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samedi 21 mai 2022

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Difficile de rester à la hauteur
De sa fragilité consentie.

Le plus souvent on l’ignore,
On la cache,
On cherche à la masquer.

On ne veut plus entendre
Ce rappel à l’ordre.

Il faut écrire encore
Pour côtoyer les prunelles de l’espérance.

Dans les fêlures du jour
Le silence s’ensommeille.

Le temps n’épouse plus 
Ses abeilles.

L’instant écarquille
Les yeux du matin.

On cherche partout
Son soleil.

Il faut apprivoiser la nuit
Comptable de la joie.

Sans projets, on accoste
Aux rives de la confiance.

Quelques mots suffisent à révéler
Le soleil de l’âme.

Il est un temps pour lire,
Un autre pour goûter au miel de la Présence.

Le souffle seul ponctue
La grâce des heures redonnées. 

Jean Lavoué, 18 mai 202
Photo : Jackie Fourmiès 



















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vendredi 20 mai 2022

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Voici une belle méditation sur l’art comme ressource spirituelle essentielle dans nos vies exposées à toutes sortes d'épreuves. Christiane Bascou est présidente de l’association du Parvis. 


DE L’ART COMME INFORMATION


Par Christiane Bascou


Durant toute mon enfance, j’ai vu mon père, chaque année en février, offrir à ma mère la plus belle branche en fleurs de son amandier, une merveille de blanc, de rose et de parfum. Il comptait la moindre amande le reste du temps, mais ce jour-là repoussait la productivité au deuxième rang.


Ce changement de point de vue sur les priorités du monde, on le retrouve quand, sur un ciel d’orage, un arc-en-ciel fait jaillir à nos yeux les couleurs, à notre ventre une impression de plénitude, à notre cœur le sentiment d’une harmonie possible entre terre et ciel, eau et feu du soleil, à notre cerveau l’idée d’un pont aux formes géométriques parfaites : pas étonnant qu’il soit signe universel, « Alliance de toujours qui passe entre Dieu et toute vie sur la terre » (Genèse 9,16).


Le contact avec la beauté perçue met en prise avec l’essentiel : notre appartenance au monde, à l’humanité qui partage la même expérience, au mystère du cosmos, à celui du divin. L’imagination créatrice procède de la même façon. Sous toutes les formes visuelles, sonores et corporelles du choc esthétique, l’art s’adresse directement et simultanément à toutes les zones de contact humain. Le cœur et les tripes, bourrés de neurones [1], véritables petits cerveaux annexes, réagissent immédiatement, puis l’information passe au cerveau, qui va enrichir le choc sensoriel et émotionnel de ramifications symboliques, de sens, de nouvelles questions ! Parce qu’il stimule ces zones de façon libre, sans être limité par la logique ou le contexte, l’art ouvre les champs du possible, fait accéder directement à un niveau autre de compréhension et, forcément, change le regard sur les choses, la nature, les êtres.


Les artistes, à la sensibilité exacerbée, réceptifs aux signaux invisibles du monde, n’existent que dans le partage de cette connaissance originale de la réalité. Ils et elles sont des antennes vivantes et vibrantes, des capteurs-émetteurs. Ils transmettent en mode court-circuit une information sur les nuances subtiles de notre présence au monde : aspirations ou souffrances, beautés, laideurs et déchirures, que la plupart des gens traversent ou subissent sans les voir ou sans pouvoir les exprimer. La rencontre de l’autre à travers l’œuvre va servir de révélateur, donner un moyen d’expression, une forme, un goût, une voix, une dynamique à l’essentiel refoulé de la vie humaine.


L’information donnée par l’art est donc par essence toujours déstabilisante, voire subversive. En dévoilant, en reconnectant différemment, elle provoque « la rupture d’une relation antérieure entre un homme et le monde » [2], par simple mise en présence ! Et comme il touche à tous les domaines (matériel, passionnel, politique, spirituel, sacré) sans entraves, cette liberté le rend dangereux, explosif, révolutionnaire. Pas étonnant que les artistes soient parmi les premiers éliminés en temps de dictature et de pensée unique.


S’il perd sa subversivité, qu’il rentre dans le rang par censure, conformisme ou médiocrité, l’art n’est plus. Par contre, libre, touchant au cœur de l’universel, il peut traverser l’espace et le temps, comme les « Vénus » du fond des âges, icônes de créativité généreuse, ou comme le Champ de blé aux corbeaux de Van Gogh. À son origine, il suintait l’angoisse existentielle. Aujourd’hui, il parle de guerre, de prédation sur l’Ukraine et de routes d’exil, de spéculation financière sur le blé, de menace sur la planète et le vivant, de l’angoisse des chemins à prendre, mais aussi de vie toujours en mouvement, de chemins ouverts malgré les orages, d’éclaircies futures et d’espoir.


À bien y réfléchir, le fait que, pendant la période de Covid, tout le pan culturel, artistique, « spirituel » de la vie ait été considéré officiellement comme « non essentiel », tandis que caves et commerces de « spiritueux » restaient largement ouverts, dénote soit une méconnaissance crasse, soit un mépris délibéré des besoins profonds de notre humanité, ce qui n’est pas de bon augure quant à la qualité de notre société. On regrette les Malraux et Jack Lang, qui ne confondaient pas non-rentable et essentiel. Heureusement, les artistes ont continué à éclairer ou à faire éclater nos solitudes, même avec de simples chansons comme celles de HK, « Dis-leur que l’on s’aime, dis-leur que l’on sème » [3].


Rendant compte au passage de l’utilité vitale du lien social et culturel, de l’accès salutaire à la nature et à la beauté, l’art nous rappelle toujours que nous sommes pétris d’argile, d’énergie, d’intériorité, de transcendance, que nous sommes poussière d’étoiles.


Notes :

[1] Le système nerveux entérique (de l’intestin) concentre jusqu’à 80 % des cellules du système immunitaire. Produisant la sérotonine à 95 %, il est responsable de nos états d’âme et constituerait la matrice biologique de l’inconscient. Il véhicule à 80 % des informations dans le sens intestin-cerveau. Le système nerveux du cœur, relié au cerveau comme celui des intestins par le nerf vague, est riche de quelque 40 000 neurones et son champ électromagnétique est 5000 fois plus puissant que celui du cerveau (source : Wikipedia).

 [2] Citation d’André Malraux.

 [3] HK, L’épicerie des poètes.


Source : Dossier « S’informer et informer », Les réseaux des Parvis n°110-11, p. 16








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mercredi 18 mai 2022

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Tu tisses sur le fil de la nuit
Des mots improbables

Tu écoutes le murmure 
À la lisière des vagues 

Tu sens si fragile
Le jour qui vient 

Tu ramènes de tes pêches silencieuses
Les galets de la joie  



Dans leurs matins vulnérables
Tes amis te parlent au loin

Ils savent bien que le bonheur 
Habite ainsi les heures précaires 

Vos échanges sont devenus
De longs conciliabules invisibles

Vous côtoyez ensemble
L’éternité des mondes

Vous éprouvez de la tendresse
Pour ces limites que vous frôlez 



Vous êtes devenus
Familiers de l’instant 

Même la mort
N’aura prise sur lui.


Jean Lavoué, 14 mai 2022
Photo Pixabay















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mardi 17 mai 2022

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Si d’aventure un jour
Le souffle vient à manquer
Choisis-toi un cours d'eau,
Un fleuve, une rivière :
Peuple-la de grands arbres
Épris de vent, d’oiseaux. 

Arpente ses sentiers,
Ses sous-bois, ses halages !
Apprivoise ses clartés,
Ses méandres, ses silences :
Déchiffre l'inconnue,
Cherche son nom secret. 

Trouve-toi des amis,
Des compagnons de route,
Des passants du soleil
Qui savent s'arrêter
Sans mesurer leur temps
Et puis te laissent aller. 

Ne compte pas tes pas,
Ne calcule pas les heures :
Fais confiance aux courants,
Laisse-toi respirer ! 

Jean Lavoué, 2017
Photo JL Le Blavet, printemps 2021












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dimanche 15 mai 2022

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En ce jour honorant la mémoire de Charles de Foucauld, je retrouve ce texte publié en 2012 dans le livre « Christ Blues, Stèles pour Xavier Grall » : l’occasion de partager à nouveau ce récit témoignant d’une présence intime dans les racines de mon arbre généalogique…

Charles de Foucauld, compagnon de l'impossible !

De passage à Paris en ce bel après-midi ensoleillé de septembre, disponible, je me laisse guider par l'intuition. Une librairie comme on aime en trouver, où tous les titres font signe. Je saisis machinalement le volumineux recueil des correspondances sahariennes de Charles de Foucauld[1]. Est-ce le miroitement des dunes à l'infini sur la couverture. Est-ce l'homme bleu qui s'avance ? Est-ce le rayon de soleil qui a tourné la page ? Je tombe sur une notice consacrée au Père Richard. Je n'en crois pas mes yeux : Pierre Richard est mon grand-oncle qui a passé l'essentiel de sa courte vie en Algérie, comme Père Blanc.

A t-il rencontré Charles de Foucauld ? Depuis longtemps je me pose la question : les dates coïncident ; les lieux. N'a t-il pas vécu plusieurs années dans le Sud Algérien : à El Goléa, là-même où est enterré le Père de Foucauld ? Mais dans ce livre, tout à coup, plus qu'une confirmation, une bénédiction ! Un signe éclatant de la grande communion qui nous devance.

« Pierre Richard, né à Rennes » Il doit y avoir une erreur ! Peut- être s'agit-il d'un autre ? Le doute me traverse un instant. Mais rapprochant la courte biographie de celle que je connais de mon grand-oncle, l'évidence me saute aux yeux : c'est bien lui. Il y a quelques années j'avais obtenu de l'archiviste des Pères Blancs à Rome quelques repères sur sa vie missionnaire. Il était bien né dans le diocèse de Rennes, mais à Hirel précisément, dans le nord de l'Ille et Vilaine. Sa mère, très tôt veuve de son père, se remarie, épousant mon arrière grand-père. Pierre sera élevé avec ses demi- frères et sœur : mon grand-père, son frère qui mourra à la guerre 14-18 et sa sœur, « Pierre Célestin » en religion. Je vois encore son visage illuminé, son sourire malicieux sous la cornette, enchanter nos rencontres familiales du seuil de ses 90 printemps. Je devine aujourd'hui d'où rayonnait son cœur ! Pierre, le demi-frère bien-aimé qui depuis si longtemps déjà avait rejoint son ciel intérieur : Pierre Célestin !

Enthousiaste, j'achète le livre comme une correspondance longtemps restée secrète, tout à coup à moi seul adressée. Il y est précisé qu'aucune des lettres échangées entre Charles de Foucauld et Pierre Richard n'a été conservée. Cette phrase, présupposant que ces lettres ont existé suffit pourtant à mon bonheur. Glanée au fil des pages, surgit alors toute une part de la vie cachée de ce grand-oncle dont le portrait ornait le mur blanchi à la chaux de la ferme familiale. Une révélation pour moi qui pressentait combien il avait pu être brûlé par la proximité et peut-être même par la rencontre de cet être qui avait franchi la ligne. Une vague rumeur familiale alléguait ce voisinage avec Charles de Foucauld. Or il s'agissait de bien plus que cela. J'en avais désormais la preuve écrite, attestée.

Charles de Foucauld et Pierre Richard s'étaient longuement rencontrés les 4 et 5 novembre 1904. A cette époque Charles de Foucauld rêvait de trouver un compagnon qu'il emmènerait avec lui dans le grand sud saharien. Leur dialogue avait porté sur ce projet. Toutefois aucune décision ne fut prise alors : Charles de Foucauld sent le Père Richard bien trop ancré encore dans son projet missionnaire ; il veut transmettre la foi par le ministère de la parole, alors que lui ne pense qu'à l'enfouissement dans le silence et la prière. Il l'écrit dans une lettre du 2 janvier 1905 au Père Guérin, Supérieur du Père Richard : « Le bon Père Richard m'a longuement parlé - avec grande simplicité et ouverture - en saint homme. Bien des choses lui vont dans ma vie, mais il se regarde comme ayant surtout la vocation de la parole. Je lui ai dit que, dans ces conditions je l'engageais à ne pas venir avec moi. La vie des Petits Frères du Sacré-Cœur de Jésus s'offre à ceux que Dieu appelle à mener la vie cachée de Jésus, sa vie d'obscurité et de silence. » Quelques mois plus tard, le 6 mai 1905, il revient sur cette appréciation. Il attribue à Pierre Richard un nom de code : Gérard. C'est ainsi qu'il nommera par la suite tout possible compagnon : « J'ai refusé en janvier l'offre de notre cher Gérard. Je crois que désormais il y a lieu de l'accepter : à une condition, c'est qu'il vienne comme mon jardinier... Je le ramènerai ou le ferai venir comme mon jardinier-sacristain-serviteur-auxiliaire, soit à Beni-Abbès, soit bien plutôt au Hoggar où je voudrais l'installer.» Suit toute une série de recommandations pour le préparer à sa « nouvelle vie », allant des menus pour se refaire une santé, aux exercices de jardinage et d'élevage, en passant par l'étude « à force » du tamacheq, la copie de l'Evangile dans cette langue, un peu de médecine et surtout « prier JESUS : faire une bonne retraite en septembre . » Puis qu'il se tienne prêt à venir sans aucun bagage, sans nom et sans possibilité de communiquer avec sa famille : « sa nouvelle vie doit être inconnue de tous excepté ses supérieurs » Au fond, qu'il se prépare à ne pas laisser de trace…

Est-ce l'ampleur du programme et des exigences fixées par le frère Charles de Jésus ? Les supérieurs furent-ils effrayés ? Ou Pierre Richard lui-même ? Toujours est-il que cette préparation n'eut jamais lieu et que mon grand-oncle fut alors nommé supérieur de la mission d'El Goléa, aujourd'hui rebaptisée Elménia. Toute sa vie, Charles de Foucauld attendra en vain l'impossible compagnon. Mais n'avait-il pas déjà trouvé depuis longtemps le seul qui lui convienne ?

Quelques années plus tard, en 1926, vint à Ghardaïa, dernière étape avant El Goléa puis Tamanrasset et le grand sud algérien, Albert Peyriguère sur les pas duquel Xavier Grall se rendra en pèlerinage - sur le lieu de sa mission à El Khab au Maroc - un an après sa mort : Albert Peyriguère, comme Charles de Foucauld, fit du Christ son seul maître intérieur. Grall le cite à plusieurs reprises dans son œuvre. Il lui consacre même une douzaine de pages dans son roman Africa Blues. Il a beaucoup reçu de lui et de cet ancrage dans les silences du Christ dont le désert africain garde le secret : « Je vis au milieu des Berbères, écrivait le Père Peyriguère à un correspondant. Je me sens l'un d'entre eux. Et, me présentant au Maître comme l'un d'entre eux je fais monter la prière berbère. Je dis la Messe comme l'un d'eux, pour eux. Le Christ est en moi. Il est plus moi que moi-même. Je n'ai qu'à regarder au-dedans de moi- même pour le trouver. Non pas un Christ abstrait : le Christ est là maintenant, personne vivante qui veut être votre vie. Tout se réduit à se laisser consciemment au Christ, à libérer le Christ qui est déjà en nous. » Xavier Grall rend hommage dans son roman, songeant explicitement au lieu d'enfouissement du Père Peyriguère, à « ces noyaux de chrétienté vivante, à ces sanctuaires silencieux, à ces fraternités tissées dans la chair même du Christ, à ces extraordinaires ermitages africains, à ces bornes dans les déserts, à ces scandaleux abris de prière intense et de miséricorde infinie, oui à ces fragment vivants du ciel sur la terre. Le père Morel (alias Peyriguère) ne baptisait pas, il réincarnait la religion. C'était un Christ. » Voilà aussi pourquoi sans doute le Christ bleu de Grall garde aussi intensément les couleurs du ciel et du désert africains.

Le Père de Foucauld et le Père Richard se reverront à plusieurs reprises, notamment en 1908, puis à deux reprises en 1913. Après deux ans à Arris, dans les Aurès, ce dernier fut nommé en Kabylie, à Bou-Nouh, qui s'appelait à l'époque Béni-Ismaël, où il mourut le 5 janvier 1919, à 43 ans en pensant au vin chaud sucré que lui préparait autrefois sa mère, Jeanne Le Dru, dans la ferme du Pont au Vero, à La Fresnais, route de Saint Malo. Trois ans avant cette mauvaise grippe qui l'emporte, il a dû apprendre le martyre du petit frère de Jésus. J'imagine combien la nouvelle de cette mort violente a pu le bouleverser : ne l'avait-il pas laissé seul dans son ermitage de Tamanrasset, au milieu de son peuple, dans les bras de son Seigneur ?

Mon grand-oncle était un homme rude, exigeant, sans doute un peu excessif. Plusieurs témoignages l'attestent, y compris certaines lettres de ses supérieurs rapportées dans ce livre. Il était marqué par cette culture encore pionnière et conquérante des missions africaines. Mais, si j'en crois les quelques courriers qui nous ont été conservés où il s'adresse à sa mère, à ses demi-frères et sœur, conseillant mon grand-père et son frère pour le choix de leurs épouses, accompagnant ma grand-tante dans sa vocation religieuse, consolant sa mère qui n'avait pas accepté le départ de sa fille si utile à la ferme et au commerce, il parvient à assumer de loin le rôle d'un père chaleureux qui conseille, encourage, soutient ; lui dont le père puis le beau-père sont décédés depuis longtemps.

Plus d'un siècle après cette rencontre, l'Eglise honore l'un des maîtres spirituels du XXe siècle. A l'instar de St-François ouvrant, au temps de l'Europe marchande, des perspectives insoupçonnées sur la pauvreté et la simplicité évangéliques, Charles de Foucauld aura su faire du désert et du silence, à l'aube d'un siècle qui connaîtra une explosion sans pareille de la communication, un des hauts lieux de la spiritualité. Ce n'est pas pour rien que, chaque année, des dizaines de milliers de femmes et d'hommes vont, sur ses traces, y chercher l'espace qui leur parle au cœur. Depuis longtemps j'entends résonner en moi cet appel transmis par les silences de mon histoire familiale. Traversée de blessures, elle a su préserver telle une icône gardée par la flamme vacillante des bougies, dans le coin le plus retiré de la grande pièce commune, la mémoire des sacrifices joyeux et douloureux qui portèrent pour les générations à venir la trace incandescente du soleil. Comme l'assurance d'un compagnonnage secret, impossible, nécessaire.



Jean Lavoué

Photo transmise par Armelle Dutruc, archives de Félix Dubois 



[1] Charles de Foucauld, Correspondances sahariennes, Cerf, 1998.

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Sur les pas de Charles de Foucauld,
Pélerin du désert…




Je fus marqué au feu de déserts inconnus
Dont les froides arêtes souvent me visitaient
J'eus pour seuls compagnons
D'autres marchants brûlés
Aux braises de leurs rêves

Une parole au cœur 
Sans hâte ils s’en allaient 
Fraterniser vers d’autres mains

Le bief de la rencontre était en eux
Un vide ouvert
Une frontière à vif
Une épaule offerte aux caresses de la nuit
A laquelle nul ne pouvait se dérober.

Je reconnus leur chant à l'espace silencieux
Qu'ils laissaient derrière eux
Je naquis dans leurs yeux
D'une source étonnée
Je les suivis sans hâte
Et sans me retourner

Ignorant du chemin
Et de leur vin secret
Dans l’éclat des silences
Je savais avec eux vers quel matin j'allais

Nul pas ne précédait mon pas
Tout espace m’était accordé.

Jean Lavoué, 6 juillet 2016
www.enfancedesarbres.com
Photo Assekrem  Hoggar














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jeudi 12 mai 2022

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Deux recueils pour que les poèmes ne meurent jamais sous les bombes

par Loup Besmond de Senneville, journal La Croix, 12 mai 2022

« Notre âme ne peut pas mourir » et « Des ailes pour l’Ukraine » donnent à lire des poèmes sur l’Ukraine, quelques semaines après le début de l’attaque de la Russie à l’est de l’Europe.

Notre âme ne peut pas mourir
de Taras Chevtchenko
Traduit et préfacé par Guillevic
Seghers, 128 p., 14 €

Des ailes pour l’Ukraine
de Jean Lavoué
L’enfance des arbres, 52 p., 9 €

Que veut encore dire écrire, alors que les bombes frappent l’Ukraine, et que les images d’épouvante se succèdent sur les écrans, diffusées par les chaînes de télévision en continu ? Deux recueils, publiés ces jours-ci, alors que les combats font rage en Ukraine depuis fin février, entendent poser des mots sur la souffrance aveugle.

Le premier est l’œuvre du poète et peintre Taras Chevtchenko (1814-1861). Et ses mots viennent de la fin du XIXe siècle, lorsque prit place dans l’est de l’Europe la bataille qui vit s’opposer au tsar ceux qui réclamaient la création d’une fédération de peuples slaves.
L’espoir et la souffrance
Les poèmes de Chevtchenko, publiés pour la première fois en France en 1964, sont ceux d’un militant pleinement engagé dans le combat pour l’indépendance de son pays. Emprisonné, exilé, interdit de peindre et d’écrire, il en paiera d’ailleurs le prix.

Dans ces pages, on lit l’espoir et la souffrance, le cri de douleur et la folie de la mort. Les larmes coulent, à travers ces lignes, en particulier celles qui composent les poèmes écrits en prison, où il invoque des femmes et des enfants pleurant dans un monde recouvert de ronces.
« Je ne vais pas mal, Dieu merci,/Mes yeux y voient encore un peu,/Le cœur attend./Il me fait mal,/Le cœur pleure et ne s’endort pas,/Ainsi qu’un enfant mal nourri./Tu attends, sans doute, mon cœur,/Des temps durs ; n’attends rien de bon./Pas la liberté désirée./Elle dort./Le tsar Nicolas/L’a mise en sommeil et, crois-moi,/Cette chétive liberté/Pour la réveiller tout d’abord, Il faut nous mettre tous ensemble. »

Un texte qui fait écho avec 2022

Aux mots de Taras Chevtchenko répondent aujourd’hui ceux, pourtant écrits en 2022, cent soixante-dix ans plus tard, par Jean Lavoué. Aux premières heures de la guerre qui frappe l’Europe depuis la fin février, le poète a voulu, comme l’écrivait René Guy Cadou en 1980, rompre le « silence revenu dans les ruines » après le pilonnage de l’artillerie.

« Les mots nous sont retirés de la bouche,/Nos poèmes meurent sous les bombes/Avec ceux que l’on assassine à Kiev, à Marioupol et à Kharkiv./La force brutale veut imposer la peur et semble triompher/Le long des douces rives du Dniepr. Mais nous savons qu’un peuple fraternel/Toujours se relève. »

Les bénéfices de ces deux recueils seront intégralement reversés à des associations venant en aide au peuple ukrainien.

Des ailes pour l’Ukraine, éditions L’enfance des arbres, 3 place vieille ville 56 700 Hennebont (jlavoue@gmail.com) 9 € + 2 € de port, 4 € pour 2 ou 3 ex, offerts à partir de 4 exemplaires.
www.editionslenfancedesarbres.com





mercredi 11 mai 2022

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L’oiseau des rencontres
Transporte ton poème ;
Tu ne lui assignes aucun chant,
Il tient le gouvernail de ta voix.

Un rien peut le faire fuir
Mais il se laisse apprivoiser
Dans la paume du silence.

Il a le goût des intuitions heureuses
Et sait jouer avec bonheur
Du cerceau de la confiance.

Il a la douceur d’un enfant 
Et la fermeté d’un conquérant
Dépossédé par le soleil.

Il se tient humblement
En haut de l’arbre des possibles,
Hissant au mât des tempêtes
Les couleurs fortes de l’amitié,

Et c’est là qu’il rejoint 
Ses compagnons de passage,
Déployant ses ailes
Dans un grand élan d’abandon. 

Jean Lavoué, le 6 mai 2022
Photo Pixabay












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mardi 10 mai 2022

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Malgré la force des évidences,
Les armes de la puissance
Ne tariront pas la sève de la vie.

Ils se formeront encore longtemps
Sous la houle du ciel azur
Les épis de blé du monde.

Le grain sera dans nos mains
Un soleil pacifique
Et les oiseaux clairvoyants 
Porteront au loin la nouvelle :

La liberté est imprenable ! 

L’âme de l’Ukraine
Triomphera. 

Jean Lavoué, 8 mai 2022


















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