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mercredi 5 octobre 2022

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Je me suis approché d’un arbre
Et j’ai cherché à entendre
Quels mots lui murmurait la sève :
Il n’y avait là nulle parole de guerre,
Nulle peur pour les mois d’hiver à venir,
Nul effroi face au ciel qui ne répond pas.

J’ai entendu se prolongeant jusqu’à la cime
Des mots de silence et d’amour,
Des pensées d’envol et d’élargissement,
Tandis que tombait jusqu’aux racines
Une pluie de gratitude couvrant le sol
D’invisibles larmes de bénédiction.

J’ai perçu comme un souffle tranquille
Dans ce va-et-vient qui arrimait
Solidement cette prière à la terre,
Un chant de confiance capable d’affronter
Les froidures et le gel,
Les brouillards et la nudité prochaine.

J’ai senti le mouvement de chaque branche,
Sa courbe gracieuse
Et cet éventail de forces livrant à l’automne
Sa profusion d’or et de feuilles.

Chaque arbre fut ensuite pour moi
Une leçon d’oraison
Colportée par l’aile des oiseaux :
L’heure était aux complies,
Mouettes et cormorans remontaient vers le large.

C’était comme si le fleuve, les nuages
Et la terre entière
Battaient au rythme lent
De cette communion silencieuse.

J’ai commencé à entendre aussi en moi
Se murmurer ces mots sans mots
Se mêlant au poème,
Comme une respiration
Au bout de laquelle
Palpitait l’âme du monde.

De cet immense hymne à la Vie,
J’ai perçu que je n’étais
Qu’une obscure et simple lettre
N’ayant pas d’autre joie
Que de s’enraciner dans ces heures de lumière.

Jean Lavoué, Le Blavet, 4 octobre 2022
Photo JL 4/10/22









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vendredi 30 septembre 2022

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Les sentiers où tu n'as pas encore marché
Sont promesses du large :
Ils sont en avance sur la sève
Et sur l’ouvert qui t’espèrent.  

Jure-toi de les suivre
Quand ils t'auront trouvé ! 

Ils te feront gravir
Des pentes ignorées de toi-même,
Franchir des couloirs d'ombre
Où tu n’es encore jamais allé,
Longer des falaises qui ne t’attendaient plus.

Ils te feront aimer l’inconnu où te perdre,
Eprouver son rythme,
Goûter une autre adhérence à la terre,
Une autre vastitude,
Une autre lumière.

Jean Lavoué, déjà partagé le 29 septembre 2015 
Photo JL 25/09/22









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mardi 27 septembre 2022

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À pas lent vers le lac,
Le silence s’élargit,
Le ciel paraît plus vaste ;

Nous sommes un peuple nomade
Toujours en quête de nouvelles oasis, 
De germinations, de lumières ;

Nous fraternisons à l’obscur
En des clairières provisoires,
Enrichis de nos dissemblances, 
Pour mieux reprendre souffle
Sur nos routes semées d’étoiles. 

Il existe en chacun de nous
Un lieu délivré de tout bruit
Que rien ne peut troubler ;

Même les tourbillons de l’eau
Se fracassant sur les rochers
N’altèrent pas sa gravité secrète.

Nous allons sans un mot vers l’estuaire
Où toute préoccupation se perd,
Où toute singularité est offrande ;

Comme les torrents dévalant les montagnes, 
Nous pressentons simplement là 
Que nous sommes appelés à nous couler
Dans plus vaste que nous.

Participant à la liturgie des ormes et des saules,
Des peupliers et des aulnes,
Comme à celle des oiseaux et de l’herbe des champs,
Nous célébrons avec eux 
L’unique splendeur de toute vie.

Ainsi, atteignons-nous les grands espaces, 
Appauvris de tant de biens inutiles, 
Réconciliés en nos épis vulnérables, 
Devant la prodigieuse moisson de l’Ouvert
À laquelle, émerveillés, nous communions.

Jean Lavoué, Grandchamp, Lac de Neufchâtel, 24 septembre 2022
Photo JL, 25/09/22

Quelques mots pour pour marquer d’une touche de gratitude la belle aventure humaine vécue ce week-end à la Communauté monastique œcuménique de Grandchamp (près de Neufchâtel en Suisse) avec Michel Cool, Marie Cenec, Pascal Desthieux et tout un petit groupe d’amis journalistes et écrivains cheminant sur les voies du silence, de la parole, de la liberté et de l’unité…









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samedi 24 septembre 2022

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Que le silence soit créateur,
L’arbre le sait 
De toutes ses racines :
Un seul frémissement du vent
Lui permet de communier 
À la forêt entière ;

La terre aussi en est témoin
Par tout ce qui germe en elle
Et par le soleil qui la transfigure. 

Le fleuve le sait également 
En ses vasières étincelantes 
Que la marée découvre,
Tout comme le cormoran
Remontant triomphant de sa nuit liquide
Vers l’azur éclatant ;

Et nous que les heures perdues dénudent
Ou que le maladie parfois terrasse,
Nous le pressentons 
Dans nos fibres secrètes
Se hissant vers les cimes,

Ou encore dans nos pas 
Quand ils se posent
Sur l’aile de son souffle,

Et même en nos paroles
Lorsqu’elles sont lestées
De son poids d’invisible.

Jean Lavoué, le Blavet, 19-20 septembre 2022
Photo JL 20/09/22















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mardi 20 septembre 2022

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De quelles profondeurs insoupçonnées
L’humanité se tourne-t-elle en ce jour
Vers la célébration émue
D’une personnalité royale ?

L’automne même surgissant
Accompagne
En ses parures pourpres.

Peut-être chacun cherche-t-il obscurément
À célébrer au fond de lui
Sa propre origine souveraine ?

Face au soleil incendiant les vases,
J’ai fait l’éloge pour ma part,
Devant la majesté du fleuve
Et la magnificence des arbres, 
Du couronnement de toute vie.

J’ai croisé sur mon chemin
Un sage taoïste :
Il était couvert de la tête au pied
D’une tunique écarlate.

Il marchait d’un pas lent
Et frappait à coup régulier le sol
De son sceptre pèlerin. 

Sans dire un mot, 
Nous nous sommes reconnus
D’un salut complice. 

Un peu plus loin,
Nous nous sommes retournés ensemble
Et c’était comme la signature d’un poème.

Nous sommes tous nés ainsi
Princes d’un royaume qui nous est confié,
Notre commun privilège,
En serons-nous un jour dignes ?

Rentrerons-nous un jour au fourreau
L’épée des saisons
Pour assister partout autour de nous
Au triomphe de la paix ?

Jean Lavoué, Blavet, 19 septembre 2022
Photo JL 19/09/22






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lundi 19 septembre 2022

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Voici une rencontre des « racines du ciel » que l’ai eu plaisir à redécouvrir :
« La poésie comme chemin spirituel avec Christian Bobin ». Un enregistrement du 29 juillet 2012 de cette belle émission animée par Frédéric Lenoir et Leili Anvar, malheureusement supprimée des grilles de France-Culture voici cinq ans… Avec Christian Bobin, on est toujours en bonne compagnie pour aborder l’essentiel…











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samedi 17 septembre 2022

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J’ai marché sous la pluie
Faisant trembler de joie
L’herbe du chemin 

Chaque goutte
Abreuvait de silence
Le chant de la terre

Les mouettes aux ailes blanches
Saupoudraient de lumière
L’éclat gris de l’averse

En quête de fraîcheur 
Le soleil se mêlait
Aux clapotis de l’onde

Les vagues s’étaient tues
Et la surface étale
Annonçait le reflux

Être là seulement 
Tel un arbre patient 
Dressé dans la présence

Avec le peuplier
Le saule le châtaignier 
Se fier aux courbes du halage 

Aller au pas du jour
Sans autre révélation
Que le ruissellement du vent

Se sentir à jamais
De la vulnérabilité 
De ce qui dure 

Mettre ses pas
Dans le sillon
Qui regagne la mer

Aller au rythme
Des marées du souffle
Vers les îles lointaines  

Élargir en soi l’espace
Qui nous fait un
Avec le fleuve

Avec l’immense 
Avec la Vie
Avec l’Ouvert.

Jean Lavoué, Le Blavet, 14 septembre 2022
Photo JL 14/09/22












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mardi 13 septembre 2022

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Il y a au fond de soi
Un silence aussi vaste
Que celui du brin d’herbe
Avant la pluie

Des puissances de dormition
Et de repos aussi réconfortantes
Que l’onde qui porte l’oiseau
Au milieu du fleuve

Des rythmes ronds
Comme la lune de minuit
Et des marées recouvrant 
De douceur nos halages

Nous mûrissons sans le savoir
Dans ce sillon des heures perdues
Où le jour s’envisage
Et où l’amour croît 

Nos chemins n’ont d’autres buts
Que de nous conduire 
Là où le chant du monde
Respire à travers nous

Au mitan du souffle     
Le cœur est l’espace
Entre deux rives
Où toute vie s’illumine

Nous ne sommes jamais 
Plus proches de l’arbre
Que dans le scintillement de la sève
Irriguant nos ténèbres 

Nous laissons aux racines
L’essentiel du voyage
Vers des profondeurs illimitées
Sans nom ni visage

Nous ne sommes jamais seuls
Quand la paix creuse en nous
Le fond sans fond de la tendresse.

Jean Lavoué, Le Blavet, 12 septembre 2022
Photos JL 12/09/22













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dimanche 11 septembre 2022

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Est-ce le rythme
Qui fissure d’abord le silence,
Ou bien le premier mot
Qui d’un coup de bec
Veut briser sa coquille ?

Ce qui est sûr
C’est que rien n’advient
Sans une déchirure

En bouton
La fleur de coquelicot
N’a nulle idée du vent

Là où tu étais
N’est plus que braise
Et cendre

Ce qui doit naître
Rien en toi
Ne saurait le prédire

Un grand feu d’ignorance
A tout emporté.

Jean Lavoué, le 7 septembre 2018 
Photo Jackie Fourmiès http://jifou.over-blog.com/

























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vendredi 9 septembre 2022

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Voisins des arbres et du ciel,
De la fougère et du trèfle
Compagnons nous aussi
De la terre et du vent, 
Comment nous laissons-nous
Détourner de nous-mêmes
Happer par des images glacées,
Des écrans sans paroles 
Nous laissant étrangers aux rythmes qui nous traversent ?

Chaque jour humer l’air,
Aller à la rencontre des êtres
Dont le chant naît de la terre,
Frôler l’aile des oiseaux,
Respirer la fragrance des fleurs,
S’étourdir d’écorces et de racines,
De branches et d’ombres
Où reprendre souffle.

Ce n’est pas seulement pour notre santé
Mais pour celle de l’astre qui nous porte
Qu’il nous faut entrer dans la danse du vivant,
Rester ces terriens que nous sommes,
Faits d’humus et de joies pures.

Combien de compagnons 
Nous invitent à entrer avec eux
Au royaume des saisons,
À nous familiariser avec l’épreuve du soleil,
Le don précieux des nuages,
La caresse de la pluie,
La coupure du gel,
Le recouvrement silencieux de la neige ? 

Fouler l’herbe du monde
Est notre vocation première
Qui nous rend soeurs et frères
De tous les animaux peuplant notre planète,
Des forêts et des fleuves,
Des sources et des rivières.

Nous ne nous sauverons pas sans eux,
Il nous faut élargir notre âme
À tout ce qui germe et palpite,
Aux bourrasques des grands horizons,
À la nuit qui veille sur nous,
Aux étoiles qui ensemencent notre avenir.

L’esprit qui nous tire en avant
Doit se mêler à la tourbe 
Dont nous sommes les tiges,
Aux matins qui nous devancent,
Aux instants dont pas un n’est perdu
Dans l’immense genèse de la Vie.

Jean Lavoué, Le Blavet, 7 septembre 2022
Photo JL La Chesnaie, 5/09/22










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mercredi 7 septembre 2022

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Soulever le jour 
Sous le vitrail des mots
Laisser à travers eux venir la lumière
Calmer la douleur
Sertie dans les ramures de l'aube
De sa pauvreté faire un passage
De son vide un soleil
En chaque mur percer fenêtre
De chaque visage ouvrir le paysage 
Laisser le chant renouveler nos yeux 
Oser se perdre dans le ciel des villages 
Aller par les chemins 
Nomades de nous-mêmes 
Pactiser avec l'horizon
S'en remettre à sa frontière sans limites 
Laisser aller la main où la nuit s'interroge
De tout bosquet libérer l'oiseau 
S'affranchir de l'encre des mots d'ordre 
Panser d'eaux vives nos blessures
Porter en soi un feuillage persistant 
Transmettre le silence comme un incendie 
Y ancrer les racines de l'espérance
Sur toute absence nue lever le voile
En toutes traces sauves saluer la présence 
Se tenir à la croisée du Poème
Au bord de l'abîme consentir à la joie.

Mazille, texte et photo, le 7 septembre 2019











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