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vendredi 8 octobre 2021

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Chacun sait que je privilégie ici la voix du Poème... 
Ceci étant, au regard de la gravité du scandale touchant l’Église catholique de France (et du monde) avec la publication mardi du rapport de la CIASE et la révélation des innombrables victimes, j’ai trouvé utile, à la suite de cet extrait d’un entretien avec une participante de cette commission, Nathalie Bajos, paru dans le journal Le Monde du 5/10/21 et des propos de Jacques Gaillot publiés sur FaceBook le 7/10/21,  de rassembler ici quelques-uns des commentaires que j’ai partagés depuis une quinzaine de jours sur différents fils de lecture… Toutefois rien ne vaut la lecture directe de l’immense travail de vérité entrepris par la CIASE. Je recommande à toutes les personnes que cela intéresse de s’y plonger. Ce rapport pose pour longtemps les bases d’une réforme véritable et nécessaire de l’exercice des pouvoirs et du principe hiérarchique dans l’Église catholique. La prise de parole des personnes qui se sentent exclues et notamment des victimes s’en trouvera définitivement et incontournablement renforcée… Si nous ne prenons pas la parole aujourd’hui, quand le ferons-nous ?

Rapport de la commission Sauvé : « L’Eglise est un observatoire privilégié de la domination masculine »

Propos recueillis par Cécile Chambraud
Publié le 05 octobre 2021 à 15h00

L’enquête inédite menée par la sociologue Nathalie Bajos estime à 216 000 le nombre de victimes de violences sexuelles de la part d’un membre du clergé alors qu’elles étaient mineures. Loin de l’idée de « brebis galeuses », le phénomène est systémique.

Membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) et directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess), la sociologue Nathalie Bajos a conduit pendant deux ans une étude sur les victimes de violences sexuelles par un prêtre ou un religieux.
Avec une équipe composée des sociologues Julie Ancian et Josselin Tricou ainsi que de la démographe Axelle Valendru, elle a travaillé à partir d’une enquête en population générale auprès de 28 000 personnes, d’entretiens semi-directifs auprès de quarante-cinq personnes agressées pendant leur minorité et de vingt-quatre personnes « majeures vulnérables », ainsi que de plus de 1 600 questionnaires remplis par des répondants à l’appel à témoignages lancé par la Ciase.

Mme Bajos explique pourquoi, avec une estimation de 216 000 victimes, l’institution catholique est un terrain plus propice que d’autres aux violences sexuelles.

Quelle est l’ampleur du phénomène des violences sexuelles sur mineurs dans l’Eglise catholique ?

Notre enquête en population générale, réalisée auprès d’un échantillon de 28 000 personnes, donne une estimation de 216 000 personnes de plus de 18 ans aujourd’hui qui auraient subi une violence sexuelle de la part d’un membre du clergé (prêtre, diacre, religieux) alors qu’elles étaient mineures. Ce sont à 78 % des hommes et à 22 % des femmes. Ce chiffre est largement supérieur à celui que l’on peut établir à partir de l’analyse des archives de l’Eglise catholique.
Si l’on ajoute celles qui ont été agressées par une personne ni prêtre ou diacre, ni religieux, mais en lien avec l’Eglise catholique (cadres de mouvements de jeunesse, d’école, catéchistes…), on arrive à 330 000 personnes…/…

Comment remédier aux conditions qui favorisent les violences sexuelles dans l’Eglise catholique ?

L’idée de brebis galeuses ayant « fauté » de manière exceptionnelle ne tient pas au regard de ces résultats scientifiques. Notre recherche atteste à l’inverse d’un phénomène profondément systémique.
On ne peut donc se contenter d’améliorer les conditions de recrutement et la formation des prêtres, même si cela reste un point très important. Les mesures doivent viser à remettre en question le cléricalisme, l’autorité sacrale, qui s’exerce sans contre-pouvoirs. Mais il importe aussi de revoir les positions de l’Eglise catholique sur la sexualité et de remettre en cause l’inscription de la domination masculine dans les structures mêmes de l’institution ecclésiale.

Photo : Nathalie Bajos, membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise et Jacques Gaillot, Évêque de Partenia.

La vérité vous rendra libres, par Jacques Gaillot (FaceBook le 7/10/21)

L’Eglise catholique qui est en France se découvre blessée et humiliée. Elle n’a pas su voir et entendre ce qui se passait. 
Le rapport sur les abus sexuels a provoqué la stupeur et la honte. 
Que des dizaines et des dizaines de milliers de mineurs aient été abusés sexuellement par des prêtres, nous laisse sans voix!

Des victimes ont pris la parole, une parole qui a du prix et du poids. Une parole qui a été entendue. D’autres victimes continueront de se faire entendre. Grâce à elles, plus rien ne sera comme avant.

Après le pardon de l’Eglise institution, l’indemnisation des victimes, les modifications du droit canonique…, il restera le plus difficile à réaliser : l’égalité des droits entre hommes et femmes. Nous allons nous heurter à la domination masculine qui structure l’Eglise dans son histoire et sa culture.
Il s’agit que les femmes aient un droit d’accès à toutes les instances de l’Eglise et participent pleinement aux décisions. 

Que les femmes puissent accéder aux ministères ordonnés.
Que l’obligation du célibat ecclésiastique soit supprimée pour ouvrir la possibilité d’ordonner des hommes ou des femmes, marié(e)s ou non.

L’Eglise catholique qui est en France a eu le courage de créer une commission indépendante pour faire la vérité.
Aura-t-elle ce même courage pour mettre en œuvre, avec l’ensemble des baptisés, le suivi de cette commission ? Fera-t-elle confiance à la parole de Jésus ? 
« La vérité vous rendra libres » Jn 8,32

Jacques Gaillot
Evêque de Partenia
Paris 7/10/2021

J’ai regroupé ci-dessous, avec leur date, certains de mes commentaires partagés sur différents posts et fils de lecture depuis fin septembre. Ils ne sont pas nécessairement directement en rapport avec les travaux de la CIASE qui n’étaient pas alors publiés. Ils expriment cependant un point de vue personnel à propos d’un contexte largement repris, décrit et analysé en profondeur par les auteurs de la Commission Sauvé.

1 - Aujourd’hui, c’est tout le peuple de Dieu qui est « abusé » par une recléricalisation outrancière dont, en France en particulier, nous sommes partout les témoins ! Guère d’espoir qu’une institution qui, depuis cinquante ans, ignore les aspirations du plus grand nombre de ses membres concernant l’autonomisation des communautés de base et des laïcs, le souhait d’une reconsidération à nouveaux frais de tous les services où hommes et femmes puissent contribuer ensemble au bien commun, tout à coup se remette en cause parce qu’une poignée d’experts a enfin osé lui dire en face, dans un rapport brillant et implacable, ses quatre vérités. Effectivement, dans son refus des espérances soulevées au sein du peuple de Dieu par le souffle du Concile Vatican II, l’institution n’a eu d’autres perspectives que de chercher à sauver les meubles de sa stabilité et de son pouvoir en remettant le prêtre au centre de tout. C’est toute cette réaction frileuse et déterminée, emmenée en son temps par Benoît XVI et Jean-Paul II, qui désormais est mise en cause. Aujourd’hui, ce ne sont pas ces mêmes prêtres, toujours plus sûrs de leurs prérogatives reconquises, qui seront en mesure de rétablir un système si profondément lézardé. La voie de l’Évangile continuera à se jouer dans des initiatives, au besoin transgressives au regard d’un tel abus de pouvoir structurel, prises par des laïcs conscients de la gravité des impasses actuelles… (28 septembre 2021)

2 - Il ne s’agit pas là d’une question individuelle qui toucherait à la qualité des personnes. C’est d’une question institutionnelle et politique dont je parle ; elle a conduit tout droit l’Église à la situation que l’on connaît aujourd’hui : effondrement de la pratique et de l’adhésion, en particulier chez les jeunes, absence de recrutement sauf dans des milieux très typés et parmi des profils psychologiques eux aussi bien spécifiques, nécessité de faire appel aux ressources étrangères, notamment de l’Afrique, et, plus que tout, une gestion catastrophique des abus. Parmi mes amis, plusieurs anciens prêtres qui se sont mariés. Leur départ en nombre au cours de la décennie 65-75 aurait dû être perçu par l’institution comme le signal d’une situation devenue intenable pour eux mais aussi pour tous. À noter aussi que c’est au cours de cette période qu’un grand nombre des abus sexuels commis par des prêtres ont été recensés. (La baisse ultérieure des chiffres tient sans doute pour une part à la raréfaction des vocations, à la fermeture de beaucoup d’internats religieux et à l’éloignement de beaucoup de jeunes…) Or l’Église n’a eu alors qu’une seule idée en tête :  renforcer un système de gouvernance fondé sur la seule figure du prêtre. C’est de cette crise systémique dont il est principalement question avec le rapport de la CIASE. (30 septembre 2021)

3 - Il ne s’agit pas non plus d’opposer l’ensemble des prêtres aux laïcs en général, mais de souligner plutôt que c’est bien ce système qui oppose une violence institutionnelle structurelle à l’égard de la grande majorité des croyants aujourd’hui. Ceux-ci, pour beaucoup, s’y retrouvent de moins en moins : cf l’effondrement de la pratique, du recrutement des prêtres (sauf dans une ville comme Paris où une approche sociologique serait particulièrement instructive ! ) Dernièrement, à propos du pays de Josselin-Ploërmel, Ouest-France titrait un article éloquent à propos des derniers chrétiens d’ouverture qui se sentent poussés dehors par une évolution des plus traditionnelle et cléricale des paroisses. Quelle violence s’exerce à l’égard notamment des femmes qui se sentent appelées à exercer un ministère et s’en voient refuser toute possibilité par un principe d’autorité masculine ? Des prêtres qui ont fait le choix du mariage et qui auraient souhaité continuer à exercer ? De tous les jeunes qui ont vu depuis des décennies leur enthousiasme broyé par la seule conception cléricalo-centrée que leur proposait l’Église (que le pape François est d’ailleurs le premier à dénoncer aujourd’hui) ? C’est aussi le cas de tant de laïcs qui se débrouillent aujourd’hui tant bien que mal avec les moyens du bord, trouvant de moins en moins les lieux évangéliques et accueillants auxquels ils aspirent. (Cf Saint-Merry…) Il en demeure encore, heureusement, mais toujours plus rares… On ne peut bien sûr pas avoir le même point de vue si l’on s’exprime de l’intérieur de ce système institutionnel établi ou bien si, au contraire, on se sent toujours plus exclus et poussés dehors comme beaucoup aujourd’hui. Ce hiatus risque de constituer l’un des principaux malentendus de la parole ecclésiale suite à la publication du rapport Sauvé.(1er octobre 2021)

4 - Un problème majeur est que les abus sexuels ne constituent malheureusement que l’un des types d’abus, sûrement les plus graves, dont la CIASE a pu répertorier l’ampleur. Son analyse approfondie ouvre néanmoins des perspectives dans plusieurs directions… Il ne s’agit donc là que de l’une des modalités de l’abus de pouvoir fort répandu dans l’Église. Le caractère systémique de la domination masculine qui y règne, avec la place d’exception sacrée du prêtre, souligné par les membres de la CIASE est pour une bonne part dans cette réalité. Par ailleurs, les abus, par exemple, dans le cadre du droit du travail auprès de salariés sans protection sont légion.  Mais également les abus de pouvoir à l’égard des simples fidèles, tout nouveau prêtre dans une paroisse ayant la faculté de soumettre celle-ci et ses membres à sa conception personnelle de l’exercice de l’autorité, entre autres sur le plan rituel. Par ailleurs, contrairement aux entreprises et aux associations employeurs, les dispositifs d’évaluation sont rares. Les fidèles (ou usagers) jamais vraiment entendus en tant que tels. Ces dispositifs sont fortement recommandés dans le cadre des différentes préconisations de la CIASE. Toutefois, on peut fortement s’interroger, en dépit de la mise en place des cellules d’écoute envisagées ou déjà existantes, quant à la possibilité d’un réel changement sans entreprendre, en parallèle, un travail de transformation culturel d’envergure de toute l’institution. Celui-ci nécessiterait notamment la mise en place systématique de petits groupes de parole où chacun, laïcs, prêtres, hommes, femmes seraient à égalité pour aborder l’ensemble des sujets. Une sorte de Vatican III par la base que l’on est loin encore de pouvoir imaginer…

Les préconisations de la CIASE sont, par ailleurs, passionnantes et larges. Toutefois, outre une culture essentiellement administrative et sociologique, bien représentative de celle la fonction publique française, davantage que psychosociologique qui aurait eu ma préférence, touchant à la structure même et aux représentations psychiques inconscientes, tant individuelles que collectives, j’observe un certain hiatus entre certains membres de la commission. Là où des sociologues (Cf. plus-haut L’interview de Nathalie Bajos dans Le Monde) auraient bien aimé affronter de manière frontale la question de la domination masculine et le rôle du prêtre, de son célibat, de l’exclusivité des hommes dans cette fonction, on sent bien qu’il s’agit là d’une ligne rouge que Jean-Marc Sauvé, le président de la Commission ne souhaitait pas voir franchie. On ne touche pas au prêtre célibataire et homme. Cela n’aurait dit-il (Cf. Entretien dans La Vie) rien à voir avec les abus… Cela reste à démontrer. Faute de remettre en cause cet élément clé de la structure ecclésiale et cléricale, comment peut-on envisager des évolutions substantielles sur toutes les questions, par ailleurs, soulevées… Dans sa prise de parole lucide et courageuse, Jacques Gaillot a raison de souligner qu’il s’agit là de la véritable question posée à l’institution pour l’avenir si elle veut transformer en profondeur sa gestion des pouvoirs, même si cette question reste encore toutefois largement taboue. (7 octobre 2021) 

5 - Vu l’ampleur et la profondeur des travaux de la CIASE, il est dommageable que le débat public se focalise d’emblée sur le secret de la confession. Il s’agit là cependant d’un point nodal caractérisant en particulier cette sorte « d’extra-territorialité » du prêtre, autre figure du Christ, médiateur entre l’humain et le divin. Celle-ci se trouve pourtant à la source de bien des dérives de l’institution ecclésiale et est largement soulignée dans le rapport final de la CIASE. Non, il ne peut exister aujourd’hui de privilège divin permettant à quiconque de s’absoudre des lois de la République quand il s’agit de protéger la vie et la dignité des enfants. Ayant exercé pendant quarante des fonctions de responsabilité au sein de la protection de l’enfance, je suis bien sûr scandalisé par cette demande d’exception. Mais cette persistance de l’Église est, de plus, ridicule quand on sait l’effondrement du sacrement de pénitence ces cinquante dernières années : bien d’avantage que la participation à la messe estimée aujourd’hui à 2% (Cf. Les travaux de Guillaume Cuchet relatant un taux de confession de moins de 20% chez les catholiques eux-mêmes, sa disparition quasi complète dans les campagnes, là encore la confusion des pouvoirs ayant à juste titre entrainé une inévitable désaffection). L’exercice de ce secret à sûrement été l’occasion de bien des dérives dans la gestion calamiteuse des abus par l’Église (prêtres abuseurs se confessant pour soulager leur culpabilité et pouvoir ainsi mieux recommencer leurs actes criminels) et la Commission Sauvé a raison de souligner le caractère aujourd’hui totalement décalé et inadapté du caractère absolu de ce secret dès lors qu’il est mis en rapport avec l’heureuse progression dans notre pays et dans le monde entier des mesures de protection de l’enfant. (8 octobre 2021)

6 - Enfin, sur un sujet un peu différent, mais cependant connexe, à propos de l’article de La Croix du 20 septembre sur la communauté des prêtres de Saint-Martin « avenir de l’Église de France ? »

Je trouve dommage que l’origine sociologique (voire politique) des familles des prêtres ordonnés par la  communauté Saint-Martin ne soit pas du tout évoquée dans cet article. Seulement une vision assez générale de milieux classiques où la figure du prêtre est centrale. Un simple coup d’œil (cf. Site Saint-Martin) sur les noms des prêtres ordonnés en 2021 ainsi que sur ceux de la trentaine de responsables des lieux d’accueil de la communauté dans les diocèses indique qu’une moyenne de 20 à 25 % sont issus de familles d’origine aristocratique. Soit une surreprésentation de cette population de 100 à 125 fois par rapport à la moyenne de la population française. En soi, bien sûr, rien à redire quant à la qualité humaine des prêtres issus de ces milieux, mais c’est plutôt le visage sociologique de l’Église de France qui s’en dégage qui devrait interroger. Comment la construction d’une institution fortement cléricalisée et fondée sur une telle spécificité sociale pourrait-elle à terme viser l’accueil du grand nombre ? Mais précisément ce n’est pas le but : plutôt la conception d’une Église élitiste, fortement recentrée sur la figure du prêtre et sur les dogmes, chère notamment à Benoît XVI, peu soucieuse du nombre mais de la « qualité ». Il serait cependant dangereux pour cette dernière de ne pas prendre en considération la base sociologique étroite sur laquelle elle est construite. Celle-ci, même si elle paraît dans l’air du temps avec l’esprit conservateur ambiant, voire réactionnaire (cf. CNews), risque de se désintéresser toutefois largement du commun des baptisés et de leur aspiration à vivre, pour le plus grand nombre, enracinés dans notre commune humanité. Sans parler des milieux populaires, voire marginaux, relégués quant à eux depuis bien longtemps avec la fameuse pastorale de l'enfouissement tant décriée... Or celle-ci, précisément, continue à se jouer très largement aujourd’hui, aux périphéries de l’Église et en pleine pâte humaine, et cela en dehors de tout cadre clérical, quoiqu'en dise les tenants d'une forte visibilité identitaire et attestataire devant passer, entre autres, par la soutane... 

Ce qui explique peut-être au fond l'effondrement des vocations dans les séminaires classiques par rapport à cette floraison de vocations dans une communauté comme celle de Saint-Martin, c'est sans doute simplement cette ligne de partage des eaux : entre, d'une part, le grand nombre resté déçu quant à la frilosité de l'Église au regard des grandes espérances d'ouverture soulevées par le concile Vatican II ; et, d’autre part, une minorité qui, théologiquement, liturgiquement, politiquement, et il faudrait ajouter idéologiquement, l'a emporté, et cela dès la fin des années 60. Cette reconquête de l’Église par l’appareil clérical n’a guère conquis le cœur des gens mais elle a débouché sur cette réalité sociologiquement très typée et nostalgique d'une Église pré-conciliaire. Celle-ci ne peut guère donner envie qu'à une certaine minorité de jeunes, issus de catégories sociales et familiales très spécifiques et fréquemment sortis des rangs de mouvements comme les scouts d'Europe, par exemple. Pour eux, c'est tout le système de l'Église conciliaire qui a failli... L'intolérance guette ! Et l'on se retrouve dans un cercle vicieux enclenché par des responsables qui, en haut-lieu, portent de lourdes responsabilités quant à la situation actuelle. Elle reste fondée sur un cléricalisme dont il sera désormais très difficile de se défaire même si le pape François, et le rapport Sauvé le confirme , y a identifié la source de biens des maux de l’institution... (21 septembre 2021)

mardi 5 octobre 2021

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Même sur la pierre
Il t'arrive de sentir encore
La ferveur de l'arbre. 

Au cœur de la matière,
Tout converge :
Le vent même est complice. 

On peut s'y taire,
Y entrevoir la clairière
Au bout de la nuit. 

Sans un mot, 
Le poème se donne
Dans un frémissement d'ardent silence 
Et de feuilles, 

Ou peut-être de présence
Disponible pour le sacre. 

Jean Lavoué,
Sur les pas de Guillevic, ce dimanche 3 octobre 2021 en son village de naissance de Cloucarnac...



























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samedi 2 octobre 2021

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La marche
Tamise nos pensées,
Eclaire les sentiers de l’âme,
Nous ouvre des chemins d’éveil, 
Des matins transparents !

Pars !
Ne reste pas immobile !
Demande lui son secret !
Elle te montrera des passages
Où aucun de tes mots n’est jamais allé.

Avec elle tu franchiras des gués
Des fleuves, des rivières, 
Des forêts, des déserts, des espaces,
Des clairières pour aimer 
Et te laisser aimer.

Jean Lavoué, 26 septembre 2015


















mardi 28 septembre 2021

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Quoi qu'on en dise,
La bonté continuera demain
À éclairer notre terre. 

Il existera toujours des gouttes de beauté
Pour contempler
Et pour se taire. 

Longtemps encore l'amour volera d'un cœur à l'autre
Comme un matin d'hirondelles. 

Rescapés des bourrasques et du gel,
Sans désemparer pointeront
Les pétales du printemps. 

L'âme n'y trouvera rien à redire :
Tel un sourire elle s'élargira
Dans un silence étonné. 

Jean Lavoué, 26 septembre 2021

Photo Jackie Fourmiès 
















jeudi 23 septembre 2021

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                            à notre amie, Brigitte Maillard 


À l'heure où tombent les fruits des arbres,
Comment ne pas songer à l'ultime saison
Dont nous serons un jour les hôtes étonnés ? 

Tant d'absences
Nous ont préparé une place
Dans l'indicible,
Tant de visages enfouis sous l'aubier de la tendresse ! 

Ce soir de fin d'été aux chants d'oiseaux,
Nous sentons que nous pourrions devenir complices
De cet ultime acquiescement. 

L'azur ne se fermera pas sur nous
Sans étoiles au firmament
Pour indiquer encore à ceux qui viendront après nous
La voix des naissances. 

Nous ne demanderons plus rien :
La prière des heures sera devenue
Chant silencieux,
Oui souverain à l'instant. 

Plus d'écart entre notre désir et nous-mêmes 
Sauf cette nudité qui nous éclaire. 

Inexorablement, les eaux du fleuve
Nous mèneront vers l'estuaire
Et nulle escale ne nous détournera plus
De l'Orient rêvé. 

Jean Lavoué, 21 septembre 2021, rives du Blavet




















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mardi 21 septembre 2021

 



Bel hommage du journal Le Monde à Julos Beaucarne...

Mort du chanteur Julos Beaucarne, un Wallon du monde

Par Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)
Publié le 20 septembre à 19h15

L’auteur de « La Petite Gayole » dénonçait dans ses textes les injustices, les dogmes et le non-respect de la nature.

Tous les Wallons connaissaient son sourire, sa crinière blanche et son éternel pull de laine aux couleurs de l’arc-en-ciel. Et presque aucun Flamand n’a entendu parler de Julos Beaucarne, même s’il aimait aussi, et chantait, cette autre partie de la Belgique. Le royaume est ainsi fait que la renommée d’un artiste très populaire dans une région peut ne jamais franchir la frontière de l’autre.
S’il est donc resté ignoré de la majorité des Belges, Julos (né Jules) Beaucarne aura, en revanche, porté aux quatre coins de la planète un message souvent tendre, parfois inquiet et a accumulé des dizaines d’albums au fil de ses cinquante années de carrière. Les pieds dans son terroir, le cœur porté vers la francophonie, la tête dans les étoiles, il se voulait un Wallon du monde. Il chantait en français et dans son dialecte, il voyageait du Québec au Mexique, de l’Afrique à l’Inde et se ressourçait en Provence, où il démarra sa carrière, faisant la quête à l’issue de ses récitals sur les places de village. Plus tard, sur ses terres, cet adepte de la « vélorution » n’hésitait pas à faire pédaler les spectateurs afin d’éclairer ses salles de concert.

Pour ses concitoyens de tout âge, cet admirateur d’Apollinaire et Verlaine, mais aussi du poète symboliste belge Max Elskamp ou du chanteur québécois Gilles Vigneault, restera à tout jamais comme l’auteur de La Petite Gayole, un texte ironique et gentiment érotique qu’il s’amusait à voir repris dans un pays étranger par un public ne comprenant pas un traître mot d’un texte évoquant une « petite cage » où une belle lui promettait d’abriter « son canari »…

Autodérision et bonhomie

Du rire aux larmes : en février 1975, un événement d’une rare brutalité vint briser la ligne paisible de son existence. Un jeune déséquilibré qu’il avait abrité poignardait son épouse, Loulou, le laissant seul avec ses deux jeunes fils. « C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour, l’amitié et la persuasion », écrivait-il au meurtrier. Selon ses amis, il n’a jamais vraiment surmonté son chagrin mais n’en a, pour autant, jamais refermé la porte de sa maison de Tourinnes-la-Grosse, dans le Brabant wallon.

Julos Beaucarne était aussi un héritier du puissant courant surréaliste belge et usait à merveille de l’autodérision, ce « dogme national, revendiqué avec une espèce d’exultation », selon la formule du linguiste Jean-Marie Klinkenberg. Wallon jusqu’au bout des doigts, il incarnait aussi la bonhomie qui caractérise ses compatriotes mais savait aussi mener des combats avec beaucoup de conviction. Il dénonçait l’injustice, le racisme (« Dès l’instant où nous sortons du ventre de notre mère, nous sommes tous des émigrés »), le sort réservé aux femmes et les atteintes portées à la nature. Avant que l’écologie ne devienne un mouvement politique, il guerroyait déjà contre la multinationale Monsanto et fondait le Front de libération des arbres fruitiers, prélude à une Revue européenne de conscience planétaire annuelle, trimestrielle et spasmodique qu’il anima jusqu’en 2015.

Comédien, compositeur, poète, sculpteur, ambassadeur patenté d’une culture wallonne pour laquelle il signa un célèbre manifeste, il s’amusa sans doute de lire, un jour, sous la plume d’un auteur français, que ses chansons « fleurent bon l’océan breton et la campagne normande ». Car ce gentil rebelle revendiquait aussi sa « belgitude » et le chef de l’Etat, le roi Albert II à l’époque, allait d’ailleurs l’anoblir, le faisant chevalier en 2002. Il fut aussi honoré d’être invité à chanter lors des funérailles du roi Baudouin, le frère d’Albert II, en 1993.

Julos Beaucarne, adversaire des dogmes et des religions, qui disait refuser de se laisser embrigader « par un dieu quel qu’il soit, au nom duquel on a écrasé et écrase encore tellement de peuples », participait à cet événement frappé du sceau d’un fervent catholicisme. Parce qu’en Belgique, comme le relève M. Klinkenberg, « le roi est une idée, et cette idée rejoint (…) celle du consensus, dont on sait qu’elle vertèbre la vie sociale belge ». Le chanteur aurait aimé que ce consensus-là puisse s’étendre au-delà des frontières étroites de sa Wallonie et de son pays.

Julos Beaucarne en quelques dates
27 juin 1936 Naissance à Ecaussinnes
1961 Débuts comme comédien au Rideau de Bruxelles
1964 Sort son premier disque
2002 Nommé chevalier par le roi Albert II
18 septembre 2021 Mort


***


Photo, Julos, Louise-Hélène France (Loulou) et leurs enfants, Boris et Christophe, peu avant le drame de la chandeleur 1975

En date du 2 février 1975, Louise-Hélène appelée Loulou,
l'épouse de Julos,a été sauvagement assassinée
de 9 coups de poignard par un déséquilibré
à qui le couple avait offert l'hospitalité.
Loulou était âgée de 33 ans.
Elle a laissé deux enfants Christophe et Boris.
La nuit qui a suivi le drame, Julos a écrit le texte suivant : 

Amis et bien aimés,
Ma Loulou est partie pour le pays de l'envers du décor,
un homme lui a donné 9 coups de poignard
dans sa peau douce.
C'est la société qui est malade, il nous faut la mettre
d'aplomb et d'équerre par amour et l'amitié
et la persuasion.
C'est l'histoire de mon petit amour à moi,
arrêté sur le seuil de ses trente-trois ans.
Ne perdons pas courage, ni vous ni moi.
Je vais continuer ma vie et mes voyages 
avec ce poids à porter en plus et mes deux chéris 
qui lui ressemblent.
Sans vous commander, je vous demande d'aimer
plus que jamais ceux qui vous sont proches ;
le monde est une triste boutique, les coeurs purs
doivent se mettre ensemble pour l'embellir,
il faut reboiser l'âme humaine.
Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier,
je cultiverai mes plantes de langage.
A travers mes dires vous retrouverez ma bien-aimée ;
il n'est de vrai que l'amitié et l'amour.
Je suis maintenant très loin au fond du panier
des tristesses.
On doit manger chacun, dit on,
un sac de charbon pour aller au paradis.
Ah ! comme j'aimerais qu'il y ait un paradis,
comme se serait doux les retrouvailles.
En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas,
face à ce qui m'arrive, je prends la liberté,
moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches,
qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent,
je prends la liberté de vous écrire pour vous dire
ce à quoi je pense aujourd'hui  : 
je pense de toute mes forces qu'il faut s'aimer 
à tort et à travers.

lundi 20 septembre 2021


Ta vie durant, cher Julos,
Tu n'auras su qu'ouvrir des trouées d'azur
Dans le sac noir des tristesses.

Pour toujours, ton âme déchirée,
Mais à jamais ta vie enracinée dans un amour sans limites,
Et pour chacun de nous, en abondance,
Des fruits du soleil. 

Où a bien pu, toutes ces années,
Se loger le trésor de ta tendresse :
Dans les galaxies,
Le cœur des gens,
La douceur de tes enfants,
La futaie des amis
Ou bien dans la ronde de tes chansons ? 

Comment tes mots n'ont-ils cessé ainsi de se donner
Comme autant de fleurs de bénédiction,
Étoiles vives striant la tempête et la nuit ? 

Nous vivons encore de leur lumière !
Par eux nous savons
Que la bonté de l'homme survivra. 

Jean Lavoué, 19 septembre 2021






Hommage émouvant et sensible  de mon ami, Jacques Bonnadier, qui m'a appris tôt dimanche matin la mort de Julos... 

… pour dire au revoir à Julos Beaucarne, qui s’en est allé paisiblement samedi 18 septembre dans la soirée. « Les vrais amis quand ils trépassent/N’en finissent pas de fleurir/Dans nos mémoires opiniâtres/Même coupés les arbres prient »… 

Chez nous, les Bonnadier, comme chez la plupart de ses amis, Julos est un trésor familial. Et ce depuis le mois de mai 1976, quand il vint chanter pour la première fois au théâtre Toursky de Marseille, pour notre plus grand bonheur. Quarante-cinq ans d’amour et de tendresse partagés, de rires et d’émotions échangées ont suivi, dont les innombrables souvenirs nous reviennent sans cesse à l’esprit et au cœur. 

Les mots de Julos nous remontent aux lèvres comme des leitmotivs ; les mots de ses poèmes, de ses chansons, de ses étiquettes, élevés au rang d’adages ou d’aphorismes : « Mon métier, c’est de vous dire que tout est possible », « Plus on aimera trop, moins ce sera assez ! », «  Ne disez pas disez, disez dites ! », « L’homme et la femme sont des chefs d’œuvre en péril » ; « Nous sommes les oiseaux d’une île nouvelle, tout est toujours à recommencer » ; « Les vrais amis sont comme des arbres » ; « Ce qu’on garde pourrit, ce qu’on offre fleurit »… Des dizaines, des centaines d’autres qui nous reviennent « par intermittence ». Et tant de refrains entêtant : « La p’tite gayole », « Mon oncle a tout repeint », « Le mouton tondu »… Et ses contes, et ses sketches (« Le Lac ! », « Périclès », « La Cil Limited Company »… ; ses vire-langue et autres amuse-bouche (« Madame Coutufon », « Décathédraliser la cathédrale de Toul »…). Julos toujours recommencé ! 

Et ses lettres, et ses cartes postales, souvent ornées d’un large trait d’arc-en-ciel, ses courriels, précieusement rangés et classés, emplis de choses drôles et douces : « Je me présente, Julos, jaseur boréal, thermostat d’ambiance, rigoureux oiseaux des îles…, que vos regards soient tendres pour le baroudeur au cœur vagabond ; l’avenir est écrit dans le bleu du ciel »… « Je pense souvent à vous quand le vent vient du sud »… ; « Que vous broutiez l’herbe de l’harmonie en ces temps agités et incendiaires, c’est ce que secrètement, en ma naïve volonté, je vous souhaite le plus ! » … « J’ai tant de choses à te dire, mais tu les sais déjà ; la vie finira par prendre les hommes par la main ». 

Ses chansons, ses écrits ! Et je n’oublie pas ses billets du « Flo-Flaf » !…  A quoi s’ajoutent pour moi, quelques interviewes inoubliables et une préface mémorable pour une « Cantate de l’huile d’olive ». Et puis, ses coups de fil ! Souvent en forme de canulars, Julos se voulant méconnaissable en prenant l’accent marseillais ou toulousain… Et ses rires ! Julos acteur comique disant « Les Poils dans l’nez », dans un duo impayable avec son ami Philippe Garouste. Affluent alors les souvenirs de rencontres et de fêtes avec ses amis de la galaxie julosienne de Provence : ceux de la première heure, les Borel, Mireille et André, à Venasque, les peintres Philippe et Nadia Garouste-de Clauzade à Cheval-Blanc, Knud Viktor, cueilleur d’images et de sons à Mérindol, Jo et Annie Pacini, vivant d’olives et de poésie à Caumont-sur-Durance, ses si chers amis, gens du Luberon et des monts de Vaucluse. Comme lui. 

Car, Julos est chaque été le citoyen de Mallemort-du-Comtat. Et il y a pour nous une joie singulière à y aller excursionner, pour le retrouver en famille – c’est autour de la ruine qu’il releva à « Souleye » que nous avons connu ses enfants petits, Christophe et Boris – et d’y sacrifier au rite devenu sacro-saint de l’aïoli : tu apportes les ustensiles (mortier et pilon), les ingrédients tout cuits, et tu « montes » toi-même la pommade ! L’hôte du lieu, lui, préside la cérémonie et la dégustation, avant de jouir du privilège royal qu’il s’est arrogé, celui de lécher le pilon ! Un rite renouvelé à Marseille, à Peypin d’Aygues, à Roquevaire – chez les fidèles Marlène et Jacques Ingrand, bref à chaque repas pris en commun, accompagné  d’un rosé frais de Provence. 

Et quel spectacle, en ce soir étoilé du mois d’août, de voir Julos juché avec nous sur sa terrasse,  diriger en gandoura blanche un orchestre imaginaire tonitruant à la radio je ne sais plus quel oratorio ! Quel festival ! Et quelle jubilation ! Comme celle de le retrouver plus tard au milieu de ses pagodes de Wahenge et de visiter avec lui l’exposition de ses objets détournés « à la silencieuse et forte présence ». 

Je reviens aux mots de Julos – ne proclame-t-il pas : « Les mots sont très sympathiques, ils gagnent à être connus ! »… Notre ami commun, le comédien Jacques Hansen s’en est fait l’interprète magnifique dans deux spectacles successifs et je sais qu’il a enregistré quelques-unes de ses chansons sur des rythmes argentins. Ma fille Isabelle, elle-même très proche spirituellement de Julos, a mis dans un de ses spectacles fait de lettres, la fameuse et délicieuse « Gare de Fréjus-Saint-Raphaël ». Il m’arrive de dire moi aussi, de me dire surtout, certains d’entre eux : « La grande vie paysanne », « Le Bon Dieu », « Voyez comme il est doux… », « Le Chapeau »… ; des merveilles !  

Encore un souvenir, particulièrement émouvant pour moi. Un jour de soupe au pistou à la maison, à Marseille peu après la Chandeleur 1975. Claude Nougaro est avec nous. Je lui lis la lettre que vient d’écrire Julos la nuit même de la mort de sa femme, Loulou, assassinée par un homme devenu fou. « Amis, bien aimés, ma Loulou est partie pour le pays de l’envers du décor… » Il en est touché au point de me dire : « « Je vais la mettre en musique ! » Puis on se quitte et il oublie la lettre ! Je la lui envoie aussitôt par la Poste. Quelques mois plus tard, avant le tour de chant de Nougaro au « Toursky », Jean-Pierre Brun, son impresario, m’interpelle dans les coulisses : « Claude a enregistré la lettre de Julos, avec Maurice Vander au piano jouant du Schumann ! ». Elle paraîtra dans le disque « Femmes et Famines ». 

Julos a lui-même été un grand passeur de poésie ; il a fait entendre d’innombrables poètes : Apollinaire, Victor Hugo, Baudelaire, Obaldia, Musset, Liane Wouters, Max Elskamp, Tardieu, Cadou, Hikmet, Charles Cros… et tous ses amis québécois : Miron, Vigneault, Deschamps… Et Félix Leclerc dont je relis sans cesse le texte merveilleux : « Quand nous étions réunis à table et que la soupière fumait »… Et Raoul Duguay, qui fait si drôlement écho à son « Plus on aimera trop, moins ce sera assez… » avec un axiome que son cousin wallon aurait pu inventer – et ce sera ma conclusion : « L’amour est la totale totalité totalisant totalement le tout, 
tout l’temps » ! 

Julos dans nos cœurs à jamais !






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dimanche 19 septembre 2021

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Notre ami, Julos Beaucarne, vient de nous quitter paisiblement hier soir à 22h15...


"Il nous faut reboiser l'âme humaine..."




















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samedi 18 septembre 2021

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Voici deux chaleureuses notes de lecture de mes « Voix de Bretagne » parues le printemps dernier. L’une d’Alain-Gabriel Monot (en photo) est publiée dans la revue Ar Men de ce mois de septembre. L’autre, de Marie-Josée Christien, ci-dessous, sera prochainement publiée dans la revue Spered Gouez / l’esprit sauvage.


Voix de Bretagne, Le chant des pauvres (L’Enfance des arbres)

Dans cet épais ouvrage de 345 pages préfacé par Pierre Tanguy, Jean Lavoué, poète et éditeur qui « a la Bretagne au cœur » (Joseph Thomas, postface), réunit dix auteurs bretons qui « portent le chant des pauvres » : Michel Le Bris, Armand Robin, Yann-Fañch Kemener, Anjela Duval, Guillevic, Jean Sullivan, René Guy Cadou, Max Jacob, Georges Perros et Xavier Grall. Nés dans la première moitié du XXème, ces auteurs très différents continuent à l’accompagner au fil des années.
Leur premier dénominateur commun est incontestablement leur ancrage breton, dans un environnement rural. Mais c’est le prisme de la pauvreté qui a retenu l’attention de Jean Lavoué. La pauvreté matérielle a marqué l’enfance d’Armand Robin (et presque toute sa vie jusqu’à sa mort précoce), comme celles de Guillevic, Anjela Duval, Yann-Fañch Kemener et Michel Le Bris. Max Jacob, Xavier Grall et Georges Perros ont connu la précarité plus tardivement en raison de leur choix de vie. Par la maladie, René Guy Cadou a connu aussi une période de grand dénuement. Jean Sulivan, prêtre, fit vœu de pauvreté. Par cette pauvreté matérielle vécue, ils se sont fait les porte-voix solidaires du « peuple de pauvres ».
Jean Lavoué relie la pauvreté à l’arrachement à la langue natale dont l’usage fut interdit. Ceux de ces auteurs nés sur le sol breton ont vécu la perte de la langue maternelle, que ce soit  par éradication ou par  absence de transmission. L’auteur ajoute aussi « le sentiment d’une perte essentielle concernant la défiguration de leur terre rêvée ». Il montre combien ces « voix de Bretagne », marquées « d’une cicatrice inguérisssable », ont transcendé la  pauvreté subie en « sobriété, respect de l’homme et de la nature, contemplation du monde », ainsi que le résume Pierre Tanguy. Leur œuvre tourne « autour d’un noyau obscur d’une existence d’où la poésie a surgi comme un miracle inespéré »…

Jean Lavoué, Voix de Bretagne, Le chant des pauvres », L’enfance des arbres, 21 euros

www.editionslenfancedesarbres.com













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