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samedi 11 décembre 2021

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Voici quarante ans, ce 11 décembre 2021, que Xavier Grall (1930-1981) a quitté sa Bretagne bleue…
« SOLO » est l’un de ses plus beaux poèmes. Xavier Grall l’écrit peu de temps avant sa mort, comme un testament et une adresse à Dieu, une prière en sachant qu’il va mourir, et qu’il veut une dernière fois saluer tout ce qu’il a aimé de ce monde et de cette vie. Voici quelques extraits de ce poème bouleversant…

SOLO

Seigneur me voici c’est moi
je viens de petite Bretagne
mon havresac est lourd de rimes
de chagrins et de larmes
j’ai marché
Jusqu’à votre grand pays
ce fut ma foi un long voyage
trouvère
j’ai marché par les villes
et les bourgades
François Villon
dormait dans une auberge
à Montfaucon
dans les Ardennes des corbeaux
et des hêtres
Rimbaud interpellait les écluses
les canaux et les fleuves
Verlaine pleurait comme une veuve
dans un bistrot de Lorraine
Seigneur me voici c’est moi
de Bretagne suis
ma maison est à Botzulan
mes enfants mon épouse y résident
mon chien mes deux cyprès
y ont demeurance
m’accorderez vous leur recouvrance ?
Seigneur mettez vos doigts
dans mes poumons pourris
j’ai froid je suis exténué
O mon corps blanc tout ex-voté
j’ai marché
les grands chemins chantaient
dans les chapelles
les saints dansaient dans les prairies
parmi les chênes erraient les calvaires
O les pardons populaires
O ma patrie
j’ai marché
j’ai marché sur les terres bleues
et pèlerines
j’ai croisé les albatros
et les grives
mais je ne saurais dire
jusqu’aux cieux
l’exaltation des oiseaux
tant mes mots dérivent
et tant je suis malheureux

Seigneur me voici c’est moi
je viens à vous malade et nu
j’ai fermé tout livre
et tout poème
afin que ne surgisse
de mon esprit
que cela seulement
qui est ma pensée
Humble et sans apprêt
ainsi que la source primitive
avant l’abondance des pluies
et le luxe des fleurs

Seigneur me voici devant votre face
chanteur des manoirs et des haies
que vous apporterai-je
dans mes mains lasses
sinon les traces et les allées
l’âtre féal et le bruit des marées
les temps ont passé
comme l’onde sous le saule
et je ne sais plus l’âge
ni l’usage du corps
je ne sais plus que le dit
et la complainte
telle la poésie
mon âme serait-elle patiente
au bout des galantes années ?

Seigneur me voici c’est moi
de votre terre j’ai tout aimé
les mers et les saisons
et les hommes étranges
meilleurs que leurs idées
et comme la haine est difficile
les amants marchent dans la ville
souvenez-vous de la beauté humaine
dans les siècles et les cités
mais comme la peine est prochaine !

Seigneur me voici c’est moi
j’arrive de lointaine Bretagne
O ma barque belle
parmi les bleuets et les dauphins
les brumes y sont plus roses
que les toits de l’Espagne
je viens d’un pays de marins
les rêves sur les vagues
sont de jeunes rameurs
qui vont aux îles bienheureuses
de la grande mer du Nord

Je viens d’un pays musicien
liesses colères et remords
amènent les vents hurleurs
sur le clavier des ports

je viens d’un pays chrétien
ma Galilée des lacs et des ajoncs
enchante les tourterelles
dans les vallons d’avril
me voici Seigneur devant votre face
sainte et adorable
mendiant un coin de paradis
parmi les poètes de votre extrace
si maigre si nu
je prendrai si peu de place
que cette grâce
je vous supplie de l’accorder
au pauvre hère que je suis
ayez pitié Seigneur
des bardes et des bohémiennes
qui ont perdu leur vie
sur le chemin des auberges
nulle orgue grégorienne
n’a salué leur trépas
pour ceux qui meurent
dans les fossés
une feuille d’herbe dans la bouche
le cœur troué d’une vielle peine
de lourdes larmes dans le paletot
et dans les veines des lais et des rimes
Seigneur ayez pitié !

…/…

Seigneur Dieu
A mes frères et amis
Aux femmes que j’ai aimées
A tous ceux que mon cœur a croisés
Avant que d’entrer dans les ténèbres
Transmettez je vous prie mon espérance testamentaire
Nul chant nul solo
Nulle symphonie nul concerto
Qui porte nostalgie d’amour
Et soif et faim de tendresse
Ne sera perdu dans la détresse de la mer 

Voilà et puis encore ceci
Par la dernière larme
Par l’ultime halètement
Par le dernier frémissement
Par le moineau qui s’envole
Par le geai sur la branche
Par la dernière chanson
Par la joie dans la grange
Par le vent qui se lève
Par le matin qui vient
Tout simplement
Je vous rends grâce
D’avoir été dans le bondissement incroyable
De votre création
Et misérable
Oui
Tout simplement
Un être humain
Parmi les milliards et les milliards
De vos créatures

A présent que les feuilles et les mains
De douce Nature
Me closent les yeux !
Mais Seigneur Dieu
Comme la vie était jolie
En ma Bretagne bleue !"

Solo et autres poèmes »,
Editions Calligrammes, 29000 Quimper 1981









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vendredi 10 décembre 2021

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Vulnérables, nous le serons
À la mesure de la nudité de l’herbe
Sous l’averse.
Nous rebâtirons notre demeure
À hauteur d’arbres et de sources.

L’aveu des ronces sera pour nous
Caresses d’aube qui libèrent.
Le vent sera complice
Des nuits sans lune
Et des nuages lourds.

Notre âme traversière
S’éclairera d’un rien
Sous le ciel des collines.
Avec les oiseaux, 
Nous entonnerons un chant de vie
Au sacre de la joie.

Quand nous serons expulsés 
De toute place désirable,
Nous trouverons le centre 
De l’humble symphonie.
Nous entendrons alors 
Par la voix des étoiles
Scintiller l’offrande du monde. 

Nous serons là,
Parmi les animaux et les plantes,
Dans le berceau d’une enfance,
Hymne de gratitude, 
Présence réconciliée,
Silence sans défaut.

Jean Lavoué, 8 décembre 2021
Photo Jackie Fourmiès















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mardi 7 décembre 2021

 





Là où le monde est plein,
Où son programme tourne à vide,
Nous sortirons sous l’auvent des étoiles :

Bergers des grands espaces,
Nous irons de dunes en fontaines
Vers le chant des matins.

Nous écouterons la voix du vent,
Sa symphonie pacifique 
Accordée à la terre. 

Sans nous retourner, nous irons
Vers la lumière bienveillante
Surgie au bout de la nuit. 

Nous mènerons nos troupeaux
À l’auge qui espère ;
Leur nourriture sera aussi la nôtre ;

Nous apprendrons d’eux
La sobriété du vivant
Qui ne craint pas la mort.

Comptée pour rien,
La naissance s’ouvrira en nous,
Avenir sans déclin.

En cette entente silencieuse,
Nous donnerons foi à la promesse :
Un jour la terre sera sauvée.

Nous reviendrons parmi les hommes,
Tels des veilleurs,
Dans le jour ébloui.

Jean Lavoué, dunes d’Erdeven, 5 décembre 2021
Photos JL 5/12/21























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dimanche 5 décembre 2021

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En 2018, Pierre Rabhi, qui vient de disparaître ce 4 décembre 2021, se confiait avec simplicité dans un entretien au journal Le Monde sur les sources de son engagement pour la protection de la vie…


Pierre Rabhi : « C’est en lisant les philosophes que j’ai trouvé des réponses »

Nous avions rencontré l’agroécologiste en juin 2018. A l’occasion de sa mort, ce samedi 4 décembre, nous republions cet entretien « Je ne serais pas arrivé là si… », où il revenait sur son enfance et les deux cultures qui l’ont façonné.
Propos recueillis par Catherine Vincent
Le 10 juin 2018

Je ne serais pas arrivé là si…

Si je n’avais pas perdu ma mère à l’âge de 4 ans. Mon père, forgeron, s’est retrouvé seul avec mon petit frère et moi dans notre village de Kenadsa, une oasis fondée au milieu du désert algérien par un thaumaturge soufi. Nous étions sous colonie française, les Français avaient découvert de la houille dans la région et avaient commencé à l’exploiter, ce qui fait que mon père se dit : « Le futur est entre les mains des Européens ; si mon fils n’a pas les secrets de cette nouvelle civilisation, il ne réussira pas dans la vie. » Il se trouve qu’il y avait un couple de Français sans enfant à Kenadsa, un ingénieur et une institutrice, qui ont proposé de me prendre en charge et de m’instruire. C’est comme ça que je suis passé, sans transition, d’une organisation sociale séculaire à la modernité.

Comment vivez-vous ce changement brutal ?

Avec une immense douleur. Je vivais par alternance chez mes parents adoptifs et dans ma famille d’origine, et cette situation paradoxale a provoqué en moi toutes sortes de contradictions. D’un côté, on me disait qu’il ne fallait pas manger de porc ni boire d’alcool, de l’autre, ma mère adoptive, bourguignonne, aimait le vin et la bonne chère. D’un côté, j’avais l’impression d’être très propre, de l’autre, je ne l’étais pas assez. J’allais à l’école française, mais mon père exigeait que je passe aussi à l’école coranique… J’avais un quart d’heure de route à faire pour passer d’un monde à l’autre. Mon petit frère, lui, est resté dans la famille, ainsi que les enfants que mon père a eus par la suite. Je suis le seul à avoir été élevé ailleurs. C’était un écartèlement.

Quels souvenirs gardez-vous de votre mère ?

Le chagrin que je porte toujours à 80 ans, c’est de n’avoir aucune image d’elle – il n’y avait pas de photos au village. Quand j’évoque ma mère, c’est presque un ectoplasme. Je n’ai pas de souvenirs forts, sinon que c’était une femme qui dansait beaucoup, jusqu’à la transe. J’avais assisté à l’une d’elles, et cela m’avait bouleversé, paniqué même, de voir ma mère s’effondrer à la fin de la transe. Je vois encore la scène, mais dans le flou, comme derrière une vitre martelée. Rien de précis.

Quelles relations aviez-vous avec vos parents adoptifs ? Vous ont-ils bien aimé ?

Ma mère adoptive était affectueuse, elle a fait ce qu’elle a pu, mais elle n’a jamais pu combler l’absence de ma mère naturelle. Il paraît que j’étais un gentil garçon… J’étais surtout un garçon déconcerté. Quand j’étais dans l’islam, j’étais, pour mes parents adoptifs, chez des gens non évolués, et quand j’étais chez les Européens, j’avais l’impression d’être chez les mécréants. Ma grand-mère paternelle, une stricte observante musulmane, était farouchement opposée à ce que j’aille chez eux. Elle en voulait à mon père de cette transaction, et elle le faisait savoir.

Tout cela fait beaucoup de conflits de loyauté… En grandissant, avez-vous regretté la décision de votre père ?

Si on m’avait écouté, je ne serais jamais allé chez les Européens : je serais resté dans ma culture, dans ma famille, près de mon père que j’admirais et adorais. Mais je n’avais pas mon mot à dire, j’ai subi la volonté des adultes. J’étais pris en charge par des missionnaires civilisateurs, que pouvais-je y faire ? J’étais simplement un enfant souffrant, qui n’était pas heureux.

Quand devenez-vous heureux ?

(Silence) Je ne sais pas. J’ai avancé, avancé… Jusqu’à ce que mes parents adoptifs quittent l’oasis de Kenadsa et m’emmènent avec eux à Oran, à 650 kilomètres de là. Nouveau déchirement. J’ai 14-15 ans et, cette fois, je m’éloigne vraiment de ma famille initiale. Je vais au collège, j’obtiens mon certificat d’études, je fais une année d’études secondaires… Et ça s’arrête là. Les circonstances… De toute façon, je n’aimais pas l’école. On m’y apprenait des tas de trucs qui me paraissaient sans intérêt, des dates de bataille… Mais on ne répondait pas à mes vraies questions, au grand point d’interrogation qu’était la vie, avec ses religions, ses cultures contradictoires. C’est en lisant les philosophes que j’ai trouvé des réponses. Dans Socrate surtout, qui dit : « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. »

A l’adolescence, vous changez de prénom, puis vous vous convertissez au catholicisme… Une trahison aux yeux de votre père ?

Jusqu’alors, je m’appelais Rabah – le gagnant, le victorieux en arabe. Mais lorsque nous nous installons à Oran, je lis la Bible, les Evangiles. Et je découvre ce type appelé Jésus, qui répète en permanence que seul l’amour peut sauver l’humanité… Cette rencontre est déterminante, et il me semble qu’il me faut suivre pas à pas le message du Christ. Je choisis le prénom de Pierre car, de tous les apôtres, c’est celui qui m’inspire le plus. Et oui, je trahis ma communauté en me convertissant à 18 ans au catholicisme.
Mon père ne m’a jamais vraiment dit ce qu’il avait pensé de ce choix, mais je sais qu’il souhaitait que je reste un bon musulman. Par la suite, il y a eu des réconciliations, ici ou là, avec ma communauté de base, mais un pas définitif avait été franchi. Comme si je m’étais engagé dans un chemin personnel et de solitude. Mon père est resté au village toute sa vie, il est mort il y a une quinzaine d’années sans qu’on se soit revus. Je ne suis jamais retourné en Algérie depuis que je vis en France.

C’est-à-dire depuis vos 20 ans. Vous partez pour la France après vous être disputé avec votre père adoptif, au point qu’il vous met à la porte… Que s’est-il passé ?

La rupture s’est produite sur un incident futile, mais le climat la favorisait. On est en 1958, en pleine guerre d’Algérie. Je commençais à m’éveiller à l’histoire de la colonisation, à la question de l’opprimé et de l’oppresseur, à la standardisation culturelle… Mon père adoptif, lui, était un gaulliste inconditionnel et il refusait de fuir alors même qu’il figurait sur la liste de l’OAS parmi les gens à abattre. Dans cette ambiance très tendue, il a suffi d’une goutte d’eau pour qu’il me mette à la porte.
Du jour au lendemain, à nouveau, je dois changer de monde ! Chassé de mes deux cultures, je finis par prendre le bateau pour Marseille et je trouve un petit boulot à Paris. Mais très vite, l’enfant du désert que j’ai été ne supporte pas l’espace reclus de la ville. Je rencontre Michèle, qui deviendra ma femme, et il se trouve qu’elle aussi étouffe et veut partir vers la nature. Nous entrons alors dans une aventure un peu singulière : nous sommes au début des « trente glorieuses », et voilà que nous décidons de devenir paysans et d’aller retourner la terre caillouteuse de l’Ardèche… Personne ne comprend notre choix !

Quand se produit votre rencontre avec l’agroécologie ?

Dès notre arrivée en Ardèche. Quand on voit des gens mettre un masque pour se protéger contre les poisons qu’ils répandent dans la nature, c’est assez parlant ! On a aussi très vite été avertis de l’effet des pesticides sur la santé par un ami, médecin de campagne, qui nous avait fait connaître le pays. Mais que pouvait-on faire ? Je n’avais pas de réponse. Jusqu’à ce que ce même ami vienne un jour nous voir avec Fécondité de la terre, d’Ehrenfried Pfeiffer. Je lis ce bouquin, et je m’aperçois qu’on peut parfaitement faire autrement. Dès que nous avons trouvé notre ferme, nous avons donc adopté l’agriculture biodynamique.

La ferme de Montchamp où vous vivez toujours, perchée sur un plateau avec vue dégagée sur 17 clochers alentour…

Une vue magnifique, et un biotope exceptionnel ! Nous l’avons achetée en 1963, mais nous avons bien failli ne pas obtenir notre crédit tant nous passions pour des fous. Non seulement nous avions quitté la ville pour devenir paysans, mais nous voulions acheter cette ferme et rien d’autre, un lieu où il n’y avait pratiquement pas d’eau, pas d’électricité, pas de chemin carrossable et un sol rocailleux… Mais on savait qu’on y arriverait. Et on y est arrivés ! Même si j’ai passé des nuits blanches à me demander comment j’allais nourrir nos cinq enfants. A affronter, aussi, une question intime qui me taraudait : en grandissant, allaient-ils approuver notre choix ? En fait, ils ont été ravis… Et je suis devenu un écologiste inconditionnel.
Je me suis engagé dans la promotion de l’agroécologie, cette agriculture du pauvre qui affranchit le paysan de la culture d’exportation menée à coups d’engrais et de pesticides, et qui répond à ses besoins parce que c’est une agriculture élaborée, accessible à tous sans bourse délier et régénératrice des sols. J’ai commencé à donner mes premiers stages d’initiation à cette méthodologie. En Ardèche d’abord, puis, à partir du début des années 1980, au Burkina Faso où je me rendais régulièrement.

Malgré les chèvres et les cinq enfants ?

Grâce à Michèle. Sans elle, il est probable que je n’aurais pas réussi à me faire entendre. Elle a toujours été dans la discrétion, mais je peux vous assurer que c’est de l’acier, Michèle ! Elle a accepté d’entretenir la ferme, de s’occuper des enfants, tandis que je voyageais pour enseigner la question écologique.

Votre souvenir le plus fort de ce retour en Afrique ?

La rencontre avec les paysans illettrés, qui ne savent ni lire ni écrire et qui ont développé une mémoire fabuleuse… Le monde de l’oralité. J’ai autant appris d’eux que je leur ai appris. Le seul moment où j’ai rouspété, c’est quand j’ai découvert à Gorom-Gorom, dans le nord du pays, que les délégués qui venaient suivre les sessions de formation pour ensuite les enseigner dans leur village étaient à 80 % des hommes. J’ai demandé des sessions de femmes, et j’ai compris alors que c’était la femme qui portait la société. C’est elle la première levée, c’est elle qui allaite l’enfant, qui fait cuire le peu qu’il y a à faire cuire, qui se charge de la corvée d’eau, de bois, qui gère les ressources… Ce sont des héroïnes extraordinaires.

Au Burkina Faso, vous faites une autre rencontre : celle du président Thomas Sankara, qui est convaincu par vos idées…

Tellement convaincu qu’il voulait me charger de l’agriculture du pays et d’appliquer nos méthodes au plan national. J’étais en train de préparer un programme dans ce sens quand Sankara a été assassiné, en 1987. Et tout s’est arrêté. Si on avait mené à bien ce projet, ce pays aurait été exemplaire dans ce domaine… C’est un des plus grands regrets de ma vie.

Vous publiez des best-sellers, vous donnez des conférences dans toute la France, vous séduisez des mécènes et inspirez des structures telles que le mouvement Colibris… Comment expliquez-vous que vous soyez devenu, sur le tard, une sorte de prophète écologiste ?

Je pense que j’ai bénéficié du doute qui s’installe dans les consciences, par rapport à un modèle dominant qui ne tient pas ses promesses : le chômage est là, l’environnement souffre, et le bonheur escompté n’est pas au rendez-vous. Je crois aussi que quelque chose me différencie des autres : l’écologie, je ne fais pas qu’en parler, je l’applique. Des livres sur l’écologie, les bibliothèques en sont pleines ! S’il y a quelque chose qui peut me revenir, c’est que je ne me contente pas de faire des grands discours : j’incarne concrètement l’écologie, avec des propositions et des méthodologies. Je crois beaucoup à la force de la simplicité. Les gens me perçoivent comme un type qui fait ce qu’il dit et qui dit ce qu’il fait.

Vous venez de fêter vos 80 ans. Comment accueillez-vous la vieillesse qui approche ?

Au plan physiologique, je n’ai plus la force du paysan maçon que j’étais autrefois, bien sûr. Mais cette énergie s’est transmutée en autre chose. Et j’ai cette grande chance d’être de plus en plus écouté. Comment dois-je honorer cette confiance qu’on me fait ? Je l’honore en disant : si nous voulons, nous pouvons changer le monde.

En 2005, vous avez cosigné un livre avec Nicolas Hulot. Un an après qu’il est devenu ministre de la transition écologique et solidaire, que pensez-vous de son bilan ?

Je lui suis reconnaissant de s’engager, mais quelle est sa marge de manœuvre ? Le fait que l’interdiction du glyphosate n’ait finalement pas été inscrite dans la loi sur l’alimentation illustre bien l’incapacité qu’a même un ministre à modifier l’ordre des choses. Dans une société où les consciences sont au degré zéro de l’évolution écologique, avec des intérêts énormes en jeu, comment voulez-vous faire ?
La solution ne passe pas par le politique, elle passe par l’élévation de la conscience. Le jour où le politique dira : il faut une grande part d’écologie dans l’enseignement, avec un jardin pour que les enfants apprennent ce que c’est que la vie, avec un atelier manuel et non pas des écrans, cela commencera peut-être à aller mieux. J’ai vu des gens sortir de grandes écoles ultradiplômés : ils ne savent même pas comment pousse un poireau !









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samedi 4 décembre 2021

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Message d’Amélie Nothomb à Marion d’Elissagaray à propos de son livre « Nul ne saisit le vent » (Éditions L’enfance des arbres, novembre 2021) :


« J'ai lu Nul ne saisit le vent avec la plus vive émotion. Un texte admirable sur un sujet qui m'est cher. 

Comme je suis fière de vous avoir inspiré ce récit magnifique 

et si splendidement édité ! Vous avez tous les talents… »

 

Amélie Nothomb




Inspirée par le roman "Soif" d'Amélie Nothomb, Marion d'Elissagaray propose un récit personnel, spirituel et poétique de la passion de Jésus écrit du point de vue de Marie, sa mère : “ l’objectif de mon récit est de chercher à dire, de manière renouvelée, que s’être laissé fixer sur une croix, c’était, pour Jésus le nazaréen, contre toutes apparences, s’enfoncer dans la vie. Ce paradoxe fait aujourd’hui encore tourner le monde.” (138 p. 15 euros)

 

Voici quelques extraits de courriers adressés à l’auteure à propos de ce livre par ses premiers lecteurs : 


« Je voulais t’écrire sans plus tarder que, dès ton départ, je me suis jetée sur «  Nul ne saisit le vent » dans son 

édition si belle. 

Nul ne saisit le vent écris tu ; certes mais bienheureux ceux qui, comme moi, auront le bonheur de se laisser emporter par lui. 

Non seulement au loin mais surtout vers les hauteurs.Ton livre est une bourrasque . 

Heureusement ton éditeur ( bravo à lui) a conçu une mise en page qui permet de nombreuses 

respirations! »

 

«  Je viens de recevoir ton livre, très beau livre, agréable à regarder, à parcourir. 

J'ai commencé par le si bel éloge d'Amélie 

Nothomb.

Comme les enfants j'ai regardé les illustrations, une merveilleuse idée de ton éditeur !  et j'ai lu avec grand

bonheur. »

 

« Je n'ai pas encore fini ton livre, je vais aborder la seconde partie. 

Mais je n'attends pas pour te dire combien je te remercie de toutes les fibres de mon être. 

Merci pour ton écriture poétique qui vient se lover dans les replis de mon corps, fait jaillir des larmes 

d'émotion et ouvre un horizon insoupçonné ; 

merci pour la beauté du livre, le papier, l'écriture, tes dessins qui d'emblée font entrer dans l'importance, l'urgence, la nécessité impérieuse du beau  pour tenter  d'effleurer le mystère. 

Je reviendrai vers toi pour te partager ce que cela 

éveille en moi, mais je voulais déjà te dire cela. s'il se peut transmet ce merci à ton éditeur. »

 

« J’en suis à la moitié du livre de Marion. Si j’ai eu un peu de peine au début… je n'arrive plus à le lâcher.

Que l'écriture est servie par une superbe édition !  Voilà une collaboration à renouveler tant elle est magnifique"


Marion d’Elissagaray a la passion de la Bible qui la questionne depuis l’enfance et l’a conduite à l’université : elle est titulaire d’un DEA de philosophie des religions avec une spécialisation dans le judaïsme ; depuis plus de 30 ans, elle en creuse quotidiennement le sens.

Elle est aussi potière et céramiste professionnelles, mais également formatrices auprès de publics d’une grande diversité, l’objectif premier étant pour elle de mettre l’argile au service d’une pédagogie de l’éveil, de la créativité et du sens. 


Le livre « Nul ne saisit le vent », illustré de peintures et dessins de Marion d’Elissagaray peut être commandé dans toutes les librairies ou bien directement aux Éditions L’enfance des arbres, 3 place vieille ville, 56700 Hennebont (15 euros + 4 euros de port - frais de port offerts jusqu’au 31 décembre 2021 à partir de 2 exemplaires ou de deux livres choisis dans le catalogue : www.editionslenfancedesarbres.com)















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jeudi 2 décembre 2021

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La terre n’a d’autre endroit
Pour célébrer ses noces avec le ciel 
Que le lieu où nous sommes,
Enracinés dans la présence.

C’est ici que l’arbre
Dialogue avec les feux du soir,
Que les nuages se laissent encore saisir
Par les derniers filaments du soleil.

Même dépouillées,
Les branches se tiennent encore maintenant
Dans la gloire.

Passant sur ces chemins
D’humble solitude,
Le doute nous défeuille
Et la confiance de l’aube
Lentement nous irradie.

Nous marchons au pas tranquille
Des signes accordés.

Chaque visage salué
Est la promesse du royaume inconnu.

Nul au-delà n’est plus désirable 
Que ces instants sans déclin, 
Ici accordés.

Jean Lavoué, 1er décembre 2021
Photos J.L. Le Blavet, chemin de halage, 1/12/21












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mercredi 1 décembre 2021

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SI J’ÉTAIS PAPE… 

Une théologie du bonheur

Charles Wright me transmet ce billet qu’il vient de publier dans une revue de spiritualité ignatienne. Il plaide pour une « théologie agnostique », faillible, capable de dialoguer avec tous. C’est bien aussi ce que je recherche dans l’expression poétique. Il est l’auteur du magnifique récit de sa traversée à pied de l’Auvergne publié au printemps 2021 : « Le chemin des estives » (Flammarion)

                  Il n'y a pas que les hommes qui vieillissent. Le langage aussi subit les assauts du temps. A force d'être répétés, les mots s'usent comme des pièces de monnaie. Le christianisme n'échappe pas à ce flétrissement. Il ressemble à un vieux monsieur ridé qui ressasse de vieilles histoires que plus personne n'écoute.
            Il faut être aveugle pour ne pas le voir : la religion chrétienne devient une langue morte. Nous prêchons des paroles, chantons des hymnes, célébrons des rites qui pour beaucoup de nos contemporains ne veulent plus rien dire. Ils ne se sentent plus concernés. Les discours de l'Eglise sont des paroles en l'air qui flottent au dessus du réel, ne réfèrent plus à l'existence concrète des gens, aux enjeux de leur vie.
            A ce rythme, les chrétiens passeront bientôt pour une tribu exotique, massée dans un petit îlot de l'archipel français, et articulant un patois dont des ethnologues tenterons de déchiffrer le sens. Après tout, est-ce si grave ? On est bien entre soi, on se comprend, on parle la même langue – avec leur jargon, leur « manière de procéder », les mouvements chrétiens n'échappent pas toujours à cette tentation de l'entre-soi, y compris dans la galaxie ignatienne... Sauf que ce n'est évidemment pas la vocation des chrétiens, appelés qu'ils sont à entrer en conversation avec le monde, donc à parler la langue de tous. Au 2e siècle, l'auteur de l'A Diognète le disait déjà : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements ».
            « La théologie est sérieuse », écrit Rimbaud dans Une saison en enfer, suggérant l'insignifiance d'un discours qui a perdu sa puissance d'attraction. Les mots de la foi sont trop sages, trop lisses, trop ternes ; il faut faire entrer un peu de lumière et de vie dedans. Je vais choquer : c'est d'une bonne poussée d'hérésies, ces turbulences sémantiques, dont on a besoin ! Ces dernières sont souvent un signe de vitalité spirituelle, l'indice que souterrainement, des renouveaux s'esquissent, des expressions se cherchent, l'Esprit veut nous dire quelque chose.
            François Varillon, qui n'était pourtant pas un révolutionnaire, disait qu'il faut « casser les mots » pour voir ce qu'il y a dedans... De fait, si j'étais pape, je plaiderais pour que la théologie se fasse au marteau. Je mettrais à la casse tous les mots qui se sont exilés du sens commun. Pour recharger ces derniers de signification, j'exhorterais les théologiens à sortir des bibliothèques, des notes de bas de page, des dédales conceptuels. C'est en gambadant sur les estives, en traînant dans les bars, en écoutant les désespérés, en se mettant à genoux, bref en contemplant la majesté du réel et en se tenant au plus près des questions existentielles, que la théologie deviendra une science humaine, c'est-à-dire une parole qui soit du côté des choses. On ne devrait rien écrire qui « ne puisse se murmurer à l'oreille d'un ivrogne ou d'un mourant », disait Cioran. Il faudrait brocarder cet aphorisme dans l'atelier des théologiens, des prêcheurs, des compositeurs d'hymnes ; peut-être l'Eglise retrouverait-elle alors un parler qui rayonne vraiment la vie divine, et donne aux hommes la force de vivre, de croire et d'aimer.
            Si j'étais pape, j'étrennerais aussi une théologie agnostique. Il serait si beau de dire à nos contemporains que l'Eglise n'est pas infaillible, qu'elle ne sait pas tout, qu'elle cherche avec eux, en tâtonnant... Enfin j'ouvrirais le chantier d'une théologie du bonheur. Le christianisme, attesterait-elle, n'est pas une religion qui donne le bourdon, mais une religion solaire, un grand éclat de rire. Elle engage l'existence du côté de la joie et conduit à vivre intensément et haut.

(revue Vie chrétienne, novembre-décembre 2021)

Photo : Charles Wright.  (C) J. Melin













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