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vendredi 11 mars 2016

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Je ne crois pas au poème ténébreux
Je ne crois pas au couteau
De l'antique souffrance 
Je crois en une poignée de bourgeons 
Ivres dans le soleil

Au fleuve généreux
Aux rêves qu'il charrie
En une brassée d'enfants
Qui nous ouvrent les yeux

- Une lignée d'oiseaux
En promesse de mer

A l'instant vertical
Au présent sans déclin


Jean Lavoué



























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dimanche 6 mars 2016

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Le seul poète
Dont le silence me concerne absolument
Et dont le souffle toujours me déconcerte
Est celui qui n'a jamais rien écrit
Mais dont la main qui efface
Brûle d'incandescence
Le cœur de ses amis.

Je me laisse gagner
Par leur marche au désert 
Leurs empreintes de feu
Leurs pages trouées d'absence
Le poème de leur nudité
Qui suivent ses traces lumineuses
Dans la nuit.


Jean Lavoué


























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mercredi 2 mars 2016

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Renaître
N’était-ce pas se laisser couler
Sans consolation ni appui
Dans la source des larmes

Portés par cette force
Dont nous gardons la trace

Lampe abandonnée
Au fleuve de la vie

Comme l’arbre au printemps
Se relève soudain d’un afflux
De chagrin et de sève ?


Jean Lavoué



























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mardi 1 mars 2016

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         Photo JL




Je suis la source
Qui me comble et me manque
L’embouchure du ciel
Au ras du ventre de la terre
La brûlure de l’instant
Qui fait ce rouge intense
Ce consentement étonné
La vie mariant la mort
Aux ailes de papillon
Ces prairies innommées
Et ce vaste abandon
L’estuaire où mon néant
Se change en plénitude.


Jean Lavoué




























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dimanche 28 février 2016

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          Photo JL




Si la sève ne se fraie en toi un chemin
Dénudé sera le printemps
Stériles tes vergers
Désertique ton exil
Inutiles tes matins !


Jean Lavoué







































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mercredi 24 février 2016

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Très peu de mots
Pour approcher la neige de mon poème
Très peu de gestes
Pour clore les lèvres de son silence
Très peu de traces
Pour m’aventurer dans ses marges
Très peu de larmes
Pour consoler sa nuit
Très peu de voyelles
Pour ouvrir la clairière de son chant
Très peu de graines
Pour ensemencer sa vie
Très peu de vide au centre
Pour libérer son souffle
Très peu de notes d'enfance
Pour élever l’arbre de sa joie


Jean Lavoué




























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mardi 23 février 2016

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ETTY HILLESUM



Le seul arbre du camp,
debout dans la cour.
Le regarder
par la fenêtre du baraquement
est une prière.

Il faudrait voir chacun
ainsi, pense-t-elle,
avant de s’effondrer,
confondue avec les autres
marionnettes et chiffons.

*

Au réveil, tu reprends ton mal
avec tes chaussures
et le long chemin
pour remonter sur terre.

*

Un pas après l’autre,
Tu entraînes la terre.

Lourdement, elle tourne.

Le soleil clignote,
s’allume pour un jour.


Jean-Pierre Lemaire
L’Intérieur du monde








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vendredi 19 février 2016

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DEMAIN

Eclat de nos courages
Soleil de nos fécondités

Demain s’envisage de toutes nos pauvretés
Il tourne le dos à notre démesure
Vrille notre insouciance
Et s’affranchit de nos fragiles libertés


Il fait feu de tout bois
Très calmement nous dépossède
Considère tous nos déchets

Comme un trésor abandonné
Et fait du cœur de l’homme
Son beau domaine et son foyer

Il grimpe à même les murs de nos maisons
les couvre de fruits de pousses vertes
Il donne à chaque enfance
Le prix de la plus haute humilité
Et réinvente des saisons
Où l’homme pour l’homme devient clarté

Il sait la porte étroite où se faufile la bonté
Là où s’acharne la violence
Où s’extermine le goût d’aimer
Il tient sans rien maudire
Le fil ténu de la fraternité.


Jean Lavoué








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jeudi 18 février 2016

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Où te tiens-tu absente souveraine
Passante au règne incandescent
Mendiante aux allures de reine
En quelle brûlure intensifiant l’instant
En quels sommets en quels secrets abîmes

En quelle marée au seuil du bel été
Toi dont les pas annoncent l’incendie 
En quel désert sans fin recommencé
Toi dont la chair manquante nous devine 

Tes mots ont-ils sevré mon chant
Pour naître à bout portant de mes mains orphelines ?

Au pas dormant de mes amours
Tu es l’amble qui me console
Et tu prédis le juste écart
Où le soleil peut s’engouffrer

Toi le jeune rameau blessé
Toi le pardon insoupçonné
Toi seule que rien n’étonne
Ni ne bouleverse ni n’effraie

S’il est un centre à mon poème
C’est ton silence incorporé
C’est de ta nuit au bord du monde
Que s’élance le verbe aimer
C’est le miracle de ton  enfance
Qui refleurit tous les étés.


Jean Lavoué







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lundi 15 février 2016

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         Photo Cop. Marie-Christine Ségeat  http://uncheminausoleil.blogspot.fr/


Je me suis mis à l’école du silence
Sur le tableau noir des années
Je délie ses voyelles
Je partage son chant
J’écoute sa beauté

L’arbre et l’oiseau
La pierre et le ruisseau
La lune et le nuage
La fleur et le chemin
En savent infiniment plus que moi
Sur sa ferveur intime
Et sur son doux secret

J’aime leurs voies buissonnières
Je respire avec eux
Je fredonne tout bas
Je m’initie à leurs côtés

Je fausse compagnie aux bruits
Je cherche obstinément
L’espace inattendu
Le soleil immobile
La présence attentive
Qui partout irradient.

Jean Lavoué















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