Traduire

lundi 31 août 2009










Marcher

C’est comme écrire

Risquer ce pas dans le vide

A chaque instant recommencer














.

dimanche 30 août 2009









Quelques mots

Trop bavards encore

Trop immobiles



Pour épouser le rythme

Le sans-nom sous l’écorce















.

samedi 29 août 2009









Chaque jour habiter

Ne serait-ce qu’un instant


La disponibilité de l’arbre

Et se laisser creuser














.

vendredi 28 août 2009

Les Granges de Lesches, terres de Marcel Légaut, août 2009













Penser, c'est déjà se soutenir dans le vide.
C'est comme nager ou comme faire le funambule.
C'est un exercice qu'il faut apprendre.


Pour pouvoir penser,
il faut avoir appris à se soutenir dans le vide.
Autrement dit, il faut avoir pu prendre appui, au moins une fois,
sur un autre qui déjà se soutenait dans le vide,
qui lui-même avait appris cela d'un autre encore.


C'est à cela que servent - allons-nous devoir le dire à l'imparfait - les maîtres.


Faire l'apprentissage de penser n'est donc pas une affaire simple.
Il s'agit non seulement d'apprendre,
mais aussi et surtout d'apprendre à apprendre.
Non seulement de connaître ce qui a été appris,
mais aussi de quitter l'appui que l'on a pris sur ce qui a été appris de l'autre.
Car continuer à prendre appui, ce ne serait pas vraiment penser,
puisque penser, c'est tenir sans appui.
Ou en tous cas, avec uniquement la mémoire de l'appui.


Il faut donc le lâcher, cet appui,
et, à partir de là, tenir.


C'est cela, penser :
se soutenir dans le vide,
tant que dure la vie.



Jean-Pierre Lebrun











.






mercredi 19 août 2009

Arnaga, Pays Basque d'Edmond Rostang : L'Arbre-coeur
















.

mardi 18 août 2009









Si à cet instant
Le poème reste muet

C’est peut-être que tu as tout simplement
Oublié d’envelopper ses mots de mystère

A moins que tu n’aies arraché
Une à une
Les ailes de son silence

Pour dévoiler
Le secret qui te fonde
Peut-être te suffirait-il
De rester ainsi toute une vie

Promis à l’amitié du vent







.

lundi 17 août 2009









Peut-être qu’un poème
Non pas muet
Mais silencieux

Privé de tous ses mots
Mais non pas de son cri
Ni du souffle qui le porte

Signifierait davantage







.

mardi 4 août 2009




Poignée de poèmes
Pour les passants du jour
A qui je souhaite de belles découvertes
Sur les chemins de l'été





La simplicité même écrire
Pour aujourd’hui la main est là.

Paul Eluard




Je ne fais pas de différence
Entre un poème
Et une poignée de mains

Paul Celan




Il y a longtemps que
je ne demande plus rien au ciel

et mes bras ne se sont pas encore baissés



Mon Dieu, je n’ai presque jamais cru en toi,

mais je t’ai toujours aimé


Antonio Porchia




Avez-vous pensé à ceci ?

Il y a des hommes qui ne croient pas en Dieu
Et qui l’aiment.


Jean Sulivan








Sans doute y-avait-il
Dans cet arrêt des corps
Bien plus que l’immobilité du balancier
Bien plus que l’impassibilité de la pendule

Plutôt le sentiment que le bois tout en bas
Comme le ventre d’un violon
Infiniment s’élargissait

Et que derrière la vitre
On ne plongeait vers nul mystère

Car le temps c’est en soi
Qu’il avait entrepris de déchirer l’enveloppe

Et de se mettre soudain
De toutes ses forces à pousser



*



Comme l’amour
L’inconnu toujours nous précède

Et là où nous croyons franchir un seuil
Pour la première fois

Il y a toujours sur la marche
Gravé comme une énigme

Le signe de la voie
Que nous nous adressions à nous-mêmes autrefois

Et dont on nous remit il y a si longtemps
L’unique clef







.

lundi 3 août 2009









COMME CHANT SUR BRAISE



Ne plus cogner contre le ciel fermé
saoule de silence
au milieu des cantiques

Je te décocherai
désormais

les flèches de mes poèmes


*

Quand tout aura brûlé

le bois
la chair
les os
et jusqu’à la pierre
éclatée

renaîtra le chant

braise unique
sous la cendre


*


Si tu te caches

n’est-ce pas pour que je te cherche en tout

O toi penché sur la margelle de ma soif ?

Sois pierre
que ma voix s’aiguise

sois paroi
que je m’arc-boute !


*


O feu
brûle nos bancs et nos prie-dieu
qu’éclatent les vitraux
de notre histoire sainte

Viens crever nos toitures
nos voûtes
nos murs

Que le ciel entre en nous
jusqu’à la crypte obscure


Denise Mützenberg









Ce temps perdu
Au bord des ravins du temps

Ces balcons suspendus
Ces cordes où tu t’agrippes

Plutôt que d’accepter ta condition
De naufragé définitif

Sauvé par une lumière
Dont la profondeur est sans écho







.

dimanche 2 août 2009









L’arbre ne garde de l’oiseau
Que la douceur du nid

Son vol le sépare
Mais son chant le prolonge


*

Et si l'oiseau se tait un jour
Alors son chant sera connu







.

vendredi 31 juillet 2009









Lorsqu'un corps
hérite de son âme
il devient lourd
dense
charnel
Il saura griffer
de blessures profondes
la matière de la vie

Il porte la marque indélébile
de sa naissance et de sa mort







.

jeudi 30 juillet 2009



Et si l'arbre tout entier devenait feuille
Et s'en allait goûter le ciel au fond de l'eau

N'y croiserait-il pas plus sûrement encore
L'arbre du soleil venant à sa rencontre






Le poème
seul
dit sans dire
buisson qui brûle
sans se consumer

Denise MÜTZENBERG



Le poème tu le suis
Tu n’irais pas dire
Ce n’est pas ça

Face au murmure d’une source légère
Tu ne vas pas commencer à contester

Il en va comme pour l’oiseau
Qui accepte partout
L’innocence de l’air
Et se laisse porter



L'écriture
C’est une grâce à prendre

Tu sens qu’il ne faut pas la refuser









.

mercredi 29 juillet 2009









Sable brûlant
Bois sec
Aiguilles mortes

Il suffirait d’une étincelle

Denise MÜTZENBERG







Nomade
Qui jamais ne connut
Les limites de son royaume

Capable de ne plus marcher
De ne plus écrire
Sans pour autant cesser de voir l’horizon

Et de rester ainsi des heures
Des jours dans la lumière du simple

Complice de l’empreinte effacée
De la clarté des traces

Ne renonçant jamais
Aux promesses de la mer









.

mardi 28 juillet 2009









Soudain les arbres furent étrangement beaux :
"Il a pris la forme des arbres", ai-je dit,
"Et moi d'une femme debout près d'un courant."
De ton nouvel état je me tenais si proche
Que je vis, comme tu le pourrais, un instant
Ces ramures abritant l'esprit dans son vol.
Toi et moi, dans les lointains voyages de l'âme,
Nous rappellerons-nous le sorbier, le torrent ?


Kathleen Raine






Qu’est-ce qui est premier
L’éclair du poème

Ou bien le ciel vide encore
Des promesses de l’orage

C’est dans l’attente nue
A ce qui va surgir

La pure acceptation
De la main disponible

Que jaillit parfois
Sans nuages précurseurs

La lumière blanche
Du possible







.

lundi 27 juillet 2009








L'amour qui n'est pas toute douleur
N'est pas tout amour
Antonio Porchia
Voix



C'était un être d'une humilité exemplaire
Mais en même temps il avait cette chose irréfutable
Inentamable
Qui nous faisait penser aux arbres du centre
Ceux sur lesquels semble reposer toute la forêt
Roberto Juarroz (à propos d'Antonio Porchia)







Tu ne sais écrire autrement
Qu’adossé à ta solitude

Ou plutôt ouvert sur ta solitude
Celle qui vient
Qui se tient en avant

Comme une promesse de fruit








.

dimanche 26 juillet 2009












La vie dessine un arbre

et la mort en dessine un autre

Roberto Juarroz







Pour François Le Quemener



L’arbre
Nous n’étions que quelques-uns
A le voir à le toucher

Mais qu’est-ce qui fait d’un homme
Soudain une telle trouée dans l’espace
Lorsqu’il disparaît

C'est ce Souffle en lui
Ce vide creusé de vif


Autour duquel sa force était nouée








.

samedi 25 juillet 2009



Forêt d'araucarias au sud du Chili





Mardi
Pour le jour anniversaire de ta mort
La voisine m’avait préparé une surprise

Elle a fait abattre
Le bel araucaria
Devant lequel je méditais chaque matin

Incompréhensiblement
Au fil des jours l'amertume
Peu à peu s’est mêlée à la joie

Et quand je me tiens à présent debout
Face au mur nu que ne domine plus
Le grand orchestre végétal qui m’élevait

J’éprouve un peu plus encore
La densité de ton absence

Comme si elle faisait signe
Entre le ciel et moi
D’une promesse verticale







.

vendredi 24 juillet 2009










C'est ainsi que tu es

Tu parles par ma voix
mes nuits sont tes silences
mes jours disent l'absence
dont tu me renouvelles

Tu guides vers ce qui est profond
tu ne veux rien de conforme
tu ne retiens pas l'apparence
tu es ce qui surprend

Tu sais la vie au-delà de la vie
tu orientes
tu montres le chemin

Tu es cette imperceptible vibration
ce très léger battement d'ailes
de l'éternité dans le temps

Tu ouvres mon aujourd'hui





Je partage avec toi la cinquième saison
La fleur la branche et l’aile au bord de la maison

Les grands espaces bleus qui cernent ma jeunesse
Sur le mur le dernier reflet d’une caresse

René Guy Cadou








Sur le mur du jardin
entre ombre et lumière
une rose trémière saigne

Le ciel est en voyage

Le poème soulève
les pierres de ta vie
scellées









.

jeudi 23 juillet 2009









Toi qui parlais dans tes livres
de déchirures
de traversées matinales
de blessures ouvertes
dis-moi encore de tes mots libres
la joie ivre du passage

Sois le frère de ma voie







.

mercredi 22 juillet 2009









Je transformerai le désert en étang
et la terre aride en fontaine.
Je mettrai dans le désert le cèdre, l'acacia,
le myrte et l'olivier sauvage;

Je mettrai ensemble dans la steppe
le cyprès, l'orme et les cèdres,

afin qu'ils voient et qu'ils connaissent
afin qu'ils observent et qu'ils comprennent
que J'ai fait ces choses, que Je les ai créées.

Isaïe, 41, 18 et s.







Cette lumière sur nos visages
c'était donc toi

Ce soleil partagé

Ainsi je chemine avec toi
je marche à la boussole
aimanté par l'absence

Les mots mêmes qui se taisent
m'enseignent

Je te devine
à la fraction du pain

La vie même partagée
pour relier l'indicible

Qu'à jamais ne se ferme la blessure







.
[URL=http://www.compteur.fr][IMG]https://www.compteur.fr/6s/1/6057.gif[/IMG][/URL]