des arbres fruitiers, prélude à une Revue européenne de conscience planétaire annuelle, trimestrielle et spasmodique qu’il anima jusqu’en 2015.

Comédien, compositeur, poète, sculpteur, ambassadeur patenté d’une culture wallonne pour laquelle il signa un célèbre manifeste, il s’amusa sans doute de lire, un jour, sous la plume d’un auteur français, que ses chansons « fleurent bon l’océan breton et la campagne normande ». Car ce gentil rebelle revendiquait aussi sa « belgitude » et le chef de l’Etat, le roi Albert II à l’époque, allait d’ailleurs l’anoblir, le faisant chevalier en 2002. Il fut aussi honoré d’être invité à chanter lors des funérailles du roi Baudouin, le frère d’Albert II, en 1993.

Julos Beaucarne, adversaire des dogmes et des religions, qui disait refuser de se laisser embrigader « par un dieu quel qu’il soit, au nom duquel on a écrasé et écrase encore tellement de peuples », participait à cet événement frappé du sceau d’un fervent catholicisme. Parce qu’en Belgique, comme le relève M. Klinkenberg, « le roi est une idée, et cette idée rejoint (…) celle du consensus, dont on sait qu’elle vertèbre la vie sociale belge ». Le chanteur aurait aimé que ce consensus-là puisse s’étendre au-delà des frontières étroites de sa Wallonie et de son pays.

Julos Beaucarne en quelques dates
27 juin 1936 Naissance à Ecaussinnes
1961 Débuts comme comédien au Rideau de Bruxelles
1964 Sort son premier disque
2002 Nommé chevalier par le roi Albert II
18 septembre 2021 Mort


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Photo, Julos, Louise-Hélène France (Loulou) et leurs enfants, Boris et Christophe, peu avant le drame de la chandeleur 1975

En date du 2 février 1975, Louise-Hélène appelée Loulou,
l'épouse de Julos,a été sauvagement assassinée
de 9 coups de poignard par un déséquilibré
à qui le couple avait offert l'hospitalité.
Loulou était âgée de 33 ans.
Elle a laissé deux enfants Christophe et Boris.
La nuit qui a suivi le drame, Julos a écrit le texte suivant : 

Amis et bien aimés,
Ma Loulou est partie pour le pays de l'envers du décor,
un homme lui a donné 9 coups de poignard
dans sa peau douce.
C'est la société qui est malade, il nous faut la mettre
d'aplomb et d'équerre par amour et l'amitié
et la persuasion.
C'est l'histoire de mon petit amour à moi,
arrêté sur le seuil de ses trente-trois ans.
Ne perdons pas courage, ni vous ni moi.
Je vais continuer ma vie et mes voyages 
avec ce poids à porter en plus et mes deux chéris 
qui lui ressemblent.
Sans vous commander, je vous demande d'aimer
plus que jamais ceux qui vous sont proches ;
le monde est une triste boutique, les coeurs purs
doivent se mettre ensemble pour l'embellir,
il faut reboiser l'âme humaine.
Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier,
je cultiverai mes plantes de langage.
A travers mes dires vous retrouverez ma bien-aimée ;
il n'est de vrai que l'amitié et l'amour.
Je suis maintenant très loin au fond du panier
des tristesses.
On doit manger chacun, dit on,
un sac de charbon pour aller au paradis.
Ah ! comme j'aimerais qu'il y ait un paradis,
comme se serait doux les retrouvailles.
En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas,
face à ce qui m'arrive, je prends la liberté,
moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches,
qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent,
je prends la liberté de vous écrire pour vous dire
ce à quoi je pense aujourd'hui  : 
je pense de toute mes forces qu'il faut s'aimer 
à tort et à travers.

lundi 20 septembre 2021


Ta vie durant, cher Julos,
Tu n'auras su qu'ouvrir des trouées d'azur
Dans le sac noir des tristesses.

Pour toujours, ton âme déchirée,
Mais à jamais ta vie enracinée dans un amour sans limites,
Et pour chacun de nous, en abondance,
Des fruits du soleil. 

Où a bien pu, toutes ces années,
Se loger le trésor de ta tendresse :
Dans les galaxies,
Le cœur des gens,
La douceur de tes enfants,
La futaie des amis
Ou bien dans la ronde de tes chansons ? 

Comment tes mots n'ont-ils cessé ainsi de se donner
Comme autant de fleurs de bénédiction,
Étoiles vives striant la tempête et la nuit ? 

Nous vivons encore de leur lumière !
Par eux nous savons
Que la bonté de l'homme survivra. 

Jean Lavoué, 19 septembre 2021






Hommage émouvant et sensible  de mon ami, Jacques Bonnadier, qui m'a appris tôt dimanche matin la mort de Julos... 

… pour dire au revoir à Julos Beaucarne, qui s’en est allé paisiblement samedi 18 septembre dans la soirée. « Les vrais amis quand ils trépassent/N’en finissent pas de fleurir/Dans nos mémoires opiniâtres/Même coupés les arbres prient »… 

Chez nous, les Bonnadier, comme chez la plupart de ses amis, Julos est un trésor familial. Et ce depuis le mois de mai 1976, quand il vint chanter pour la première fois au théâtre Toursky de Marseille, pour notre plus grand bonheur. Quarante-cinq ans d’amour et de tendresse partagés, de rires et d’émotions échangées ont suivi, dont les innombrables souvenirs nous reviennent sans cesse à l’esprit et au cœur. 

Les mots de Julos nous remontent aux lèvres comme des leitmotivs ; les mots de ses poèmes, de ses chansons, de ses étiquettes, élevés au rang d’adages ou d’aphorismes : « Mon métier, c’est de vous dire que tout est possible », « Plus on aimera trop, moins ce sera assez ! », «  Ne disez pas disez, disez dites ! », « L’homme et la femme sont des chefs d’œuvre en péril » ; « Nous sommes les oiseaux d’une île nouvelle, tout est toujours à recommencer » ; « Les vrais amis sont comme des arbres » ; « Ce qu’on garde pourrit, ce qu’on offre fleurit »… Des dizaines, des centaines d’autres qui nous reviennent « par intermittence ». Et tant de refrains entêtant : « La p’tite gayole », « Mon oncle a tout repeint », « Le mouton tondu »… Et ses contes, et ses sketches (« Le Lac ! », « Périclès », « La Cil Limited Company »… ; ses vire-langue et autres amuse-bouche (« Madame Coutufon », « Décathédraliser la cathédrale de Toul »…). Julos toujours recommencé ! 

Et ses lettres, et ses cartes postales, souvent ornées d’un large trait d’arc-en-ciel, ses courriels, précieusement rangés et classés, emplis de choses drôles et douces : « Je me présente, Julos, jaseur boréal, thermostat d’ambiance, rigoureux oiseaux des îles…, que vos regards soient tendres pour le baroudeur au cœur vagabond ; l’avenir est écrit dans le bleu du ciel »… « Je pense souvent à vous quand le vent vient du sud »… ; « Que vous broutiez l’herbe de l’harmonie en ces temps agités et incendiaires, c’est ce que secrètement, en ma naïve volonté, je vous souhaite le plus ! » … « J’ai tant de choses à te dire, mais tu les sais déjà ; la vie finira par prendre les hommes par la main ». 

Ses chansons, ses écrits ! Et je n’oublie pas ses billets du « Flo-Flaf » !…  A quoi s’ajoutent pour moi, quelques interviewes inoubliables et une préface mémorable pour une « Cantate de l’huile d’olive ». Et puis, ses coups de fil ! Souvent en forme de canulars, Julos se voulant méconnaissable en prenant l’accent marseillais ou toulousain… Et ses rires ! Julos acteur comique disant « Les Poils dans l’nez », dans un duo impayable avec son ami Philippe Garouste. Affluent alors les souvenirs de rencontres et de fêtes avec ses amis de la galaxie julosienne de Provence : ceux de la première heure, les Borel, Mireille et André, à Venasque, les peintres Philippe et Nadia Garouste-de Clauzade à Cheval-Blanc, Knud Viktor, cueilleur d’images et de sons à Mérindol, Jo et Annie Pacini, vivant d’olives et de poésie à Caumont-sur-Durance, ses si chers amis, gens du Luberon et des monts de Vaucluse. Comme lui. 

Car, Julos est chaque été le citoyen de Mallemort-du-Comtat. Et il y a pour nous une joie singulière à y aller excursionner, pour le retrouver en famille – c’est autour de la ruine qu’il releva à « Souleye » que nous avons connu ses enfants petits, Christophe et Boris – et d’y sacrifier au rite devenu sacro-saint de l’aïoli : tu apportes les ustensiles (mortier et pilon), les ingrédients tout cuits, et tu « montes » toi-même la pommade ! L’hôte du lieu, lui, préside la cérémonie et la dégustation, avant de jouir du privilège royal qu’il s’est arrogé, celui de lécher le pilon ! Un rite renouvelé à Marseille, à Peypin d’Aygues, à Roquevaire – chez les fidèles Marlène et Jacques Ingrand, bref à chaque repas pris en commun, accompagné  d’un rosé frais de Provence. 

Et quel spectacle, en ce soir étoilé du mois d’août, de voir Julos juché avec nous sur sa terrasse,  diriger en gandoura blanche un orchestre imaginaire tonitruant à la radio je ne sais plus quel oratorio ! Quel festival ! Et quelle jubilation ! Comme celle de le retrouver plus tard au milieu de ses pagodes de Wahenge et de visiter avec lui l’exposition de ses objets détournés « à la silencieuse et forte présence ». 

Je reviens aux mots de Julos – ne proclame-t-il pas : « Les mots sont très sympathiques, ils gagnent à être connus ! »… Notre ami commun, le comédien Jacques Hansen s’en est fait l’interprète magnifique dans deux spectacles successifs et je sais qu’il a enregistré quelques-unes de ses chansons sur des rythmes argentins. Ma fille Isabelle, elle-même très proche spirituellement de Julos, a mis dans un de ses spectacles fait de lettres, la fameuse et délicieuse « Gare de Fréjus-Saint-Raphaël ». Il m’arrive de dire moi aussi, de me dire surtout, certains d’entre eux : « La grande vie paysanne », « Le Bon Dieu », « Voyez comme il est doux… », « Le Chapeau »… ; des merveilles !  

Encore un souvenir, particulièrement émouvant pour moi. Un jour de soupe au pistou à la maison, à Marseille peu après la Chandeleur 1975. Claude Nougaro est avec nous. Je lui lis la lettre que vient d’écrire Julos la nuit même de la mort de sa femme, Loulou, assassinée par un homme devenu fou. « Amis, bien aimés, ma Loulou est partie pour le pays de l’envers du décor… » Il en est touché au point de me dire : « « Je vais la mettre en musique ! » Puis on se quitte et il oublie la lettre ! Je la lui envoie aussitôt par la Poste. Quelques mois plus tard, avant le tour de chant de Nougaro au « Toursky », Jean-Pierre Brun, son impresario, m’interpelle dans les coulisses : « Claude a enregistré la lettre de Julos, avec Maurice Vander au piano jouant du Schumann ! ». Elle paraîtra dans le disque « Femmes et Famines ». 

Julos a lui-même été un grand passeur de poésie ; il a fait entendre d’innombrables poètes : Apollinaire, Victor Hugo, Baudelaire, Obaldia, Musset, Liane Wouters, Max Elskamp, Tardieu, Cadou, Hikmet, Charles Cros… et tous ses amis québécois : Miron, Vigneault, Deschamps… Et Félix Leclerc dont je relis sans cesse le texte merveilleux : « Quand nous étions réunis à table et que la soupière fumait »… Et Raoul Duguay, qui fait si drôlement écho à son « Plus on aimera trop, moins ce sera assez… » avec un axiome que son cousin wallon aurait pu inventer – et ce sera ma conclusion : « L’amour est la totale totalité totalisant totalement le tout, 
tout l’temps » ! 

Julos dans nos cœurs à jamais !






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dimanche 19 septembre 2021

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Notre ami, Julos Beaucarne, vient de nous quitter paisiblement hier soir à 22h15...


"Il nous faut reboiser l'âme humaine..."




















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samedi 18 septembre 2021

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Voici deux chaleureuses notes de lecture de mes « Voix de Bretagne » parues le printemps dernier. L’une d’Alain-Gabriel Monot (en photo) est publiée dans la revue Ar Men de ce mois de septembre. L’autre, de Marie-Josée Christien, ci-dessous, sera prochainement publiée dans la revue Spered Gouez / l’esprit sauvage.


Voix de Bretagne, Le chant des pauvres (L’Enfance des arbres)

Dans cet épais ouvrage de 345 pages préfacé par Pierre Tanguy, Jean Lavoué, poète et éditeur qui « a la Bretagne au cœur » (Joseph Thomas, postface), réunit dix auteurs bretons qui « portent le chant des pauvres » : Michel Le Bris, Armand Robin, Yann-Fañch Kemener, Anjela Duval, Guillevic, Jean Sullivan, René Guy Cadou, Max Jacob, Georges Perros et Xavier Grall. Nés dans la première moitié du XXème, ces auteurs très différents continuent à l’accompagner au fil des années.
Leur premier dénominateur commun est incontestablement leur ancrage breton, dans un environnement rural. Mais c’est le prisme de la pauvreté qui a retenu l’attention de Jean Lavoué. La pauvreté matérielle a marqué l’enfance d’Armand Robin (et presque toute sa vie jusqu’à sa mort précoce), comme celles de Guillevic, Anjela Duval, Yann-Fañch Kemener et Michel Le Bris. Max Jacob, Xavier Grall et Georges Perros ont connu la précarité plus tardivement en raison de leur choix de vie. Par la maladie, René Guy Cadou a connu aussi une période de grand dénuement. Jean Sulivan, prêtre, fit vœu de pauvreté. Par cette pauvreté matérielle vécue, ils se sont fait les porte-voix solidaires du « peuple de pauvres ».
Jean Lavoué relie la pauvreté à l’arrachement à la langue natale dont l’usage fut interdit. Ceux de ces auteurs nés sur le sol breton ont vécu la perte de la langue maternelle, que ce soit  par éradication ou par  absence de transmission. L’auteur ajoute aussi « le sentiment d’une perte essentielle concernant la défiguration de leur terre rêvée ». Il montre combien ces « voix de Bretagne », marquées « d’une cicatrice inguérisssable », ont transcendé la  pauvreté subie en « sobriété, respect de l’homme et de la nature, contemplation du monde », ainsi que le résume Pierre Tanguy. Leur œuvre tourne « autour d’un noyau obscur d’une existence d’où la poésie a surgi comme un miracle inespéré »…

Jean Lavoué, Voix de Bretagne, Le chant des pauvres », L’enfance des arbres, 21 euros

www.editionslenfancedesarbres.com













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jeudi 16 septembre 2021

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Certains mots sont devenus trop lourds :
Ils ont perdu le feu,
Ils ont laissé couler la sève ; 

Tandis que d'autres
Ont su rester légers,
À jamais rebelles et irrécupérables. 

C'est le cas de ce mot
Que je prononce à peine
Tellement il craint la pesanteur :
Il préfère se faufiler incognito 
Dans les silences du Poème. 

Allègre pourtant, inutile comme la pluie, le vent
Ou comme trois pas de danse dans le soleil,
À tout instant la "grâce" se trouve accordée
Au souffle de la vie. 

Aucune noirceur ne la décourage,
Ni aucune ombre :
En toutes circonstances,
Elle garde son éclat. 

Comme l'oiseau,
Elle reste silencieuse après l'orage,
Comme lui, elle s'abandonne seulement
À la poussée du vent,
À la force des ailes. 

Elle se nomme d'un mot qui dit oui :
On ne lui doit jamais rien,
Elle efface toute amertume,
Aucune ride sur le visage !
Et c'est pourquoi elle reste jeune,
Et c'est pourquoi, toujours, elle refleurit. 

Jean Lavoué, 13 septembre 2021
Photo Maurer & Roth
























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mercredi 15 septembre 2021

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Pierre Tanguy sur les pas de Xavier Grall, par Jean-Claude Guillebaud (La Vie du 15 septembre 2021)


Ici commence la musique du monde


Cette semaine, notre chroniqueur rend hommage aux poètes bretons Xavier Grall et Pierre Tanguy, et à leur façon d'écouter les « vents hurleurs ».

Par Jean-Claude Guillebaud


Les plaisirs de lecture sont parfois inattendus, magiques, paradoxaux. Je viens d’en éprouver un qui n’est pas du modèle courant. Mon engouement, déjà ancien, pour un auteur a trouvé dans le texte d’un autre écrivain des raisons supplémentaires d’aimer le premier. J’ai ainsi découvert dans ses pages des bonheurs d’écriture (et de pensée) que je n’avais jamais remarqués.


L’auteur qui me rend heureux depuis longtemps, c’est le poète, écrivain et journaliste breton Xavier Grall, disparu en décembre 1981 à Quimperlé. Je crois avoir lu presque tous ses livres. L’un d’eux a été publié à titre posthume trois ans après la mort de Grall et a été réédité plusieurs fois depuis, alors même qu’il avait été refusé dans les années 1970 par certains éditeurs. Son titre ? L’Inconnu me dévore.


J’ai lu cet ouvrage trois ou quatre fois. Et je l’ai fait lire autour de moi, séduit par son lyrisme disons « décoiffant ». S’adressant à ses cinq filles, il leur clame : « Mes Divines, je vous conjure d’admirer. Tout est fabuleux pour qui sait regarder. La fraîcheur du regard est le commencement de la sainteté. » Mais ce grand chrétien n’est pas toujours tendre pour certains de ses coreligionnaires. « Mes filles, ajoute-t-il, méfiez-vous des sacristains. À force de nous sonner les cloches, ils couvrent la forte rumeur de l’Évangile. »


Enchantement du souvenir


Et voici que, grâce à mon ami Jean Lavoué, breton lui aussi, je découvre un livre du poète Pierre Tanguy : Ici commence la musique du monde. Sur les pas de Xavier Grall (éditions l’Enfance des arbres, 15 €). Ce livre n’a rien d’un hommage académique tristounet. Lui aussi est plein de feu. C’est une déclaration d’amitié, de fidélité, de ferveur et de l’enchantement du souvenir. Dès les premières pages, à mille détails, on voit bien que Tanguy vibre au même diapason que Grall.

La Bretagne, bien sûr ! mais aussi une même façon d’écouter les « vents hurleurs » en tendant l’oreille depuis la pointe de Trévignon, au sud de Concarneau. « C’est là que les vents disaient à Grall tout ce qui se passait au-delà des mers, lui apportant les parfums du monde, lui racontant les heurs et malheurs des hommes. »


Tanguy, se souvient que, encore étudiant brestois, il écoutait Grall parler de la Bretagne comme d’une « nation » et dire son rejet du régionalisme et du folklore. « Il y a donc déjà, ajoute-t-il, ce Grall engagé, mais sans sectarisme, qui met sa plume au service du combat breton. Il le fait dans ses récits poétiques, avec des mots simples, concrets, empreints d’un lyrisme qui se démarque de l’écriture blanche et anémiée sévissant dans la poésie française de l’époque. »


Et comment résister au plaisir de rapporter une superbe sortie de Grall, refusant le repli sur soi ? « Nommant la Bretagne, nous pouvons nommer tout l’univers. » J’espère avoir un jour l’occasion de rencontrer Pierre Tanguy, mon cadet de trois petites années. Je m’autorise de cette proximité pour le remercier de ces très heureux moments de lecture. Je me dois d’ajouter que ce livre est remarquablement mis en page et enrichi par des peintures de Rachel La Prairie, une artiste installée en Finistère.


Ce livre de Pierre Tanguy, « Ici commence la musique du monde, Sur les pas de Xavier Grall » peut être commandé dans toutes les librairies au prix de 15 euros ou bien directement chez l’éditeur : Jean Lavoué, L’enfance des arbres, 3 place vieille ville, 56 700 Hennebont (prévoir alors 4 euros de frais de port en plus).

















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samedi 11 septembre 2021

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Non pas un poème, mais davantage un cri
Concernant l'actualité de notre monde. 

Comment dire la douleur
De ce pays, l'Afghanistan, 
Dont toutes les espérances
Ont été, depuis quarante ans,
Méthodiquement piétinées ? 

Sa couronne de montagnes enneigées
N'est pas celle d'un pays libre et souverain
Mais plutôt celle du martyre. 

Du plus profond de sa déroute
Mais surtout depuis les frontières d'un pays voisin, 
Stratège et conquérant,
C'est la ligne d'un islam vengeur qui a fini par s'imposer, 

Trés loin des confréries de sages et de soufis
Dont ce royaume était autrefois la terre bénie. 

Aux extases des derviches
Ont succédé des hordes armées,
Obsédées d'une pureté maladive,
Particulièrement sexuelle,
Ennemies avant tout des femmes et de leur dignité. 

Mais c'est aussi sur la faillite de l'Occident, de ses idéologies
Et de son arrogance dominatrice,
Qu'a prospéré  ce terreau meurtrier. 

Face à ce cancer qui se généralise chez eux,
Les Afghans ne pourront pas faire face seuls :
Si la solidarité internationale
Ne parvient pas à se faire entendre,
Ils seront victimes, comme ils l'ont déjà été,
D'une loi brutale et sans appel. 

Les rendez-vous pour la planète
Sont multiples dans un avenir proche,
Mais celui visant à encourager partout 
L'émergence d'un islam d'ouverture à visage humain,
Désiré par le plus grand nombre des musulmans eux-mêmes,
Est sans doute celui sur lequel reposera demain, 
Pour l'essentiel, notre propre paix. 

Jean Lavoué, 9 septembre 2021
Photos : différents visages des femmes en Afghanistan : Kaboul 2016 et 1996-2001






















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