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mardi 19 octobre 2021

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Même en tombant, 
La feuille incendie
Le jour.

L’épilobe hirsute
Refait sa chevelure
À plumes d’aigrettes.

Sous la dent de la montagne,
Le chêne se tient debout
Dans sa gloire.

À deux pas, son frère
S’élance pardonné
Dans le soleil.

L’automne, à profusion,
Répand sa lumière
Sur les Monts Dore.

Et nous nous retrouvons 
Joyeux, simplifiés,
Dans ce jardin des reconnaissances.



Jean Lavoué, après avoir arpenté la superbe vallée de Chaudefour (massif du Sancy), ce 18 octobre 2021, sur les conseils de l’ami François Cassingena-Trévedy…
Photos J.L. 18/10/21









lundi 18 octobre 2021

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Incendie dans l’Église Catholique



Théologien espagnol reconnu, José Arregi enseigne à l’université jésuite de Deusto, à Bilbao. Pendant dix- sept ans, il a vécu au monastère d'Arrantzazu, au Pays basque espagnol, comme religieux franciscain. En 2009, pour avoir critiqué la nomination à la tête de son diocèse d'un évêque qu'il jugeait trop conservateur, sa hiérarchie lui a demandé de ne plus s'exprimer publiquement. Il a alors décidé de quitter les ordres. Il vit toujours au Pays basque espagnol, où il s'est marié. Et tient une chronique régulière sur son blog (www.religiondigital.org).  Toujours percutant, voici son dernier texte publié à propos du rapport Sauvé..

« En avril 2019, sous le regard stupéfait du monde, les flammes ont ravagé une bonne partie de Notre-Dame, la plus belle cathédrale du monde, dans laquelle j’étais si souvent entré avec une profonde émotion. Mais ces flammes n’étaient rien en comparaison de l’incendie dévastateur que le Rapport Sauvé vient de déclarer, pour ne rien gâcher, dans l’Église de France, « fille aînée » de l’Église Universelle. C’est un ouragan dévastateur, un volcan en éruption.

Les tours de Notre-Dame ont été sauvées, et le reste sera bientôt reconstruit, mais je doute que non seulement l’Église de France, mais aussi l’ensemble de l’institution catholique puisse se remettre d’un tel séisme, écrasant par son ampleur connue et son expansion prévue. La portée et l’étendue d’une douleur causée par une Église qui prêche les Béatitudes de Jésus. D’après ce que nous savons et ce que nous sentons qu’il reste à savoir, l’échafaudage ecclésiastique mérite-t-il encore de rester debout ?  Le malheur ne l’emporte-t-il pas sur la béatitude ? La question peut sembler inadmissible, mais elle jaillit du cœur et des lèvres de beaucoup, irrépressible comme une flamme.

Et aussi dévastatrices que soient les conclusions du rapport Sauvé sur les abus sexuels sur mineurs dans l’Église en France, le plus dévastateur est le diagnostic qu’il pose, et il l’énonce avec un terme implacable : SYSTÉMIQUE. Il ne s’agit pas du « mal » – auquel je ne crois pas – de certains individus malades, même s’ils sont très nombreux. Il s’agit d’un mal systémique, d’une pandémie qui dérive, de manière inévitable, du système même sur lequel repose l’institution ecclésiastique ancienne et actuelle. Celui qui veut comprendre doit comprendre, et personne ne doit se tromper dans son traitement.

Il ne s’agit pas d’épisodes, d’anecdotes ponctuelles, diluées et insignifiantes dans la masse innombrable des clercs et des religieux de l’Église catholique. Non, les abus sexuels ecclésiastiques sont systémiques, et comment s’étonner que de nombreuses personnes traduisent ce terme par « systématique » ? Il y a les chiffres, les horreurs qu’ils révèlent. La pédophilie cléricale et religieuse vient juste après celle qui a lieu dans la sphère familiale et entre amis – sphères et milieux dans lesquels, selon de simples statistiques sociologiques, nous trouverions plus de catholiques que de non-catholiques – et devant toutes les autres sphères sociales : sport, éducation, loisirs… Et chacun peut deviner que les chiffres du rapport sont très en deçà de la réalité…

Tout en saluant le fait que ce soit la Conférence épiscopale française elle-même qui ait lancé une enquête rigoureusement neutre, il est choquant qu’elle ait pris tant de temps (et que nous ayons tous pris tant de temps…), et il est douteux qu’elle l’ait fait maintenant de sa propre initiative. Et il est choquant de se demander jusqu’où iraient les chiffres si tous les pays à commencer par les plus catholiques – ou même cette même Espagne d’hier et d’aujourd’hui – enquêtaient sur les faits comme en France. Contrairement aux paroles de Jésus dans l’Évangile de Matthieu, « les portes de l’enfer ont vaincu l’Église ». Bien sûr, Jésus ne pouvait pas le savoir, car il n’a même pas imaginé que le mouvement de transformation spirituelle, sociale et politique qui jaillissait des paroles qu’il avait proclamées sur les collines et les plaines de Galilée (« Heureux êtes-vous les pauvres, car le Royaume de Dieu vient, et c’est pour vous ») deviendrait le système qu’il est devenu à ce jour.

Le problème est systémique. Les sujets des abus sont des individus, mais l’origine de leur comportement est le système ecclésiastique. Les individus sont malades, mais le système est mauvais. L’anthropologie manichéenne de la sexualité est malsaine et mauvaise, pour ne pas dire perverse : la condamnation de toute relation sexuelle comme péché, sauf dans le cadre du mariage canonique, le tabou et la diabolisation du plaisir, l’exaltation de la chasteté, la culpabilité obsessionnelle, le désir refoulé, la sublimation frustrée qui cherche sa compensation dans l’autorité sur les âmes et les corps, si manifeste dans les abus sexuels. Le système clérical est malsain : le célibat obligatoire, la sacralisation de l’État, l’exclusion des femmes, la profonde homophobie si caractéristique des clercs homosexuels.

Le discours sur le péché en tant que culpabilité plutôt que dommage, et le discours sur le pardon en tant qu’absolution de la culpabilité plutôt que réparation et guérison du dommage, est malsain et même pervers. La pratique canonique de la confession sacramentelle, qui n’existait même pas avant le XIIIe siècle, est aliénante et névrosante : quelqu’un commet un abus sexuel ou même un viol, cherche un prêtre, confesse avoir commis un « péché contre la chasteté », reçoit le pardon de Dieu dans le pardon du prêtre, est libéré de sa culpabilité, et retrouve la tranquillité de sa conscience jusqu’à la prochaine occasion. Et, par un transfert pervers, mais logique, l’enfant abusé ou la jeune fille violée continue à se torturer, se sentant coupable de la culpabilité de l’abuseur ou du violeur absous en confession. L’enfer.

Il est bon que le pape, la Conférence des évêques et la Conférence des religieux et religieuses de France aient reconnu leur immense tristesse et leur honte absolue. Mais ce n’est pas suffisant. Tout comme il ne suffira pas d’augmenter les peines pour les « coupables ». Il n’y a pas de coupables, il y a des blessés, et ceux qui blessent sont aussi blessés, et nous devons essayer de guérir tout le monde : les victimes d’abord, et ensuite les auteurs. Il ne suffira pas non plus d’abolir le secret de la confession (il faudrait d’abord abolir le sacrement de la confession ou de la pénitence dans sa forme actuelle). Si nous ne voulons pas que l’enfer continue à régner dans l’Église qui prétend appartenir à Jésus, il faut laisser les flammes dévorer le système, ses racines et ses supports théologiques et canoniques, et le transfigurer entièrement avec son droit canonique, son modèle clérical d’Église et toute sa théologie et son anthropologie patriarcale et manichéenne. « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et comme je voudrais qu’elle brûle » : c’est ce qu’a dit Jésus, alors qu’il ne serait même pas nécessaire qu’il l’ait dit.
L’Église doit être – je ne dis pas redevenir – ce dont Jésus a rêvé pour ce mouvement galiléen sans frontières, ni tabous, ni systèmes de pouvoir. Et que, insouciante d’elle-même, de ses dogmes et de ses canons, elle se consacre corps et âme à ce qui est le plus urgent et nécessaire : le respect, le soin et la guérison de tous les blessés, la sainteté ou la santé ou le salut de la vie sur Terre. »

José Arregi
Aizarna, le 7 octobre 2021
Traduit par F-Xavier Barandiaran

Publié le 15 octobre 2021 par Lucienne Gouguenheim dans FAIRE ÉGLISE AUTREMENT



























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samedi 16 octobre 2021

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Voici quelques éclats de silence recueillis lors de la rencontre ce 15 octobre 2021 avec Charles Wright, le merveilleux auteur du « chemin des estives » dont je vous recommande vivement la lecture ( j’ai repris à la suite de ces extraits de sa conférence la recension que le journal Le Monde lui avait consacré en mars dernier). Cette rencontre pour journalistes et écrivains, la dixième initiée par Michel Cool-Tadel, se déroule cette année tout ce week-end à l’abbaye de Cîteaux

« Il y a quelque chose d’absurde à parler du silence. Le silence fuit dès qu’on le nomme. Il faudrait mieux adopter la position zen. Ce qui compte c’est l’expérience vivante : ce qui passe par le corps. Il faut y plonger.

Le pays du silence : cet arrière pays en chacun de nous, notre pays natal. Si l’on se coupe de ce pays, on dépérit. C’est un pays de vastitude qu’il faut toute une vie pour arraisonner.

Les conditions de la vie contemporaine sont peu favorable au silence. Il faut une écologie du silence puisqu’il est en voie de disparition.

Pas de vie humaine sans silence. Cela a à voir avec ce que c’est qu’être humain : cela touche aux fondements mêmes de notre humanité.

Qu’est-ce qu’une parole écrite qui ne serait pas engrossée par le silence ? Le silence et la parole s’appellent, se fécondent l’un l’autre.

La parole expire dans le silence. Le silence, après du Mozart, c’est encore du silence. Le silence n’est pas l’absence de la parole. État de calme, de transparence, de qualité de présence à soi et aux autres.

Mon approche repose sur un mode de connaissance littéraire qui projette des lumières originales. Je suis un écrivain qui fréquente le silence.

Le silence ne se fabrique pas. Il est toujours enchâssé dans le réel : le laisser simplement affleurer. La grande aphonie fait parfois un peu peur. Lieu de la confrontation avec l’essentiel.

Comment j’ai découvert ce pays ?

Je suis né en 1981, dans un monde sans grande affinité avec le silence. Autrefois il y avait du tapage dans les rues de la ville, mais il s’agissait de bruits qui ne faisaient pas de bruits : pas des chevaux, roues des charrettes, animaux…
Aujourd’hui ces bruits blessent le silence et la vie. Pour Corbin, l’ennemi du silence c’est cet encombrement permanent qui nous poursuit jusqu’en notre intimité. C’est cela l’esprit du capitalisme : pour ce dernier, le silence qui ne sert à rien est un scandale.

Aujourd’hui, perte de la sensibilité au silence. Autrefois, on connaissait sa grammaire : condition de la prière de la poésie.

Il y a une parole du silence qu’on ne sait plus entendre. Le silence est devenu un problème politique. Il faut le protéger, le sanctuariser.

Comment me suis-je frayé un chemin vers le silence ?

J’ai eu la chance, dès l’enfance, de connaître le silence de la Corrèze. Le cloître de la futaie. On se tait. On a peur de déchirer le silence.
J’ai une vénération pour les vieux paysans. Ce sont des taiseux en parenté avec la prière : pressentiment de la vie intérieure. Tout cela découvert dès l’âge de dix ans

La parole, c’est grave : il y a une garde des lèvres nécessaire. Je l’ai découvert pendant des mois de vie monastique : une année à Lérins voici dix ans après une rencontre décisive avec le Christ.

Il faut protéger le silence : on se retrouve nu dans le silence.
Ne pas l’absolutiser non plus. Il peut être aussi destructeur, chargé de haine.
Par contre il existe un silence de communion.

Au début il faut un effort pour se taire mais peu à peu la source nous attire d’elle-même. Le silence peut exuder des murs. Je l’ai éprouvé à Lérins.
« Tout dans l’infini dit quelque chose à quelqu’un » (Victor Hugo)

J’ai eu besoin de me laver les oreilles dans le silence. Ne plus mettre de mots entre la réalité du monde et soi. Ce fut mon « chemin des estives » (voir note de lecture ci-dessous)

Depuis, je mène une vie simplifiée en Ardèche, resserrée autour de l’essentiel. Proche d’un monastère et entouré de moutons.

Dans la vie monastique, il faut être prêt à tout mais surtout à rien. Dans cette ascèse des sensations qui s’opère, je reçois la modernité comme une gifle. Le bruit résulte toujours de la perturbation dans l’ordre des choses…

Cependant le silence des vastitudes, je ne l’ai pas encore trouvé. C’est l’absence qui nous fait causer. On désire ce qui nous manque. Le cœur pur, le cœur simple.

On a le droit de s’en aller. J’ai passer ma vie à prendre la tangente. Toute fugue préside à une liberté. Le silence est une issue. Trappe ouvrant sur un autre espace, sur « une arrière-boutique toute notre » (Montaigne). Cette trappe ouvre sur un trou noir, le puits des profondeurs dont le silence est le grand révélateur.

On trouve un pays. Le silence permet de découvrir les immensités qui nous constituent.
Plus on plonge dans le silence plus l’eau boueuse devient claire vers le très fond de notre être où la vie jaillit d’elle-même. C’est le climat de la vie profonde.

Ces espaces en nous ne sont pas vides mais habités. C’est une présence dans l’air (Corbin).
Le silence ne se voit pas mais pourtant, manifestement, il est là.

Il y a de l’autre en nous. « Je ne sais ce que j’ai là qui veut monter » (Rimbaud). On sent que notre intériorité est occupée. Le silence est une personne. Faire l’expérience d’une visitation, d’une rencontre. L’expression d’une parole sans parole, ailée.

Plus on s’enfonce dans les profondeurs, plus le paysage s’ouvre. « On ne peut pas s’empêcher de marcher » (Michel de Certeau).

Le silence zéro n’existe pas. Il y a un fond sonore dans le silence. Le bruissement ne s’arrête jamais. Même au fond du désert, des forêts, de la maison d’enfance. Le silence a besoin d’être révélé par de petits bruits.

Demander à la nuit le secret du silence : le silence tombe qui ressemble à une musique de fête de noces. Les étoiles sont complices. Temps de l’épure, de la dématérialisation des choses. On ne voit plus rien mais on entend. On se sent un peu en trop. On a l’impression de déranger la nuit. Devenir ainsi des hommes et des femmes d’écoute. L’eveillé est moins celui qui voit que celui qui écoute, et cela dans toutes les traditions spirituelles.

L’oreille est réceptive alors que le regard est captateur. Il retient, fige. « Ne me retiens pas » : tentation fondamentale.
Écouter c’est devenir un voyant.

On a beaucoup insisté sur l’au-delà. Ne serait-il pas important d’insister sur l’en-deça du monde ? Être des femmes et des hommes de la profondeur.

Les coulisses du silence : c’est une loupe qui invite à découvrir la profondeur du réel. Rééducation de l’écoute et du silence. Le moindre objet prend un poids de mystère. Le silence magnifie les choses. Cela vaut surtout dans les relations humaines.
Le secret est le ciment de l’amour. Plus l’amour est sûr de lui, moins il a besoin de s’épancher.

La vocation des chrétiens, ce n’est pas le silence mais la parole (La prise de parole, de Certeau). Le christianisme : un art de la conversation. La vocation des chrétiens, ce n’est pas le quiétisme. Annoncer résolument la bonne nouvelle. Défendre la parole et sa valeur. Poursuivre l’oeuvre de la création, christifier le monde, célébrer la beauté du monde.

Nous sommes voués à la parole mais il y a une hygiène de la parole.
Disproportion dans l’Évangile entre le temps de silence, 30 ans, et la parole qui surgit.
Une parole chrétienne mûrit dans le silence.
Pudeur : ne pas trop en dire. Marie. Les grands sentiments mûrissent dans le silence.

Veiller à cultiver le secret. Couver la part de secret comme un feu fragile.

Le langage vieillit et subit les assauts du temps. Le christianisme devient une langue morte qui s’est exilée des questions vitales. Tentation tribale. Sortie nécessaire de l’autoreferentialité (pape François). Obsession pour ce qui me concerne de rejoindre ceux qui se sont affranchis de la tribu.

D’abord se taire longtemps. Nécessité d’un moratoire de la parole. Rien n’est plus cher à l’éclosion de la parole que le retrait. Le silence doit redevenir le pays natal des chrétiens. Se tourner vers l’intérieur, le très fonds .

« Il faut casser les mots pour voir ce qu’il y a dedans » (Varillon… Sulivan)
Sortir des livres de théologie. Traîner dans les bars, écouter les désespérés, fréquenter les vaches… Retrouver une parole chargée d’une réalité existentielle.

Importance de la parole des poètes. « Parler Dieu et non de Dieu » ( François Cassingena-Trévedy). Besoin d’hérésie.

Retrouver le sens de la sobriété des grecs. Le divin est ineffable et incompréhensible. Le langage poétique ne boucle pas, laisse ouvert le sens. Dieu on ne peut pas l’arraisonner. Il faut passer au creuset de l’experience l’image de Dieu. Donation du monde.

Les moines sont des experts en athéisme (Louf). La foi défaille. Rechercher une foi agnostique.

Semer du silence dans le cœur des gens. Verser du silence dans nos travaux. Tout ce que nous offrons aux autres doit germer de ce grand pays muet. Dire des paroles qui viennent et qui conduisent au silence.

Faut-il vivre comme des chartreux ? Je trouve plus facilement le silence dans le métro que dans mon trou ardéchois. Le silence est intérieur. C’est un cloître intérieur.

« C’est en plein tintamarre qu’il faut prêter l’oreille au frémissement de Dieu » ( jankelevitch )

« La vrai solitude n’est pas l’absence des hommes, c’est la présence de Dieu » (Madeleine Delbrel)

Sur le chemin des estives, j’ai découvert un christianisme rural en état de mort cérébral.
On assiste à une mutation. Le petit reste, laboratoire de l’Église de demain, dénuée de tout pouvoir, qui revient à l’évangile ? Chacun, quel que soit sont statut, est appelé à devenir un évangile vivant. Une église hospitalière. Ramener les gens à eux-mêmes, non à l’institution. A la profondeur de leur Etre. Une église qui se met au service de la liberté des gens.

S’enfuir et s’enfouir dans le silence.
Le silence ce n’est pas le vide. Il est peuplé, par des compagnons, des écrivains, le Christ.
Mon livre, c’est une fraternité buissonnière.
J’ai trouvé des délégués à l’expression. Rimbaud et Charles de Foucauld, deux hommes tentés par deux modalités de l’errance. Arthur, une fuite de soi. Foucauld, l’errance qui conduit à une plénitude, une joie profonde. Conflit entre ces deux modalités du voyage. Fuir ou être appelé par une plénitude. Vie humaine : marche éperonnée par une plénitude.
« La seule chose que j’ai faite c’est de causer en tête à tête avec des pauvres » (Charles de Foucauld).

Extraits de la conférence de Charles Wright sur le silence à Cîteaux le 15 octobre 2021.
Photo JL 15/10/21

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Le Monde, 17 mars 2021 : recension par Youness Boussena du livre de Charles Wright, « Le chemin des estives » (Flammarion, 2021, 356 p., 21 €)

Charles Wright a peut-être eu mille vies – consultant, éditeur, journaliste, auteur d’une biographie de Casanova, et même plume de ministre –, mais il avait la sensation de ne pas exister. Mal à l’aise dans un monde matérialiste et surconnecté, il a fait un choix radical en entrant, à 37 ans, chez les jésuites. Dans cet ordre, le noviciat dure deux années au cours desquelles l’aspirant doit faire l’expérience d’un « mois mendiant » : une marche sans argent, ni téléphone, ni tente, que Charles Wright nous raconte dans Le chemin des estives.

Durant quatre semaines, il a traversé en « explorateur de sous-préfectures » le Massif central, de la Charente à l’Ardèche, avec un autre apprenti jésuite. D’une plume agile et étoffée par une belle culture littéraire, le novice restitue, dans ce livre simple et lumineux, l’intensité spirituelle de cette expérience placée sous le patronage d’Arthur Rimbaud (1854-1891) et de Charles de Foucauld (1858-1916).

Mais la beauté du Massif central voisine avec les difficultés du temps : Charles Wright peint également cette France trop vite résumée à la « diagonale du vide », dans laquelle les villages se vident et les solitudes s’épaississent. Le chemin des estives est pourtant un récit d’espérance, tissé par les rencontres impromptues, les gestes de générosité et la gratuité du don que la pauvreté des deux novices a souvent appelé. Charles Wright nous communique ainsi sa foi vivante, parce que perdue puis retrouvée, en une existence sur laquelle il a acquis une certitude : celle que nous sommes faits, malgré tout, « pour la fête et la joie sans ombre ».

Youness Boussena

Avec Anne LavouéAlbéric de Palmaert, Colette Nys-Mazure, Jean-Pierre Boulic (avec nous même depuis le Finistère), François-Xavier DuryeKristel Saint-Cyr 

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jeudi 14 octobre 2021

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Merci aux amis Pierre Tanguy et Jean-Pierre Boulic pour ces deux notes de lectures chaleureuses à propos de mes « Carnets de L’enfance des arbres » publiés récemment : 


L’enfance des arbres est un blog  poétique dédié à l’aventure intérieure. Conçu il y a déjà plusieurs année par le poète, écrivain et éditeur Jean Lavoué, ce site fait de l’arbre le symbole à la fois de l’enracinement et de l’élévation. « Il faut reboiser l’âme humaine », disait le chanteur Julos Beaucarne, cité par l’auteur. « Reboiser » : c’est la noble entreprise à laquelle Jean Lavoué s’est attelé. Il nous le rappelle dans un livre contenant les brefs poèmes qui ont accompagné la naissance de son blog.

 

   « Déjà je parle aux arbres/et mes doigts me suffisent », écrivait René Guy Cadou dans Les bruits du cœur (1941). Jean Lavoué demeure dans le sillage du grand poète disparu auquel il a consacré un fervent livre-hommage en 2020 (René Guy Cadou, la fraternité au cœur). « Avec l’arbre,//ce que tu écris/Semble avoir trouvé son axe », note pour sa part Jean Lavoué. Et, plus loin, il écrit : « Parler à hauteur d’arbre/Sans forcer la voix/Dans la croix des saisons/Et le ciel grand ouvert ».

 

   Le poète, en effet, ne force pas la voix. Il nous dit fréquenter les mots simples : « Soleil, silence, lumière, absence, présence ».

  Soleil ? « Ah ! si le chemin/N’était que tronc tendu/Vers le soleil »

  Silence ? « Dès que tu fais silence/La forêt se redresse/Les mots s’ordonnent un à un/La clairière s’illumine,//Tu sens que tu es là ».

   Lumière ? « Arbre, pesante lumière/Etrange gravité/Donnant des ailes/A ta voix ».

   

   Jean Lavoué ne se paie pas de mots. Il veut sa poésie orientée vers plus vaste que nous. « J’ai découvert un jour/Qu’écrire était une forme de prière ». Et s’il nous parle  -fugitivement - de l’enfant qu’il a été (« Comment rester à hauteur de l’enfant/que tu as été »),c’est d’abord pour nous inviter à retrouver l’enfant qui est en nous, retrouver notre innocence et notre capacité d’émerveillement. « La foi ne n’apprend pas/Elle s’enracine », écrit Jean Lavoué. Oui, s’enracine comme un arbre.

 

   Le poète évoque tout aussi fugitivement des poètes bretons qui lui tiennent à cœur. Georges Perros à qui il dédie un poème. Xavier Grall, cet homme qui « chantait la Bretagne/Ressuscitait ses pardons », sans parler des vents qu’il chérissait dans sa paroisse de Nizon. Avec, comme en écho, ces vers de Jean Lavoué qui nous ramènent invariablement à l’arbre. « C’est le vent bien sûr/Qui parle le mieux/La langue de l’arbre. »


Pierre TANGUY.



Voici un recueil qui fera taire tous ceux qui proclament que la poésie est incompréhensible… Au long du livre, les mots ruissellent clairement et d’abondance - livre qui aurait pu s’intituler aussi « Les semences de l’enfance des arbres ». Oui, la poésie de Jean Lavoué (que l’on connaît aussi auteur d’essais et de récits, et éditeur) vient tout simplement, comme un arbre prend racines, habiter la futaie du monde et ses embarras multiples, pour demeurer bien proche des clairières du cœur. En effet, aux prémices de sa démarche poétique, l’auteur confie « Juste fidèle/A [son] propre chant » intuitions et aspirations en vérité « car une vérité qui ne parle pas au cœur des hommes est une vérité morte, pire que le mensonge » ainsi que l’a rappelé Jean Sulivan. Cela en dit long de la pertinence de cette provision de courts poèmes – des éclats de poésie ici colligés.


C’est la force de ce chant qui n’est pas choisi de répondre à une profonde nécessité intérieure, un état premier et pur : « Sous les mots/C’est l’enfance/Que tu cherches ». Au fil du recueil, le poète prend la mesure de son poème, de sa capacité à incarner l’évidence de ce qui le dépasse au tamis des pluies, des feuilles, des nuits, des chemins, de la rosée, des matins qui s’ouvrent au terreux qu’il est, assumant une « ignorance étoilée » : « Mais nous sommes attentifs/A cette pluie de signes/qui nous réconcilie ». Alors Jean Lavoué entend passer le vent sous ses lettres, il n’a rien à prouver en marchant « vers sa royauté », mais une « royauté blessée ». Du mystère de son existence « La part obscure,/La part refusée,/La Part blessée,//Voilà celle qui est devenue en toi/La part bénie », il partage le souffle qui l’anime avec ceux qui se réunissent « autour des branches de la parole » parce que ce qui distingue un poète « C’est sa joie/Qui grandit ». La joie d’être vivant au monde.


Le recueil est en fait empreint de tous les sujets qui font les jours de Jean Lavoué, la raison d’être de toute son œuvre tissant des liens de solide humanité : le chant, la part de silence, la blessure, l’ouvert, le présent, le chemin, la confiance, l’amitié, le Poème et l’arbre dont on pourrait retenir tant de versets pour révéler « Tous les attributs de la terre/Où j’ai planté mes racines. »


Les linogravures et monotypes d’Isabelle Simon, qui marquent les étapes de l’ouvrage, sont comme des séquences qui font résonner le recueil à sa vraie et juste mesure : « Sans le chant/Saurais-tu t’orienter ? » 


Jean-Pierre Boulic
                                                                              

 Carnets de l’Enfance de l’arbre, Jean Lavoué, avec des linogravures et monotypes de Isabelle Simon, éditions L’Enfance des arbres, 2021, 202 pages, 15 euros (à commander en librairie ou bien directement aux Éditions L’enfance des arbres, 3 place vieille ville, 56 700 Hennebont + 4 euros de frais de port) 









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mercredi 13 octobre 2021

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La marche, à mon sens, est génératrice de pensée...
Tout mon travail est né de ce besoin de devenir celui que j'étais mais que je ne connaissais pas...
Le chemin c'est celui qu'on parcourt tout au long de sa vie... mais c'est aussi le chemin intérieur...
En fait on n'a pas à se construire, on a simplement à se découvrir...
Simplement désencombrer, désenfouir ce qui se trouve caché...
La spiritualité c'est un travail incessant sur soi-même pour détrôner l'égo et tenter de s'ouvrir de manière toujours plus large à la vie, aux autres, à soi-même...
Se rendre toujours plus humain, toujours moins enfermé en soi...
Il y a lieu d'éliminer beaucoup de choses qui ont été déversées en nous pendant l'enfance et l'adolescence...
Il s'agit de déjouer tous les mensonges, toutes impasses dans lesquelles on peut s'enfermer...
L'écriture est indissociable de ce travail que j'ai eu à faire sur moi-même...
C'est un oeil qui regarde en lui-même...
Tant que ce travail n'a pas été fait, on ne peut pas parler d'une liberté de pensée...
La marche peut être un des moments de ce travail qui se poursuit de manière continue...
J'écris beaucoup dans ma tête en marchant parce que ce rythme de la marche favorise la pensée...
Ca se fait de soi-même : je suis à l'écoute de cette voix qui parle en nous...
La plupart de mes poèmes m'ont été dictés : je les entends... et parfois ils surgissent tout écrits, comme si moi je n'avais pas eu à intervenir...
Je ne visualise rien. J'entends. Je suis attentif à ce rythme à cette poussée obscure qui demande à venir au jour...
Cette voix, elle parle en chacun de nous, elle est silencieuse, mais parfois elle parle si fort que c'est comme si je l'entendais prononcée à côté de moi...
On se trouve forcément très seul... Ce travail ne peut se faire que dans la solitude...
Et cette solitude elle fait peur, elle n'est pas facile à vivre...
Mais une connaissance vous est donnée par votre expérience de l'être qui, après, ne peut plus vous échapper...
C'est une base solide qui est là...
Quand les mystiques disent Dieu c'est un mot très commode pour essayer de désigner une expérience au plus intime de l'être...
Si Dieu est en nous, il ne faut pas supposer qu'il existe ailleurs. Tout le travail est à faire là...
Il faut revenir à soi et travailler sur soi-même...
Il m'a fallu beaucoup de temps pour comprendre ce travail qui se poursuivait en moi et qui relevait d'une nécessité vitale...

Charles Juliet
Propos saisis au fil d'une conférence par Yves Le Truédic














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