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vendredi 6 décembre 2019

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                 Pour durer


C'est à l'instant où tu t'effaces
Ne le savais-tu pas 
Que peut naître un poème

Ce feu dans la cheminée
Qui brûle depuis des siècles
Sa flamme est toujours jeune 

Toi aussi tu mènes par le licol 
La vie en sa danse légère 
Tu l'élèves à l'instant même
À son présent éternel 

L'ange tu ne le situes pas
Il est là où tu t'écartes 
En toi quand tu fais le vide 

Hier encore les arbres flambaient dans l'azur et le gel
Aujourd'hui les branches dénudées 
La pluie les nuages et le vent 
Le vieux mur écroulé dans la nuit
Qui au matin crie misère

Tu connais toi aussi tour à tour
La douleur et la jubilation 
L'amour incandescent mais aussi le désert 
L'absence qui brûle tes lèvres
Et la brèche reste à vif 

Et c'est ainsi que tu es traversé
        Plain-cœur 
               Tu participes

Tu sais que tu es né de source et de nuit
Tu retournes à ce rien 
Tous tes jours accomplis 
Témoin de ce miracle auquel tu fus convié
Ton être à jamais relié 

Tu cueilles en tes yeux 
Des fleurs de soleil 
Et souvent tu le sens
Cela c'est pour toujours 

À ne rien vouloir retenir
À te livrer sans détour à tout ce qui t'arrive 
Tu découvres en toi
Le ferment du silence 
Le souffle qui guérit 
L'Aube d'une joie. 

Jean Lavoué, 6 décembre 2019 
Photo JL La Chesnaie, 6/12/19






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mercredi 4 décembre 2019

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LE BLOC-NOTES/ LA VIE DU 5 DÉCEMBRE 2019

Des hommes en exode

JEAN-CLAUDE GUILLEBAUD JOURNALISTE, ÉCRIVAIN ET ESSAYISTE


Une simple conversation enregistrée dans le vacarme de la brasserie des Ondes, près de la Maison de la radio, aura capté mon attention, puis porté au rouge mon bonheur. Le poète et écrivain Jean Lavoué y répondait aux questions d'une interlocutrice avisée, Jeanne Orient. Cette dernière interrogeait l'auteur sur son livre : René Guy Cadou la fraternité au cœur (Éditions L'Enfance des arbres 2019).

Petit rappel : René Guy Cadou, mort en mars 1951 à 31 ans, est depuis lors une figure rassembleuse, le point fixe d'une accointance entre tous ceux qui persistent magnifiquement dans leur infatigable quête de sens. Une simple référence à Cadou, du côté de la Bretagne, suffit à instituer un lien « venu d'ailleurs ». Du grand poème de la vie, sans doute...

Mon amateurisme en matière de poésie explique pourquoi j'ai écouté et réécouté plusieurs fois cette conversation enregistrée au café des Ondes ( Ricochets avec Jean Lavoué sur YouTube). Une fois de plus, l'expérience me confirme qu'une conversation, sans grandiloquence ni « séduction » façon médiatique, peut vous toucher immédiatement au cœur.

Ce que Jean Lavoué m'a aidé à comprendre, c'est de quelle façon tant d'hommes et de femmes sont aujourd'hui « en exode ». Chrétiens ou anciens chrétiens pour la plupart, ils ont quitté une spiritualité trop encombrée du rituel religieux, structurée, voire cadenassée par un cléricalisme raidi. Ces hommes et femmes en exode sont désormais « dehors », mais porté par un agnosticisme qui n'a pas vraiment rompu avec la vibration, le poème, le parfum spirituel de l'Évangile.

« J'écris pour me sauver/Pour saluer ce qui reste », écrivait René Guy Cadou. Il fut ainsi un visionnaire ou un sourcier du « prochain christianisme ». Si tant est qu'il se révèle un jour. Tel est le propos de Jean Lavoué. Il se dit lui-même (encore) chrétien, mais ouvert sur le monde des autres spiritualités, et les quêteurs de sens, tous « en exode » au plus beau sens du terme.

Quand on suit à la trace ces hommes et ces femmes « du dehors », on est frappé par la riche configuration que l'on voit apparaître. Elle va des plus « éloignés » aux plus « proches ». L'admirable Jean Sulivan (1913-1980), de la même génération que René Guy Cadou, est à classer parmi les « proches » puisqu'il fut prêtre jusqu'à la fin. Dans les années 1970, j'avais lu une partie de son œuvre (conséquente) d'écrivain, dont les deux volumes de Matinales, qui restèrent longtemps sur ma table de nuit, ou le roboratif Bonheur des rebelles.


« Mes filles, méfiez-vous des sacristains. À force de nous sonner les cloches, ils couvrent la forte rumeur des Évangiles. » XAVIER GRALL


Quant à Xavier Grall (qui fut chroniqueur à La Vie), j'ai déjà parlé ici de plusieurs de ses livres dont l'époustouflant l'Inconnu me dévore, réédité aux Éditions des Équateurs. Je garde encore certaines apostrophes de Grall dans ma mémoire. Comme celle-ci, adressée à ses cinq filles qu'il appelle « mes divines ». « Méfiez-vous de ceux qui montent la garde à la porte des églises. Ils font la quête. Ils pérorent, écrivent cantiques, sermonnent. Mes filles, méfiez-vous des sacristains. À force de nous sonner les cloches, ils couvrent la forte rumeur des Évangiles. »

Oh, bien sûr, il paraît que la Bretagne n'est plus chrétienne comme avant-hier. Mais je sais moi, foi de Charentais, qu'elle porte toujours en elle la musique, la vibration, l'empreinte, le parfum tenace de l'Évangile.

Jean-Claude Guillebaud














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                                 Lettre ouverte 


Tous ces silences qui n'ont pas su prendre mot
Je les dépose dans cette lettre ouverte à l'inconnu 
Avec tous ces visages passés de l'autre côté de la lumière
Ces amants du vitrail ces témoins de la joie 
Ces amis en allés sur leurs chemins de solitude
Ces orants protégés par l'astre qui les conduit 
Ces anges dont le regard dessine des chemins 
Ces funambules dispersés aux quatre coins de l'horizon
Ces pauvres dont le sourire est aussi un jardin 
Tous ces matins tremblants au fond des yeux de la tendresse
Ces partitions éparpillées dans le feu de nos mains
Ces oiseaux dont les chants ravivent nos couleurs
Toutes ces nuits visitées par le repos et par l'oubli
Ces aubes claires où brille encore l'étoile qui nous fait signe
Ces sources à venir où vont nos pas confiants
Ces poèmes germés en terres de promesse
Ces concertos au bord des larmes et ces jazz envoûtants 
Ces tableaux dont la flamme gagne la toile de nos peurs
Ces parfums échangés sur les pétales du vent
Toute cette vie encore à naître
Cette prière au bord des lèvres
Cette oraison ce souffle ardent 
Ce seuil franchi au bord du gouffre et ce lointain qui se fait proche 
Ces arbres qui nous relient ces archets triomphants
Tout ce que je n'ai su dire
Tout ce que j'ai gardé sous la pierre des mondes 
Je le délivre enfin de mes regrets et de mes doutes
Je l'affranchis de mes deuils
Je le console de mes hivers de mes chagrins
Je le confie à la brûlure et au ciel de la page
Je l'abandonne au soleil du présent
Je le livre à tous regards 
Je le laisse aller comme une parole dont chaque lettre tremble 
Je le confie au murmure des flots
Je le remets à tous passants.

Jean Lavoué, 3 décembre 2019 
Photo Atlantios/Pixabay

















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