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vendredi 22 juillet 2011

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... Je cherche, avec et après tant d'autres, la passerelle ouvrant la question du sens de cet au-delà de la modernité dans lequel nous sommes désormais plongés : ce poème d’une humanité qui ne serait pas seulement soumise aux objets de sa technique désormais mondialisée, mais qui resterait capable de faire brèche dans cette technique et de rester ainsi ouverte aux forces du Souffle et de la Vie. 

Il nous faut œuvrer dans ce monde en apparence chaotique des relations humaines et c’est par une approche de type généalogique, pour reprendre l’axe du moment nietzschéen, qu’il me paraît le plus juste de le faire. Mais dans le même, il ne faut pas cesser de s’en dégager et de s’en détacher, et c’est par une pratique de l’attention de type bouddhiste ou encore évangélique que l’on peut parvenir à cette manière la plus juste d’être à la fois engagé entièrement, et dégagé pareillement. L’attitude généalogique peut  être source de compassion. Elle comprend le jeu incessant des forces en mouvement dont toute identité, toute culture, toute pensée, toute idéologie sont issues. Ainsi peut-elle anticiper blocages et impasses, et par une attitude d’accueil et d’ouverture aider à les dissoudre. Mais peu à peu la compassion n’a plus besoin de ce chemin généalogique qui est encore chemin de souffrance pour s’orienter dans les paradoxes que nos illusions mentales font naître. Elle s’adresse directement au cœur dans la mesure où elle a elle-même défait les liens qui la retenaient encore dans des relations d’emprise et de pouvoir. Elle sait toute humanité retenue dans de tels liens. Et pour s’être dégagée de toute compromission de cette nature elle peut contribuer à ouvrir et dénouer à son tour. 

Nous ne cessons de faire de la généalogie en toutes choses. Mais arrive le moment où nous soyons délivrés de la généalogie. C’est le moment poétique par excellence. Même si le poète écrit encore sous le coup d’une émotion gravée dans son histoire, il est venu au bord de quelque chose qui n’est plus simplement ni d’abord le fruit de ces sensations inscrites dans sa chair mais bien plutôt surgissement d’un état neuf, d’une présence à laquelle il n’avait jamais auparavant goûté. Et c’est bien à cela qu’il nous introduit par son poème. Et par cela que nous goûtons que nous devenons poète à notre tour. Sans besoin de nul détour généalogique, ni d’avoir éprouvé nous-mêmes dans notre chair des sensations qui sont celles qu’éprouva l’auteur dans la genèse de son œuvre. L’ouverture suffit. Résurrection! Et c’est bien pourquoi tout grand poème tend au silence.

JL






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