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mercredi 14 juillet 2021

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C'est en perdant ses appuis
Que l'on apprend à marcher. 

Nous avançant dans la nuit,
Nous allons déjà vers le jour. 

Quand plus rien n'a de sens,
Scintille en nous l'étoile du matin. 

Tout savoir devenu inutile,
Nous pouvons naître au poème. 

Nous approchant du mystère,
Nous devenons comme des enfants. 

Alors que tout nous échappe,
Nous nous sentons rejoints. 

Manquant notre cible,
La flèche de l'amour nous atteint en plein cœur. 

Si nous sommes perdus,
S'ouvrent en nous des clairières de joie. 

Lorsque le monde vacille,
Un autre avenir se dévoile. 

Manquant d'assurance,
Nous nous fions à l'inconnu qui vient. 

Jean Lavoué, 13 juillet 2021












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mardi 13 juillet 2021

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Quel bonheur de retrouver dans ce bel album ces grandes chansons de Barbara et de Jacques Brel, magnifiquement interprétées par Fabienne Marsaudon  : Une petite cantate, Dis, quand reviendras-tu, Quand on a que l'amour, Les marquises... et quelques autres moins connues...
L'orchestration est de toute beauté. L'étroite fraternité unissant les deux chanteurs est superbement mise en valeur par cet entrecroisement de leurs textes mais aussi par cette œuvre de l'amitié : on sent qu'interprète et musiciens s'accordent à merveille pour la réalisation de ce CD. 
L'objet lui-même est très réussi avec un livret rappelant les circonstances de la création musicale et de l'écriture de chacun de ces textes.
Amoureux de la chanson française, n'hésitez pas à vous procurer ce très beau récital...! Émotion garantie... 

    Petits aperçus : 




    Pour commander (18 euros + 2 euros frais d’expédition) cliquez sur ce lien : 







dimanche 11 juillet 2021

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La forêt ne révèle ses secrets
Qu'à ceux qui marchent :
Sa symphonie de silence
Jaillie de l'orgue de ses futaies, 

Sa jubilation de feuillages et de branches 
Lancés à l'assaut du ciel,
Ce cortège immobile de veilleurs 
Dont nous devenons les alliés, 

Ces vitraux taillés dans le vert de l'été,
Cette oraison battant le sol
Au rythme de nos pas, 

Ses lisières incertaines,
Ses sentiers sans pourquoi,
Cette peur de se perdre
Qui se transforme en joie, 

Ses soleils suspendus
À la cime des arbres,
Cette complicité avec la nuit
Où chantent des clairières, 

Sa compagnie des simples,
Sa volière aux oiseaux,
Sa fontaine aux légendes, 

Sa solitude à fleur d'écorce
Et son orchestre végétal, 
Sa complicité avec le vent,
Avec le souffle, avec l'élan. 

Jean Lavoué, 9 juillet 2021
Photos JL 9/07/21


















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samedi 10 juillet 2021

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Quand ton poème sera aussi pauvre
Qu'un peuplier se balançant dans la lumière,
Alors tu n'auras plus rien à faire
Qu'à être là,
Poreux aux murmures du silence,
Docile aux nuages,
Complice avec l'herbe sauvage,
Avec l'eau vive, avec le vent,

Patient avec toi-même,
Capable de demeurer dans le feu des saisons, 
De te dresser confiant entre terre et ciel,
Fidèle à la nuit de la sève,
Comme aux secrets du chemin. 

Jean Lavoué, 8 juillet 2020
J.L 8/07/2020, Sur le chemin de halage du Blavet


























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jeudi 8 juillet 2021

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                            à Axel Khan 


Nous glanerons
Des fleurs d'avenir
Aux racines de l'espérance ;
Sous aucun prétexte
Nous ne rebrousserons chemin. 

Nous élaguerons les eaux vives
De nos larmes,
Nous arpenterons
Les sentiers du vent. 

Escortant le cortège des fougères,
Nous connaîtrons l'ivresse des écluses ;
Les arbres resteront jusqu'au bout
Nos bâtons de jeunesse ;
Sous nos semelles pour toujours
La trace des chemins. 

Jusqu'aux falaises de l'inconnu,
Nous garderons la joie ;
Franchissant des limites,
Nous ne faiblirons pas. 

Nous serons en partance
Vers le présent dont nous sommes,
Nous franchirons les parapets
De nos dernières digues
En offrant le bouquet
D'une vie accomplie.

Jean Lavoué, le 7 juillet 2021, 
Photos : Axel Kahn et chemin du Hingair (Hennebont) JL 7/07/21




























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mercredi 7 juillet 2021

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Pour honorer les cent ans d’Edgar Morin demain 8 juillet 2021, cette très belle page du bloc-notes de Jean-Claude Guillebaud dans La Vie en 2019…


REDRESSEURS D’ESPÉRANCE 


Résister à la cruauté du monde (par Jean-Claude Guillebaud)


Demain 8 juillet, le philosophe Edgar Morin aura 98 ans. C’est sans doute l’homme que j’admire le plus. Je considère comme un immense privilège le fait d’avoir été pendant près de vingt ans son éditeur. Et son ami. Or, je viens de recevoir son nouveau livre dont le titre, à lui seul, souligne la hauteur de vue : « La Fraternité, pourquoi ? Résister à la cruauté du monde » (*)


J’ai lu et relu ce texte avec émotion. Minuscule par son format et le nombre de pages, ce livre est immense par le contenu de sa réflexion. C’est un condensé éblouissant des combats que mène depuis toujours ce lanceur d’alertes planétaire. On aimerait que les responsables politiques, qu’ils soient de gauche, de droite, du centre ou « en marche », prennent une heure pour lire ces pages. Y compris notre président de la République. Ils comprendraient pourquoi il est urgent de « changer de voie ».


La technocratie faussement savante est comme une grande machine « obsédée par la recherche obsessionnelle et démente des maxima ». Or, ajoute-t-il, « l’obsession du profit n’est nullement une expression de la raison d’Homo sapiens, c’est une expression de la tendance au délire d’Homo demens ». Pour mieux comprendre la pensée — et l’espérance têtue — de Morin, prenons un exemple.


Dans les médias et dans l’opinion, on a fait grand cas (avec raison) du gros ouvrage de Jérôme Fourquet « L’Archipel Français ». L’auteur, directeur du département Opinion de l’IFOP et donc féru de statistiques, y montre de quelle façon la France une et indivisible d’autrefois s’est métamorphosée en une infinité d’îles s’ignorant les unes les autres. Chacune d’entre elles rassemble des gens qui conduisent leur vie à leur façon. Ainsi s’instaurerait une société multiculturelle de fait, alors que les références culturelles communes se disloquent.

Morin corrige cette analyse démoralisante, en ajoutant l’élément qui lui manquait. Il évoque ce qu’il appelle les « oasis de fraternité ». Quiconque prend la peine d’aiguiser son regard, constate qu’existe aussi dans notre pays un « bouillonnement d’initiatives privées, personnelles, communautaires, associatives » qui sont comme des oasis, sinon dans le désert du moins dans la jungle ». Pour le dire autrement, c’est là que se prépare et se construit la société de demain. Ce n’est plus dans les partis politiques, même quand ils se disent « en marche », sans préciser vers quoi.


En quelques pages — jamais polémiques mais toujours clairvoyantes — Morin énumère nombre d’exemples de ces oasis annonciatrices d’un autre futur possible. Ce sont autant de résistances à la pensée dominante, celle qui colonise l’espace politique et nous entraîne vers le désastre. Cela passe par une réinvention d’une agriculture régénératrice des sols, le refus d’obéir docilement aux « fake news » de la publicité, le renoncement au jetable au profit du durable, la multiplication des « fablabs » (laboratoires de fabrication), le développement du bio, du covoiturage et des co-achats, la réhabilitation de l’artisanat via le mouvement des « makers » qui, en se développant, refoulera progressivement le capitalisme vertical, producteur cupide des objets à obsolescence programmée.

Certains jugerons utopique, pour ne pas dire naïve, cette vision des choses. Pour penser ainsi, il faut mal connaître l’œuvre de Morin et la façon dont il est considéré dans le monde entier comme l’inventeur de la « pensée complexe ». En réalité, il y a plus de pensée dans dix lignes écrites par lui que dans plusieurs heures d’un discours politico-médiatique indigent.

Quand on travaillait ensemble aux éditions du Seuil, Edgar me répétait souvent la même formule : « Jean-Claude, nous devons être des redresseurs d’espérance ! » D’innombrables lecteurs, j’en suis sûr, se joindront à moi par la pensée pour te souhaiter un bon anniversaire, cher Edgar.

Et merci pour tout.


(*) Edgar Morin, Le Fraternité pourquoi ? Résister à la cruauté du monde, Actes Sud, 60 pages, 8 €


Jean-Claude Guillebaud Sud-Ouest-Dimanche, 30 juin 2019











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lundi 5 juillet 2021

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Le matin
Puise sa force
Dans la nuit, 

L'arbre,
Sa sève
Dans la terre, 

La joie,
Sa brûlure
Dans la perte, 

La présence,
Sa clef
Dans dans le silence, 

Le poème,
Son souffle
Dans la marge, 

Le chemin,
Son but
Dans l'errance, 

Le fleuve,
Son sillage
Dans la mer, 

La foi,
Son soleil
Dans la mort, 

L'amour,
Son secret
Dans l'abandon. 

Jean Lavoué, 3 juillet 2020

Photo, JL, Le Blavet, 3/07/20 
















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samedi 3 juillet 2021

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Charles Wright, l’auteur du lumineux « chemin des estives » (Flammarion 2021) - livre de grande respiration vraiment à découvrir - propose ce 1er juillet sa première chronique dans le journal La Vie : « Les gens de peu et de rien sont des prophètes ».

[Chronique] Raphaël, Francie, Brice... La vie ne les a pas épargnés. Charles Wright, écrivain, évoque leur part profonde et leur destins brisés. Et cette trace lumineuse qu'ils ont laissée dans sa vie.
Charles Wright
Publié dans La Vie le 01/07/2021 à 07h07 I Mis à jour le 01/07/2021 à 07h07

Le trésor des déshérités

Nous nous sommes rencontrés sur les bancs de Science Po. Raphaël avait tout pour lui : de l’esprit, de la flamboyance, du charme. Ce dandy promenait un dédain amusé sur le monde. Ses longues boucles brunes, son sourire espiègle et son élégance faisaient chavirer le cœur des filles. Nous sommes devenus des amis inséparables.

La part profonde en chacun de nous

Bien vite, j’ai décelé à ses extravagances que quelque chose ne tournait pas rond. Avec leur manie de tout désenchanter, les psychiatres appellent cela de la « schizophrénie » ; moi, j’y voyais plutôt une façon de jeter un peu de poésie dans la prose du monde.
Avec le temps, les troubles ont empiré. Puis ce fut un long chemin de croix : les séjours en hôpitaux psychiatriques, l’emprise des médicaments. Peu à peu, la folie, cette camisole, a enserré toute son existence. Puis un jour, lassé de souffrir, il s’est jeté d’un toit. Avant de sauter du haut de ses 29 ans, il avait griffonné sur une feuille volante : « Je vous aimais tous, mais je pars retrouver Dieu et ses anges aux gros seins »... 
Francie était une autiste indienne. En Inde, les troubles mentaux sont considérés comme des punitions divines. La petite a subi le mépris et la relégation avant de trouver refuge dans une communauté de l'Arche de Jean Vanier. Je l’ai rencontrée là, à Madras, où elle menait sa petite vie peineuse et minuscule. Au début, avec son œil crevé et sa façon de s’exprimer par des cris inintelligibles, j’étais terrorisé. Il lui a fallu du temps et beaucoup de tendresse pour m’apprivoiser.
Francie ne parlait pas, mais elle voyait avec les yeux du cœur. Quand elle souriait, tout s’illuminait. Cette hindouiste était une icône de l’enfance spirituelle. La présence de cet ange éveillait la part profonde en chacun de nous.

La souffrance n'a pas de sens

Brice clochardisait du côté du quartier latin, à Paris. Il régnait en seigneur dérisoire sur le coin qui s’étend entre la rue Jean-Calvin, la rue Lhomond et la place Lucien-Herr. Toujours bien soigné, rasé de près, il vendait des livres d’occasion pour se faire trois sous et fraterniser avec nous autres, ses voisins. Dans le quartier, c’était une figure familière.
Puis les forces obscures de la rue l’ont fait chavirer. En quelques années, il a sombré dans les rangs de cette humanité qui se décompose, traversant la vie en titubant, ivre et hagard, le corps en errance comme un chien sans collier. Sa mort a laissé dans le quartier un vide immense.
Moi, que les circonstances ont tellement gâté, je me suis toujours demandé quel était le sens de ces êtres cernés par les défaveurs, brisés par le destin. Dans les livres spirituels, on parle de « substitution mystique », de souffrance rédemptrice, offerte pour le salut des autres.
Sans doute ne suis-je pas assez pieux, mais ces explications m’ont toujours paru des fadaises. Pour moi, la souffrance de Raphaël, de Brice, de Francie n’a pas de sens. Elle n’a servi à rien d’autre qu’à envenimer leur existence. En revanche, l’éminente dignité et l’importance considérable de leur vie ne font pas de doute. Le malheur ouvre les yeux. C’est pourquoi ces destins apparemment insignifiants introduisent aux grandes vérités.

Les gens de peu sont des prophètes

Alors que j’ai déjà oublié tous les infatués d’eux-mêmes croisés dans les milieux où l’on se regarde le nombril et où l'on se croit important, l’amitié de ces naufragés a laissé sur mon cœur un sceau indélébile. Auprès de ces gueules cassées, je ne me suis jamais senti aussi vivant.
Les gens de peu et de rien sont des prophètes. À leur contact, on se débarrasse de nos pelures. On apprivoise le fond de pauvreté et de solitude qui nous constitue. On se souvient que la possession, l’image de soi, la maîtrise de sa vie sont des fausses grandeurs. On apprend à vivre l’instant, à tout recevoir et à tout donner. À Raphaël, Francie, Brice et tant d’autres, je dois d’avoir compris que, oui, il faut beaucoup s’appauvrir pour goûter les richesses du royaume…

Charles Wright vit en Ardèche, proche d'un monastère, où il mène une vie spirituelle qu'il partage au fil de ses livres. Son dernier livre, le Chemin des estives, est paru aux éditions Flammarion en 2021.

@ Photo fournie par l'éditeur Flammarion



























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mercredi 30 juin 2021

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Accorderons-nous nos nuits
Aux fragments d'aurore 
Enfouis dans les carrières du silence ? 

Faut-il donc, pour vivre,
Nous réconcilier d'abord
Avec l'ardente blessure,
Apprendre à faire de la mort un soleil ? 

J'apprends à caresser avec tendresse
Ces déchirures d'où jaillit
L'éclat fulgurant du deuil. 

Sous l'écorce des arbres
J'écoute triompher la sève :
L'avenir y traverse tant d'hivers
Avant de s'offrir ces printemps souverains ! 

Les mots, je les sème
Comme de petits cailloux blancs
Parmi les ronces du chemin.
Certains y reconnaîtront peut-être à leur tour
La chance d'un passage. 

Avant de nous effacer,
Ne sommes-nous pas là pour indiquer aux autres un chemin,
Sûrs qu'à leur tour, ils trouveront la brèche ? 

Nous héritons tous de passants vulnérables
Qui ouvrirent pour nous des voies.
Sans connaître le but,
Ils nous firent pourtant le cadeau
De leur absence lumineuse. 

Grâce à eux, je sais où nous allons
Et je sème à mon tour
Des graines pour la joie. 

Jean Lavoué, 28 juin 2021
Photo JL mai 2021

















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samedi 26 juin 2021

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Faute de boussoles ajustées vers demain,
Des vents contraires pourraient nous emporter ! 

Tous marins,
Il nous faut choisir un cap !
Renoncer à nous prononcer 
Nous livrerait aux courants incertains,
Aux récifs. 

Sans rêver ensemble l'horizon,
Le dessiner de toutes nos différences,
Comment hisserions-nous nos voiles vers l'avenir ? 

Nos embarcations sont multiples
Mais convergent vers des terres communes
Dont nous cherchons patiemment
À dessiner les côtes. 

À ceux qui n'y croient plus,
Qui aimeraient se confiner au port,
Rien ne sert de forcer la main !
Mais s'efforcer pourtant de redonner courage,
De creuser en avant un sillage. 

Ce n'est pas le mauvais sort
Qui pourrait nous rabattre sur les rochers
Mais notre refus de croire encore à l'humain,
De nous lever, d'espérer. 

Jean Lavoué, 25 juin 2021
Photo strikers/Pixabay 























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