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mardi 25 juillet 2017




J'aime la liberté, Etty, avec laquelle tu oses t’avancer,
Les mains nues,
Vers toi-même et vers nous,
J'aime ta douce incandescence,
Et ton exacte jeunesse !

J'aime que l'intériorité ne soit jamais pour toi évasion,
Loin des épines douloureuses de ton chemin de vie
Mais toujours combat à hauteur de soi.

J'aime que tu ne charges nul autre du poids qui te revient ;
J'aime que tu connaisses tes pesanteurs par cœur
Mais sans jamais y succomber,
Ni désirer de repos avant qu’elles ne soient apprivoisées.

J'aime que la flamme de l'esprit
Se lève au creux de tes sentes sinueuses
Par tous les vents contraires,
Sur tes chemins d’offrande et de refus,
Comme en tes nuits d'amour.

J'aime que tu ne fuies jamais
Mais que tu t'avances toujours là où tu dois aller,
De toute ta force agenouillée,
De toute ta vie balbutiante,
De toute ta pauvreté bouleversée.

J'aime que Dieu, que tu ne vois pas,
Soit aimé de toi en chaque fleur,
En chaque étoile,
En chaque morceau de ciel,
En chaque visage dévasté,
En chaque geste de tendresse
Et que tu oses t’adresser à Lui
Et le rejoindre au plus intime de toi.

J'aime que tu sois cette femme
Qui nous est témoin aujourd'hui,
Et lumière débordante sur cette Voie
Qu'aucune religion ne contient
Ni ne saurait posséder ni circonscrire.           

J'aime que ton sacrifice ne soit pas vain,
Qu'il fructifie aujourd'hui encore en tant de vies, 
Tant d'existences couronnées par la lucidité sans faute
De ton écriture patiente,
Et de tes mains confiées au Chant.

J'aime que ton journal soit devenu poème,
Psaume de lumière,
Écriture sainte pour tant de pauvres ne sachant plus à qui se confier.

J'aime qu'on te retrouve désormais à l'improviste,
Au détour de tant de pages, de tant de livres,
Sans avoir besoin pour autant de t'apprendre par cœur
Ni de chercher à t'imiter.

J'aime que dans les conditions les plus inhumaines,
Tu aies ouvert en chacun de nous
Cette possibilité d'accomplir notre propre chemin,
De métamorphose et d'éclat,
Au feu de nos tiraillements.

J'aime que tes gestes s'amenuisent
Jusqu'à cette carte glissée entre les lattes du wagon t’emportant vers la nuit,
Avec ces seuls mots de gratitude
Adressés à l'Unique par qui tu te laisses consumer.

J'aime le silence infini dans lequel ta voie de plénitude et de présence
Finit par tout absorber.


Jean Lavoué

samedi 22 juillet 2017

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Merci, cher Christian Bobin, pour cette enveloppe de verdure et d'amitié glissée ce 21 juillet dans la boîte aux merveilles de L’enfance des arbres avec cette missive aux chants d'oiseaux...

Rien sans le don qui te traverse
Rien sans le souffle au bout des doigts
Rien sans le corps souffrant apprivoisé    
Rien sans le cœur ensoleillé
Rien sans l'esprit en ses vacances 
Rien sans la lampe de la voix
Rien sans les signes de l'amitié
Rien sans la fraternité vulnérable 
Rien sans ta vie qui s'ouvre à la Vie 
Rien sans le pas de tes enfances 
Rien sans la marche souveraine
Rien sans le Chant et ses arpèges 
Rien sans le vent qui te conduit 
Rien sans l'Amour qui te sourit 


Jean Lavoué, le 21 juillet 2017




























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jeudi 20 juillet 2017

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Les transformations silencieuses
Portent en elles la fécondité des grands fonds.
Rien de visible ne demeure à jamais
Mais l'insaisissable souffle nous prépare
A d'autres visitations.

Ainsi nous glanerons les germes perdus de la parole.
Ils nous seront nourriture
Pour arpenter les longs chemins,
Aubier de matins clairs
Gorgés de sèves enivrantes.

Nous n'économiserons pas nos errances au soleil.
Nous compterons l'un après l'autre 
Les pas de nos déroutes,
Et nous solderons nos derniers refuges
Pour les hautes terres du vent fou.

Nous retrouverons ainsi
L'élan des origines
Quand le sol était donné
Au pas le plus offrant.
Nous garderons la flamme de l'azur
Comme source intangible
Irriguant nos vaisseaux.

Nous irons d'allure constante
Vers le plus grand dépaysement, 
Abandonnant les territoires perdus
De feu les hommes qui nous avaient meurtris.

Nous ferons confiance avant tout au Vivant 
Et à cette force en nous qui nous réconcilie.

Et nous serons incognito
À nouveau sel de la terre,
Et ses veilleurs solides,
Ses témoins consolés. 


Jean Lavoué











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dimanche 16 juillet 2017

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L’oreille du Vent

Le désert, c'est toujours au devant de toi qu'il s'étend
Où plutôt, étonnamment, à l'intérieur de toi.

Lorsque tu regardes en arrière,
Tu ne crois pas les avoir éprouvées vraiment
Ces longues traversées stériles.

Où peut-être se sont-elles effacées
Des rives de ta vie ?

Mais après chaque poème partagé,
Chaque risque pris avec la parole,
Oui, tu te demandes vraiment si le Chant sera une fois encore au rendez-vous.

Et c'est là ton désert,
Tes étendues sans prise,
Ton renoncement assoiffé, 
Ton abandon de sable 
Et ton détachement solaire.

Pas de manne à conserver,
Nulles réserves pour la route !

Mais revenir sans cesse, les mains vides 
Le cœur habité, le souffle confiant,
À ce lieu sans lieu,
En ce chemin sans chemin,
Qui te rend capable, tout en l’ignorant,
De pressentir un passage,
D'éprouver cet arrière-fond mystérieux,
Cet abime fécond,
Ce sol absolument silencieux où,
Le temps d'un instant,
Tu te sens devenir l'unique proie du Vent.


Jean Lavoué







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vendredi 14 juillet 2017













OUEST-FRANCE du 13 juillet 2017


Sa maison d’édition fait la part belle à la poésie
Jean Lavoué a lancé sa maison d’édition en avril. Féru de poésie, il accueille les belles plumes et les pinceaux d’artistes bretons.

Entretien
Jean Lavoué
, fondateur de la maison d’édition L’enfance des arbres.
Comment est née la maison d’édition L’enfance des arbres ?
En 2007, j’ai créé le blog L’enfance des arbres, où je publie mes textes et ceux d’autres auteurs. Ce blog est longtemps resté confidentiel, dans mon cercle d’amis. Puis en 2014, j’ai ouvert une page Facebook où je partageais exactement les mêmes textes. Ils ont de suite eu plus d’écho. Beaucoup de personnes m’ont contacté en me demandant s’ils pouvaient retrouver ces textes dans un livre. Et c’est comme ça que l’idée a germé.
Quel a été votre parcours avant cela ?
Je suis né près de Saint-Malo mais cela fait 28 ans que j’habite dans le Morbihan. J’ai mené ma vie professionnelle dans le travail social, en tant que directeur de l’association Sauvergarde 56. En parallèle, j’ai commencé un travail d’écriture et de publication. Mon premier recueil est sorti en 1996.
Combien de livres avez-vous publiés jusqu’à présent ?
Deux livres sont sortis. Le premier, Ce rien qui nous éclaire , est un recueil de mes poèmes. Mais l’idée n’est pas de m’autoéditer. Je cherche au contraire à accueillir d’autres auteurs. La création de la maison d’édition a suscité pas mal de propositions de manuscrits, une douzaine de projets sont venus spontanément. Ainsi, le deuxième livre, Un silence de verdure , est un recueil de poèmes de Gilles Baudry, moine à l’abbaye de Landévennec.
Pourquoi choisir de publier de la poésie ?
La poésie est une forme privilégiée pour exprimer les questionnements de l’homme. J’ai également choisi de mettre en avant le travail d’autres artistes en illustrant les recueils de dessins, de pastels, de photos, de calligraphie…
Quelle place occupent l’écriture et la lecture dans votre vie ?
J’aime être entouré de beaux livres. La rencontre avec le prêtre et écrivain Jean Sulivan a été un moment déclencheur. Je ne l’ai rencontré qu’une seule fois, mais je me suis de suite senti relié à lui. Il a disparu peu de temps après. J’ai alors pris conscience que l’écriture peut faire perdurer la vie.
Quels sont vos thèmes de prédilection ?
Je m’intéresse beaucoup à la question de l’intériorité, une dimension très mystérieuse, au-delà du corps et de la raison, sur laquelle nous n’avons pas de prise.
Qu’est-ce qui vous plaît dans le travail d’éditeur ?
L’éditeur crée une relation entre les auteurs et les lecteurs, il est vraiment au cœur du système. Je retrouve quelque chose de l’ordre de la coopération professionnelle. Ça me touche.
Quels sont vos futurs projets ?
Encre de mer va paraître à la rentrée. Ce sera un grand format, un recueil de poèmes et de pastels. L’ouvrage Ei Taï-Ji d’Alain Durel sera quant à lui l’expression d’une retraite zen dans les Alpes. Je suis très heureux de cette ouverture vers l’Orient.

Propos recueillis par Anastasia MARCELLIN.


jeudi 13 juillet 2017

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L'un entend plus, l'autre moins, de la puissante mélodie de l'arrière-fond.

Beaucoup ne l'entendent plus du tout.
Eux sont comme des arbres qui ont oublié leurs racines.
Beaucoup n'ont pas le temps de l'écouter.
Ce sont des pauvres sans patrie,
Qui ont perdu le sens de l'existence. 
Ils tapent sur les touches des jours
Et jouent toujours la même monotone note diminuée. 

Il faut avoir démêlé la ligne vivante qui porte les autres.
Il faut avoir oublié le beaucoup pour l'amour de l'important. 

Une fois qu'on a découvert la mélodie de l'arrière-plan,
On n'est plus indécis dans ses mots ni obscur dans ses décisions. 
C'est une certitude tranquille
Née de la simple conviction de faire partie d'une mélodie,
Donc de posséder de plein droit une place déterminée
Et d'avoir une tâche déterminée au sein d'une vaste œuvre
Où le plus infime vaut exactement le plus grand. 


Rainer Maria Rilke
Notes sur la mélodie des choses 





















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lundi 10 juillet 2017

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Que ton poème 
Soit le fruit de la terre 
Qu'il célèbre le plein jour
Comme chevreuil bondissant
Surgi de la forêt de ton pas

Qu'il soit vif comme une danse
Léger comme éclat d’aile
Impatient de rejoindre
En secret 
Un plus vaste silence

Qu'il laisse vibrer sans un mot
La mélodie du fond de toutes choses

Que la nature soit son viatique
Son sauf-conduit
Son talisman 

Qu'il te soit grâce et repos
Murmure qui monte d’un désert
Souffle reçu où ta vie s'abandonne

Grand oui qui acquiesce à midi !


Jean Lavoué



















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