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dimanche 8 août 2021

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Tandis que l'été s'étire aux carreaux du soleil,
La terre ne prend pas de vacances :
Les années se précipitent dans les corridors de l'abîme. 
Nous refusons d'entendre les coups inexorables
Frappés sur les flancs de sa beauté.

Les rivières et les fleuves ont soif,
Les bêtes ont pressenti bien avant nous
Le désert qui venait,
Déjà les forêts tremblent.
Dans les steppes cernées de glaces, les tourbes brûlent, 
Le vent redoute de porter plus loin l'étincelle.

Partout dans le feu des villes,
La fureur de l'homme ne faiblit pas.
Serions-nous encore à deux pas du précipice
Ou bien aurions-nous déjà amorcé notre chute ?

Nous gardons les yeux ouverts mais nous ne voyons pas,
Nous poursuivons notre rêve,
Nous ignorons le sol où notre avidité se fracasse.

Pourtant, l'oreille collée au tronc des arbres,
Nous serions capables d'entendre la nuit qui grandit
Et le silence qui seul nous sauverait ;
Nous serions à nouveau complices de la vie précaire, 
Nous parlerions aux insectes,
Nous prierions avec les plantes.

Pour écarter les flammèches de notre folie,
Nous saisirions l'instant
Et nous bénirions les gestes sobres 
Nous rendant à notre pauvreté originelle. 

Jean Lavoué, le 7 août 2019
Photo photoshopper24/Pixabay
















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vendredi 6 août 2021

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Voici quelques-uns des amis de l'enfance des arbres réunis à l'issue de cette belle rencontre autour du livre sur la presqu'île de Landévennec, les 3 et 4 août. Jean-Pierre Boulic, à droite, publiera le printemps prochain son deuxième recueil à L'enfance des arbres. Gilles Baudry y a déjà, quant à lui, publié trois recueils. Nathalie Fréour en a illustré au moins six. À gauche, sur la photo, Pierre Tanguy vient d'écrire un hommage à Xavier Grall qui sera bientôt annoncé. J'ai eu la joie, par ailleurs, de préfacer le magnifique ouvrage de photographies d'Aïcha  Dupoy de Guitard, Eaux intérieures, avec des poèmes de Gilles Baudry. 

Nous étions donc en bonne compagnie pour cette rencontre sur la presqu'île. Certains ne sont pas sur la photo mais, compagnons de route, eux aussi, de L'enfance des arbres, ils se trouvaient également présents : Ghislaine Lejard dont un recueil de collages sur des poèmes de Michel Xavier Fressard  a été publié fin 2020, Joseph Thomas, René Lemay...

Cette amicale rencontre est pour moi l'occasion de vous partager, avec ce bouquet d'ajonc illustrant la couverture du livre, cette chaleureuse recension de Jean-Pierre Boulic à propos de "Voix de Bretagne, le chant des pauvres", publié le printemps dernier, préfacé par Pierre Tanguy et postfacé par Joseph Thomas : 



"Après avoir affirmé depuis longtemps que « nul ne peut prétendre posséder la voie. Mais qui accepte de s’y perdre trouve un peuple d’amis, de frères » le poète et essayiste Jean Lavoué a ouvert depuis ses premières publications un véritable chemin d’intériorité où il invite le lecteur à le retrouver en toute liberté mais avec l’œil vigilant.

Fidèle à sa ligne d’écriture, il livre aujourd’hui ses « Voix de Bretagne », celles d’une dizaine de poètes et artistes tous enclins, mais sans certitude aucune, à « libérer le divin » en eux. L’ouvrage est d’une forte densité ; « Le chant des pauvres », en sous-titre, définit dès l’approche la couleur du propos. Il pourrait encore se dire « Chant de la terre » comme affleurent ici ou là des « accents teilhardiens » dans les œuvres en cause.

Parce qu’il y « un impératif de vivre » et ne craignant jamais, avec Maurice Bellet, de rejoindre « l’épaisseur d’humanité qui [les] habite », l’auteur, manifestement imprégné de l’itinéraire et de l’œuvre de ses figures « chair des hommes qui est la chair de Dieu », trace en fratrie et dans une « géographie intime » de beaux visages* sous des traits de tendresse - et ce même si le parcours des intéressés, souvent blessés, s’est heurté à des champs de ronces et de doutes extrêmes, à de multiples entraves, le tout bordé d’incompréhension voire de rejet, jusqu’à être « dévorés par l’inconnu », ou encore aller au sacrifice. Pourtant, si l’on comprend Jean Lavoué, leurs heures sont proches de l’éternité car ils sont tous de « complicité intemporelle » et réparent « la mémoire des morts » avec « des lettres de feu ».

Il y a très certainement dans la matière de ce livre tout ce qui donne à vivre en captant « l’éclair de l’instant ». Jean Lavoué en fait une véritable offrande ; il révèle et confie que là où sont les pauvretés mûrissent les vraies richesses qui nourrissent le poème du monde, lui donnent chair et souffle. Ces voix de Bretagne - de cette terre où « il y a un absolu » - ont alors une résonance universelle. L’auteur cite René Guy Cadou qui peut le chanter ainsi : « O crieurs de journaux intimes seul prophètes/Seuls amis en ce monde et ailleurs. » Un livre-source. Un livre-référence pour l’histoire de la littérature."

Jean-Pierre Boulic (juin 2021) 

*Michel Le Bris, Armand Robin, Yann-Fañch Kemener, Anjela Duval, Eugène Guillevic, Jean Sulivan, René Guy Cadou, Max Jacob, Georges Perros, Xavier Grall 

Jean Lavoué – Voix de Bretagne Le chant des pauvres – Éd. L’enfance des arbres 2021 - 344 p - 21 € 

www.editionslenfancedesarbres.com





                                  Aïcha


























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jeudi 5 août 2021

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Quelle que soit la saison,
Quel que soit l’oiseau,
Quel que soit le chant,
N’enseigne que la cime,
Ne ferme aucun passage,
Ne t’interdis aucune voie,
Approuve le printemps !

Des routes imprévues 
Croiseront sûrement 
Tes chemins de traverse.
Allège tes certitudes,
Adoucis l’enfant de tes rêves,
Soulève tes croyances,
Mets du jeu dans ta foi !

Aussi fermée soit ta blessure, 
Aussi sombre l’horizon,
Roule la pierre du soleil,
Monte sur les épaules du vent !
Seuls les sentiers où tu t’égares
Te donneront des ailes.

Jean Lavoué, 5 août 2015














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lundi 2 août 2021

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C'est au désert qu'il apprit à marcher.
Il sut apprivoiser chaque pierre, 
Chaque arbre de son pays. 
Dans les forêts de l'âme humaine,
Il se tient aux lisières. 

Jour après jour, 
Nous réinventons avec lui
L'ardent questionnement de son pas.
Son itinéraire est sans repos
Mais il s'assied sur la margelle de chaque rencontre
Pour y trouver l'eau vive. 

Il aime ceux qui n'ont pour bagage
Que leur faim et leur soif
Leur pauvreté à offrir,
Leurs blessures essentielles. 

Il se tient loin
De ceux qui campent sur leurs certitudes :
Pour dérouter les fiers et les savants,
Il n'a pas son pareil. 

Il ne fréquente aucun temple,
Aucune montagne sacrée,
Aucun ashram, aucune église :
C'est un passant,
Il se contente de traverser.
Il marche avec nous, comme nous,
Laisse le vent le rejoindre
Sans jamais s'arrêter. 

Dans son royaume,
Toute faiblesse est sans aveu,
Personne n'humilie,
Toute grâce est d'avance accordée.
Le cœur de l'homme est son  domaine.
Son seul désir : y faire lever 
Des germes de confiance. 

Depuis toujours il est réconcilié
Avec ce qui bientôt naîtrait 
De son absence souveraine.
À jamais sur le bois des jours
Il laisse à chacun le choix
De se relever avec lui. 

Jean Lavoué, 31 juillet 2021

























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jeudi 29 juillet 2021

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Écrire ne renforce en rien tes certitudes
Ni tes croyances,
Cela t'appauvrirait plutôt. 

Ta symphonie est muette,
Tes notes s'envolent
Au moindre coup de vent. 

Lettres après lettres, mots après mots,
Tu fais tomber tes appuis,
Tu apprends à marcher
Sans repères ni boussoles
Sur des chemins sans chemins. 

C'est sur ce qui te manque
Que s'ouvrent des clairières ;
Écartant les feuillages de ton savoir
Tu entrevois parfois des soleils. 

Tu apprends finalement à devenir
Cet orchestre silencieux,
Cet être des lisières,
Avec tout le poids du jour dans ton dos,
Cette ombre qui te traverse, 

Et devant toi,
Par delà la nuit qui coud l'horizon,
La baguette du sourcier,
Le passage improbable,
L'espérance d'une brèche,
Déjà la force d'un matin. 

Jean Lavoué, 27 juillet 2021
Photo JL, La Chesnaie, 06/21





















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mardi 27 juillet 2021

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Quand le silence
Fera naître en toi
Le bourgeon du poème, 
Tu accompliras enfin
L'ardente prophétie :
Tu seras devenu
L'arbre de ton désir.

De la racine aux branches
Tu sentiras la sève, 
La foi qui te soulève, 
Tu te fieras au vent, 
Au souffle sans répit.

Tu seras tout entier
Symphonie de feuillages
Et pépiement d'oiseaux
Accordés aux nuages. 

Soumis au feu de l'instant,
Sans ressources et vulnérable, 
Tu aimeras ta solitude
Et dans l'espace de ta vie 
Tu connaîtras
Le printemps de l'âme.

Jean Lavoué, 27 juillet 2020


























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dimanche 25 juillet 2021

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C'est unis que nous sommes entrés dans l'épreuve,
Sacrifiant des mois durant
Notre liberté d'aller et venir,
Honorant la générosité de tant de soignants épuisés, 

Et voilà que nous en sortons terriblement divisés,
Plus dispersés que grains de sable au désert, 
Tentés de déchirer la toile fragile
De notre commune humanité. 

Par le monde,
Les morts se comptent par millions,
Mais ils semblent devenus tellement abstraits
Qu'on en viendrait même à se demander
S'ils ont vraiment existé, 

S'ils ont partagé avec nous 
Ce même désir de vivre,
Cette même soif d'aimer, 

S'ils ont souhaité comme nous
Prolonger autant que possible 
Leur séjour sur la terre,
Et voir grandir leurs enfants
Et les enfants de leurs enfants. 

Essayons de les entendre
Et de considérer aussi avec tendresse
Tous ceux dont les forces ont été cisaillées
Et qui ont douloureusement survécu,
Poursuivant parfois un chemin cahoteux. 

Cela nous permettrait peut-être simplement,
Comme nous le faisons déjà courageusement depuis un an et demi,
De continuer à nous protéger les uns les autres
Sans besoin d'installer à chaque porte
Un judas sanitaire ! 

Sommes-nous encore capables 
De cette libre sagesse,
De ce mince filet d'eau d'une vie risquée, dangereuse 
Et pourtant protectrice de soi et des autres,
De cette vulnérabilité attentive,
De cette solidarité avec tous, 
De cet amour, affranchi de la loi, 
De cette source pure du souvenir ? 

Jean Lavoué, 21 juillet 2021














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Au cœur du magnifique récital Brel-Barbara que donnait ce soir à Guidel notre amie Fabienne Marsaudon, privée comme ses musiciens de concert pendant 19 mois, cette émouvante lettre-poème écrite par Barbara au lendemain de la mort de son ami. Si vous voulez retrouver l'émotion de ce très beau récital, voici le lien pour commander le CD (18 euros + 2 euros de frais de port) : 


Il pleut sur l'île d'Hiva-Oa
Le vent, sur les longs arbres verts
Jette des sables d'ocre mouillés
Il pleut sur un ciel de corail
Comme une pluie venue du Nord
Qui délave les ocres rouges et les bleus-violets de Gauguin
Il pleut
Les Marquises sont devenues grises
Le Zéphir est un vent du Nord
Ce matin-là
Sur l'île qui sommeille encore 

Il a dû s'étonner, Gauguin
Quand ses femmes aux yeux de velours
Ont pleuré des larmes de pluie
Qui venaient de la mer du Nord
Il a dû s'étonner, Gauguin
Et toi, comme un grand danseur fatigué
Avec ton regard de l'enfance 

Et toi, bonjour monsieur Gauguin
Faites-moi place
Je suis un voyageur lointain
J'arrive des brumes du Nord et je viens dormir au soleil
Faites-moi place 

Tu sais
Ce n'est pas que tu sois parti qui m'importe
D'ailleurs, pour moi tu n'es jamais parti
Tu sais
Ce n'est pas que tu ne chantes plus qui m'importe
D'ailleurs, pour moi, tu chantes encore
Mais penser qu'un jour
Le vent que tu aimais te devenait contraire
Penser que plus jamais
Tu ne naviguerais, ni le ciel, ni la mer 

Plus jamais, en Avril toucher le lilas blanc
Plus jamais voir le ciel au-dessus du canal
Mais qui peut dire
Moi qui te connais bien
Je suis sûre qu'aujourd'hui
Tu caresses les seins des femmes de Gauguin
Et qu'il peint Amsterdam
Vous regardez ensemble se lever le soleil
Au-dessus des lagunes
Où galopent des chevaux blancs
Et ton rire me parvient
En cascade, en torrent
Et traverse la mer
Et le ciel et les vents
Et ta voix chante encore
Ho, il a dû s'étonner, Gauguin
Quand ses femmes aux yeux de velours
Ont pleuré des larmes de pluie
Qui venaient de la mer du Nord
Il a dû s'étonner, Gauguin 

Souvent, je pense à toi
Qui a longé les dunes et traversé le Nord
Pour aller dormir au soleil
Là-bas, sous un ciel de corail
C'était ta volonté
Sois bien, dors bien
Souvent, je pense à toi 

Je signe Léonie
Tu sauras qui je suis
Dors bien 

Barbara

Photo J.L.






















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