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lundi 13 juillet 2020

















Qu'y-a-t-il de plus joyeux que de "relier"
Non pas relier de vieilles peaux sèches 
Des parchemins oubliés 
Mais mettre en gerbe les ailes de l'instant
Les frémissements du silence
Les échos de l'amitié
Les brûlures d'une parole invincible

Relier ce n'est pas passer son temps
À ressasser des vérités mortes D'incroyables histoires de magie incomprises
C'est relire
Se laisser traverser d'écriture et de vent 
C'est retrouver l'eau vive sous les mots 
La source au début de chaque phrase
C'est réunir les rives séparées
C'est rejoindre le fleuve en son matin 
C'est être baptisé de souffle et de printemps 

Relier c'est s'adresser de loin en loin
De petits signes de tendresse
C'est s'abreuver à la même nappe phréatique 
C'est prendre à pleines mains la fragilité de notre vie
C'est la rendre plus fraternelle 

En dépit des blessures 
On sent passer sur soi le baume de l'espérance 
La vie reflue de toutes ses blessures 
Sans raisons on s'éprouve gracié
S'ouvre en soi une fenêtre sur le jour
On est enfin au large 
On touche l'éternité.

Jean Lavoué, 12 juillet 2020 
Photo StockSnap/Pixabay















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samedi 11 juillet 2020

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Que ton chant soit bref
Comme un sillage de joie dans le matin
Choisis l'instant qui t'est donné
Sa grâce éphémère 
Allège tes projets
Cueille le jour qui vient
Tel un présent béni
L'élan de ta jeunesse


Jean Lavoué, 10 juillet 2020
Photo J.L. 10/07/20






























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jeudi 9 juillet 2020

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Quand ton poème sera aussi pauvre
Qu'un peuplier se balançant dans la lumière
Alors tu n'auras plus rien à faire
Qu'à être là
Poreux aux murmures du silence
Docile aux nuages
Complice avec l'herbe sauvage
Avec l'eau vive avec le vent 
Patient avec toi-même 
Capable de demeurer dans le feu des saisons 
De te dresser confiant entre terre et ciel
Fidèle à la nuit de la sève
Comme aux secrets du chemin. 

Jean Lavoué, 8 juillet 2020
J.L 8/07/2020

































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dimanche 5 juillet 2020

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GEORGES PERROS : ÉCRIRE...



Ecrire, c’est faire vœu de pauvreté.

... c’est une question de timbre, de voix.

... Les mots laissent passer le texte, comme les fleurs, le vent.

Ecrire, c’est dire une vérité que la vie ne supporte pas. 

... C’est dire adieu à quelqu’un à quelque chose qu’on reverra le lendemain. On ne peut pas divorcer.

Ecrire donne envie de lire...

Il faut montrer ce qu’on écrit. Ne serait-ce que pour savoir jusqu’à quel point, c’est résistant. 

... On a tous un bout de monologue dans la peau. Il faut le donner aux autres, même si l’on s’en méfie.

Il faut écrire pendant que c’est chaud.

Ecrire transfigure la vie, ne la change pas. 

... La poésie, seule, et rarissimement, touche le ciel véridique. 

Parfois, le soir, il me prend l’envie de téléphoner au bon dieu.

G. Perros, Extraits de Papiers collés

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Cher Brice,

Le plus beau poème du monde ne sera jamais que le pâle reflet de ce qu’on appelle la poésie, qui est une manière d’être, ou, dirait l’autre, d’habiter ; de s’habiter. 

Toutes les réactions des hommes relèvent de la poésie. Ça ne trompe pas. La poésie, c’est l’indifférence à tout ce qui manque de réalité.

... C’est le seul engagement qui vaille, parce qu’il englobe la souffrance. Un homme de cet ordre, je me demande s’il peut pleurer. Mais il peut empêcher les autres de le faire. 

Cette passion du réel, qui fait longer des précipices, ce goût exclusif, comment ne nous rendrait-il pas plus aptes à comprendre autrui, et pas le comprendre comme ça, non, mais le remplacer, en quelque sorte, le relayer dans son poème interne, retrouver avec lui la source, nettoyer le lit de son eau vive, et remettre en branle la circulation originelle.

C’est derrière les mots qu’il faut aller voir, les mots sont des repères qui peuvent nous tromper si on les manipule de travers. Il y a une charge de silence qu’il faut respecter...

Un grand poète, c’est un monsieur qui, une fois, ne s’est pas trompé, a pris la voie royale de tous ses possibles... 

Il est probable que nous sommes le poème de Dieu, fragments de langage unique. 

Il y a des moments de fulguration, qui éclairent nos murs, nos limites, qui nous laissent à penser que tout n’est pas absolument absurde...

La poésie, comme je l’entends, c’est le seul obstacle au suicide... Il n’y a pas moyen de se suicider en poésie, puisque c’est, comment dire, déjà fait. 

En fait, la poésie, c’est de considérer tous les hommes en poètes, comme s’ils étaient des poètes. Et s’y tenir. 

Moi, je vais vous dire, j’ai envie d’être heureux. Un peu comme on dit bêtement que les clochards le sont. Heureux de rien, et incapables de lever le petit doigt pour figurer dans le spectacle... 

Mes coulisses, c’est le ciel, la mer, le vent, l’arbre, et qui m’aime me suive ! Je n’en démordrai pas, je n’en démordrai pas, c’est un pacte avec ce qui me paraît plus vrai que tout le reste, avec ce qui me rend à un langage plus modeste, plus fragile par rapport à celui des hommes de société, dont je comprends mal la nonchalance active...

J’ai déniché une mansarde où travailler en paix. Une table, une chaise, une lucarne. Un peu comme si je partais à l’école, tous les matins. Tania n’y trouve pas à redire.

Je vous embrasse, vous et Éliane.

Écrivez.

G. Perros, Extraits d'une lettre à Brice Parain 1962










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vendredi 3 juillet 2020

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Et toi que dirais-tu de galoper joyeux
Avec une poignée d'amis de frères
Sur les rives de ta jeunesse

Aujourd'hui est un jour pour l'allégresse et pour la joie
L'avais-tu oublié 

Quitte tes habits de tristesse
Sors vers les rencontres imprévues
Annonce ici-même la ferveur d'un royaume
Ses allées souveraines 

Tant d'espace restent ouverts
Tant d'éclats de ciel
Pourquoi rester immobile
Prends ton grabat et marche
Invente-toi un jour neuf !

Tu n'as pas fini d'être étonné par les brûlures 
Et les saluts du chemin.

Jean Lavoué, 2 juillet 2020
Photo J.L., chemin de halage du Blavet, 2/07/2020





















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mardi 30 juin 2020

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Escorte la lumière
Sois fidèle au matin
Du plus obscur jaillit le germe

Ne maudis pas ton sillon
Sois le complice de tes nuits
Là où tu te croyais perdu
L'amour pousse sans bruit.



J.L. 30 juin 2020
Photo Tuan86/Pixabay



































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vendredi 26 juin 2020

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LES MIETTES DU POÈME

Qu'est-ce qui va surgir aujourd'hui 
Que tu n'aies jamais vu
Quelles fleurs du soleil
Fêteront ton chemin 
Quelle feuille en tombant 
Ranimera l'été 

Tu vas vers des visages
Dont les traits sont mystère
Des secrets murmurés
Par les oiseaux de l'âme 
Des mains dont la ferveur
Annoncent le matin 

Là-haut les graminées
Font cortège à la terre
Tu marches calmement 
Dans la lisière des heures
Disponible à l'orage 
Poreux à la lumière 

Toute vie a son chant
Tout instant a sa gloire 
Tu recueilles en tremblant
Les miettes du poème 
Tu accordes ton pas
À l'amble de la joie.

Jean Lavoué, 25 juin 2020
Photo J.L. 25/06/2020






















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mercredi 24 juin 2020

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LES PAS D'UN AMI 

À Jacques Bonnadier

Quand les pas d'un ami se rapprochent
Aussitôt des cohortes d'oiseaux
S'enfuient dans ma mémoire 
Pour me donner la clé
D'un royaume enfoui 

Il savait les passages
Les levées souveraines 
Les éclaircies de l'âme
Il connaissait le chiffre 
L'enclume de la parole
Avait gardé au cœur
Étincelles invisibles 
Les éclats d'un amour 

Ses mots dessinaient l'arche
Du poème en attente 
Il prononçait par cœur
La rime des saisons 

Sa voix perçait encore
Sous la brume des fatigues
Il n'avait pu échapper au printemps tourmenté
À ces fièvres sournoises
Mais il reprenait pied dans les biefs de la joie

Il m'atteignait ici 
Sur les berges du silence
Où tant de voix bruissaient
Dans les marges de l'aube 

Les pages d'un chant libre
De soleil et de vent 
Faisaient revivre en nous
Tout un peuple endormi
Dont nous étions ici
Dans l'instant infini
Enfants de même source
Et rois du même sang

Nous savions retrouver
La sève sous l'écorce
Et le feu des racines 
Le souffle du vieil arbre
Et la force invincible.

Jean Lavoué, le 23 juin 2020 
Photo Andre_Rau/Pixabay














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