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vendredi 24 mai 2019

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" Je ne demande pas grand-chose, juste un peu d'amour, pas même le grand amour de nos jeunesses, mais un regard, un geste, un mot où je me sente exister "
C'est en ces mots que s'est terminé l'entretien avec une personne charmante toute en douceur et rondeurs, délicatement parfumée et vêtue avec soin.
Il y avait une élégance en elle qui n'osait plus lever le ton pour exiger satisfaction, une tristesse se résignant à vivre de peu et cette petite flamme persistante qui sentait qu'exister lui était nécessaire.
C'est par ce nécessaire que la Joie a tenté l'issue comme on suit le souffle ténu d'un nouveau-né.
Elle est allée au plus simple, poser le regard sur une broche illuminant sa poitrine et que souvent sa main effleurait en parlant.
Se sentait-elle exister au contact du bijou ?
Il y avait derrière ce geste un gouffre profond, un torrent de larmes, une attente vaine et les trahisons répétées de cet autre en qui se loge l'espoir d'amour depuis le tout premier regard en chaque être humain.
Le geste pourtant, naturel et simple, qu'elle posait systématiquement en parlant de sa souffrance ne désignait que ce centre en elle d'où part le regard sur le monde, faisait retour inlassablement vers ce centre comme une main tendue vibrante de désir, animée du souffle vital.
Elle avait déjà parcouru un long chemin, cherchant l'impossible réponse auprès de communautés religieuses ou philosophiques, à travers des engagements humanitaires et son métier d'infirmière ne semblait souvent montrer que la profondeur de la blessure en chacun.
Le bijou avait appartenu à sa grand-mère, il avait été objet de convoitise de l'enfance, intimement lié aux soins et aux sourires et lui était revenu en héritage au milieu de sa trentième année. Elle disait le porter par principe suivant une coutume familiale sans attachement particulier tout en précisant que de cet au-delà, où peut-être cette parente était, elle pouvait se sentir aimée.
Quelle était donc la barrière ouvrant, dans l'ici et le maintenant, l'impossible amour ? Serait-ce la focalisation du regard tourné vers l'extérieur et que le geste ramène sans cesse à l'intérieur ?
Nous n'avons pas trouvé la réponse en discutant plus longtemps, nulle recherche n'était nécessaire pour sentir le nœud doucement se défaire et la brise légère traverser nos demeures comme un petit enfant court après des bulles de savon, avec ce détachement particulier que prend le doute quand il tient la main d'espérance.
Lise, auteure de « Matins de tendre espérance », L’enfance des arbres 2019
Photo KHphotography/Pixabay

jeudi 23 mai 2019

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C’est la parole
Sur le point de se taire
Que tu voudrais saisir,

Son sillage :

Perle, filet, poisson,
Ou encore levain, semence,
Arbre, nid.

Tu cherches l’île au fond,
Et le passage secret
Que tu empruntais quelquefois
À pied sec,

Le livre posé sur le cœur,

Ce poème qui parlait d’un royaume
Tandis que les oiseaux de mer,
Au fond de toi
Triomphaient.

Jean Lavoué, Carnets du souffle, poèmes inédits 2007 – 2010
Photo Pexels/Pixabay
































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lundi 20 mai 2019

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Peut-être n’est-ce pas écrire
Que de chercher ainsi le simple,
La branche s’ouvrant d’elle-même,
La feuille toujours voulue,

Peut-être n’est-ce même pas rêver
Que de poser ces mots, signes muets
Sur la margelle de mon établi ;

Mais je ne sais rien d’autre
Que ces rumeurs d’enfance :

Je cherche encore à balbutier,
Etonné, les premières notes
Comme un jour on se dresse,
Posé dans l’axe de ses pas.


Jean Lavoué, Carnets du souffle, poèmes inédits 2007-2009
Photo congerdesign/Pixabay



























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samedi 18 mai 2019

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18 mai 2017, deux ans déjà :
Le chemin bifurque,
La fragilité engendre ses abeilles.
L'hôpital te devient abri familier.
Tu n'es plus sûr de rien
Si ce n'est du silence
Et de la joie qui parfois te redresse.

Marcher ne sera plus jamais comme avant :
Te voici boiteux de ton avenir ;
Mais tu entrevois des clairières,
Des passes souveraines
Où, par intermittence encore,
Le poème est roi.

Deux ans de gratitude
Pour ces miracles d'attention,
De soins inespérés,
De trouvailles inouïes.
Deux ans où la bonté
Se révèle précise, exacte,
Secourable.

C'est dans la nuit que l'on se sent reliés
À cette chaine de vivants
- Précieux, compétents, fraternels -
Auxquels votre vie sans crainte est remise.
Livré à l'autre
Tu n'en es que plus reconnaissant
Au frémissement de l'aube,
À la gloire de l'instant.

Les projets ne te quittent pas,
Ils ont la séve de tes branches :
S'ils fleurissent, tu jubiles !
Tu ne redoutes plus pour eux la fin de l'été.
Cette blessure à la hanche,
Tu la portes désormais
Comme un soleil inattendu,
Une arche pour affronter l'hiver.

Comme un arbre étonné
Dont le tronc est blessé,
Pour le calice des saisons
Tu rends grâce encore,

Pour chaque ami qui meurt
Tu te promets avec lui de durer.

Jean Lavoué, 17-18 mai 2019
Photo thomasstaub/Pixabay







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vendredi 17 mai 2019

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Parfois, c’est une bénédiction
De ne plus savoir ni comment
Ni par où avancer.

Sans le savoir,
Tu franchis des abîmes.

*

Et si toute ouverture
Ne tenait qu’à toi,

Ne désespère pas
Des ronces du chemin !

*

Un jour peut-être
Relisant ces phrases

Tu y trouveras la voix
Qu’elles pressentaient,
Le chant qu’elles espéraient :

Cette écriture
Comme un bouquet
Qu’il te suffit
De disposer

Et qui soudain
Éclaire.



Jean Lavoué, Carnets du souffle, inédits, 2007 – 2009
Photo Soorelis/Pixabay














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