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samedi 19 février 2022

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Poème après poème,
Je plante une forêt
Dans les trouées du monde ;

J’y convoque en secret
Les oiseaux de ma race,
J’y butine des aubes ;

Seul l’arbre que j’espère,
J’y crois en l’écrivant,
Couronnera l’hiver ;

Vers la nuit qui s’affirme,
Je m’avance à mains nues,
Je progresse à l’estime ;

Je n’ai plus à compter
Puisque tout m’est donné ;

Le corps survivra-t-il
Aux tardives vendanges,
Saura-t-il contempler
Ses saisons crucifiées ?

Je soigne ses élans,
J’épargne les nuages,
Je feuillette en aimant
Les carnets du soleil.

Jean Lavoué, 13 février 2016
www.enfancedesarbres.com
Photo : jplenio/Pixabay



















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jeudi 17 février 2022

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Cadeau reçu hier de la part de Joseph Thomas à l’occasion du 42ème anniversaire de la mort de Jean Sulivan. Envie de le transmettre à mon tour. Joseph est allé dénicher dans un ancien numéro de la revue Panorama de Noël 1967 cette improbable pépite qu’avec humour Sulivan intitule de façon désuète : « Essai de sermon ». C’est en relisant les sermons du « jeune homme Maître Eckhart » qu’il faudrait imaginer la force du printemps qui se cache derrière ce titre singulier. « À propos de la peur de vivre et pour encourager à l’Espérance » est un texte long, sans doute guère compatible avec la fuite en avant que constitue souvent notre fréquentation des réseaux sociaux. Mais je sais que beaucoup font cependant leur nourriture de ce qu’ils peuvent y trouver parfois d’exigeant. On y reconnaît d’un seul trait l’œuvre et le style de Sulivan, tout l’art spirituel qui affleure à chaque page de ses livres : c’est en prenant le risque de se blesser aux ronces de l’existence que l’on se donne aussi la chance d’entendre battre les ailes de l’Espérance… 

JL




Essai de Sermon à propos de la peur de vivre et pour encourager à l’Espérance (revue Panorama décembre 1967)


La peur est la texture même de la vie. Elle monte du cœur de l’être humain créé et limité, capable d’infini. Elle n’est ni bonne ni mauvaise : elle est. Elle demande à être qualifiée et transfigurée. Toute vie, de la naissance à la mort, est arrachement et passage. L’enfant tiré de sa mère, jeté dans le monde, crie. C’est banal. La naissance est comme une mort. De l’enfance à l’adolescence, de l’adolescence à l’âge adulte, autant de portes étroites que l’on désire franchir et que l’on redoute en même temps, aspiré par l’inconnu et toujours tenté de regarder en arrière, jusqu’à ce visage guetté dans les miroirs, la peur de vieillir qui est encore peur de la vie.


L’un s’économise, économise, accumule des réserves pour une vieillesse à laquelle il aspire et qui lui fait horreur. L’autre gaspille, se gaspille, vie flambée, agitations : ce sont les symptômes de la même panique. Une parenté secrète réunit l’avarice et la prodigalité. Tantôt consciente, tantôt sans raisons, tapie, d’autant plus efficace qu’elle est inavouée, la peur est toujours là, la peur de la peur au sein du bonheur même car la fin du bonheur est toujours proche.


La jeunesse ardente qui brûle la vie, qu’on dit généreuse et qui peut l’être, celle qui se jette sur les routes, renverse les idoles et les préjugés pour leur en substituer d’autres ressemble comme une sœur à la sagesse tiède de l’adulte et du vieillard, qui secrètent leur carapace protectrice, s’enferment dans leurs idées et habitudes comme dans une forteresse, nomment prudence leur terreur secrète et leur absence de confiance. En réalité, jeunes et adultes ne se jugent, ne se méprisent ou du moins ne s’irritent qu’afin de ne point reconnaître que la même passion les tient. Les uns ont, croient avoir et serrent les mains sur ce qu’ils ont, le cœur crispé sur les principes, l’ambition, l’argent. Les autres le plus souvent ne jouent à l’ anarchie que par dépit de ne point avoir ce qu’ils désirent. La jeunesse jalouse les objets de l’adulte. L’adulte envie secrètement les forces vives de la jeunesse.


La nature fait bien les choses. Il arrive que des parents sages, exemples sociaux accomplis, parangons de vertu, donnent le jour à des voyous qui se moquent des valeurs et traditions. L’intelligence ne s’hérite pas toujours, ni la docilité ni la vertu, la foi encore moins. D’ailleurs imaginez un peu l’étrange humanité conditionnée, abâtardie que cela serait si le bien s’héritait d’une génération à l’autre... Un monde de vieux enfants sérieux et tristes...


La vie mélange, brasse, joue (comme il est dit de Dieu dans la Bible qu’il joue à créer) repart à zéro, se rit de nos prétentions et installations, renouvelle, invente. Ne me faites pas dire que l’éducation n’est rien. Je parle aujourd’hui d’autre chose. Une conscience adulte se fait aussi avec le meilleur et le pire, au feu de la vie, à la lumière d’autres consciences, à la chaleur de présences attentives qui acceptent que l’autre, fut-il l’enfant, soit différent et ne s’en estimaient point propriétaire comme à travers les blessures et les erreurs. Le fils prodigue est aimé infiniment. Dieu n’est pas seulement du côté de ce qui protège et résiste mais aussi de ce qui jaillit, renverse, bouleverse, du côté du printemps qui fait craquer les glaces du fleuve de la vie.


Ne vous y trompez pas, supportez mes paroles : on peut tomber dans la religion comme dans un vice. C’est y tomber que lui demander de vous dispenser de

vivre. Dieu même, faites attention, ne vous l’inventez pas comme un remède. Certes, il est appui, rocher, salut, mais non point idole, poupée mécanique docile à nos appels, ni non plus distributeur automatique. Ce n’est point la peur qui conduit au Dieu vivant et vrai mais la foi, l‘espérance et la charité. Dieu est bien le Consolateur mais non point selon la signification sentimentale du mot : il est le feu qui brûle. Pour échapper au vrai Dieu, il est fréquent qu’on se crispe sur un dieu à sa propre mesure par un tour de passe-passe mental et qu’on justifie un égoïsme transcendantal dans une terrible bonne foi qui clairement manifeste à autrui, pour peu qu’il soit éveillé, qu’on s’excite sur rien. Il y a danger à faire de la religion une compensation à la peur.


Je vous regarde, je vous écoute. Vous avez des principes, vous regorgez de convictions, méfiez-vous des convictions, elles recèlent de subtils mensonges. On boucle trop vite pour avoir la paix : une paix qu’on se donne à peu de frais. On récite, on affirme, on déclame comme on siffle la nuit en traversant la forêt. Ce n’est point alors la foi qui anime, mais la panique, le besoin de sécurité. La foi n’est pas conviction : elle est confiance. Dans conviction, il y a vaincu. La foi est appel à l’amitié . On ne se la donne pas, on ne l’a pas : elle nous possède et nous inspire.


L’adolescence rebelle, portée par la vie perçoit inconsciemment comme avec un radar la peur qui se cache sous les principes affirmés, remâchés, les convictions. En un sens, c’est signe de santé. L’aspiration à la vie joyeuse est plus forte. C’est pourquoi Dieu est aussi avec les rebelles, car il est du côté de la vie. Mettez-vous à l’écoute de la jeunesse, mes frères : par-dessous sa futilité essayez d’entendre son aspiration infinie. Vous ne l’aurez pas avec des idées ou des théories : elle exige de vous la vie surabondante, dans sa réalité : devenez charbons ardents.


Quand Yahvé veut se révéler à Moïse, il le conduit devant un buisson ardent. Je suis venu apporter le feu. L’Église de la Pentecôte commence par une mise à feu. Certes, il arrive qu’on ne voie que de la fumée. Il n’y a pas de fumée sans feu, à chacun d’être le feu.


L’Histoire de l’Humanité est inaugurée par le cri de Yahvé à Adam : Où es-tu ? Tout homme est cet enfant prodigue, l’Adam qui fuit sous le vent de cet appel. Longtemps un homme se trompe avec des espoirs, rêves, projets, bonheurs organisés, solide argent... jusqu’au dernier quart d’heure, il en vienne à jalouser les glands dont se nourrissent les porcs au moment qu’il va franchir la porte, retourner vers le Père. Car enfin l’espoir humain est imbécile et finit toujours par être déçu. Le temps vient toujours qu’on se trouve face au mur lisse. La peur n’est que calmée par l’espoir, apprivoisée pour un temps. Elle n’est domptée que par l’espérance. L’espérance commence au-delà non pas du désespoir mais de l’inespoir.


Accepter sans illusions les espoirs humains, se laisser porter par eux juste ce qu’il faut et cependant se tenir à distance, participer mais être étranger, goûter à la vie sans y coller : voilà le difficile.


Laissée à elle-même, la peur est dangereuse.

Les spécialistes disent que ce sont des contes de bonne femme et cependant, enfant, j’ai vu la scène dans un chemin creux de l’été, la couleuvre dressait la tête au dessus de ses anneaux entremêlés et dardait ses yeux sur les yeux d’un minuscule roitelet. L’oiseau s’avançait à petits sauts mécaniques vers la gueule du serpent. Il ignorait qu’il avait tout l’espace du ciel à sa disposition. Beaucoup d’êtres, fascinés sont avalés par leurs avidités, leurs agitations, mille soucis qui sont la forme secrète de leur terreur.


Au cri de la Bible : Adam où es tu ? correspond la parole de Yahvé à Abraham : Exi, sors, quitte ton pays, va dans la terre que je te montrerai. Cette parole s’adresse à tout homme pour le guérir. Quitter tes idées, tes préjugés, ta religion trop tournée vers toi-même, domine ta peur, oublie-toi. Il est toujours terrible comme au temps des hébreux de quitter une terre dans laquelle on a ses racines. On y est esclave mais l’on y a le pain et la sécurité. Passer la mer Rouge, traverser la vie durant un désert, ce n’est gai pour personne. Et cependant toute vie humaine est ce passage. Mourir intelligemment c’est consentir à être transplanté. Le baptême est cette transplantation. Tant qu’un chrétien par un mouvement spontané, ne s’éprouve point passant, éphémère, ne sait pas d’une connaissance immédiate qu’il n’a plus rien à perdre, ayant déjà renoncé à ce qui lui sera nécessairement arraché, il n’est qu’un homme à idées, à principes, à rites, l’adhérent d’un club, un phénomène social parmi d’autres qui n’impressionne plus personne depuis longtemps.


On ne devient spirituellement adulte que lorsqu’au sein du bonheur comme du malheur, franchi l’océan des vanités et des apitoiements sur soi, on commence sérieusement à vivre face à la mort.


La vie est un naufrage. Nous sommes accrochés à des épaves. Ce qui manque le plus à l’homme chrétien, c’est l’expérience du rien et l’espérance réelle. Tandis qu’une partie de la conscience moderne fait l’expérience du néant, mais d’un néant masochiste qui ne débouche que sur le vide, il arrive que le croyant se complaise dans la futilité des convictions superficielles qui ne lui sont ou qui n’apparaissent au monde que comme des protections contre la peur. Il est hors de jeu. Le vrai disciple va plus profond, passe de la transcendance scolaire et imaginaire à la transcendance qualitative, et des sentiments pieux ou des élévations complaisantes au détachement réel, à l’amour réel, il sait qu’il n’y a qu’une seule terre émergée, que la résurrection du Christ est cette terre émergée pour rassembler les naufragés. Ecclesia, Église, arche, nouvelle terre.


Au-delà de l’inespoir, la vie prend un nouveau goût, elle devient don, éblouissement, miracle et action de grâces, transparence et promesse de cet au-delà de la vie qui se tient au coeur de la Vie. Car c’est dans la vie même et non point dans une religion en marge de la vie qu’il est possible de trouver la joie. Dans la vie réelle où le pain et le vin sont transubstanciés, où la fraternité inaugure la terre nouvelle.


Nous aimerions rester immobiles. Exi, sors, dit la Vie, dit Yawhé. Nous nous retournons en arrière, nous avançons comme des crabes... Le monde n’est à ma disposition que comme une échelle pour monter plus haut. En haut seulement on peut repousser l’échelle, pas avant. Reste Jésus qui attend au sommet les bras en croix. In manus tuas... O mes chers barreaux d’échelle ! Je m’y accroche crispé, paniqué, tout en proclamant que j’aspire à la Vie éternelle.


Sans cesse les psaumes invitent à chanter : cantate, laudate, exultez, arbres, applaudissez, réjouis-toi Jérusalem. Vivre est une telle nouveauté, un tel privilège quand on sait en réalité, et non comme une leçon apprise, que la vie débouche sur l’ Éternité. Certes, le monde nous invite à chanter : mais la partition est mutilée, privée des accidents à la clef. L’Évangile nous donne la tonalité.


Vous ai-je parlé du goût de vivre. Consentez à la mort au milieu même de la vie exhubérante et vous aimerez la vie. N’allez pas vous effrayer de vos tiédeurs. Dieu ne méprise pas notre médiocrité. Comme dit Eckhart : Jamais un homme n’a demande à boire, qu’il n’ait demandé Dieu et qu’il n’y eut un élément divin en son

désir. Et à Cana, Jésus ne fait pas apporter six jarres vides mais six jarres remplies d’eau. La grâce transforme la peur en espérance.


Et n’allez pas croire si brillant l’écrivain. Il tremble aussi dans son terrier comme tout le monde. C’est sans importance. Le courage n’est jamais qu’une peur qui pousse en avant. La lâcheté une peur qui précipite en arrière. L’espérance est la peur transfigurée, toutes les peurs, celles des courageux et des lâches. Dans ma nuit sans sommeil, j’attends l’aube et sa guérison. C’est pourquoi j’ose parler sans trop de honte.


Une nuit de tristesse sans sommeil, par-dessous le tohu-bohu des radios, télés, camions et voitures, je crus entendre le battement de mon cœur. Je changeai de côté . Cette pompe en marche fait peur, on voudrait l’oublier, mais ce n’est pas cela. Sans doute une batterie quelque part, peut-être une contrebasse reproduisait le bruit sourd du cœur. Et soudain semblant naître de ces étranges tambours, ou de la contrebasse, par-dessous tout le vacarme de Paris et l’anéantissement, le chant d’une flûte s’éleva, triomphant, comme l’oiseau de l’Apocalypse en plein ciel. Bach parlait. Parfois la flûte s’effaçait puis surgissait à nouveau victorieuse, se balançait dans la nuit liquide, si ténue qu’elle semblait naître des pierres ou monter de votre propre cœur, presque inaudible. Plus tard, dans la nuit, à chaque réveil d’un sommeil haché menu, je la guettais, j’imaginais entendre, j’entendais le mouvement du cœur de tous les hommes de la ville, tandis que la flûte, (en moi, hors de moi qu’importe) inflexible, acharnée comme l’espérance, montait du cœur de la Vie, infiniment plus forte que toutes les idées. Et je souhaitais que tous les peureux et les désespérés l’entendissent dans leur nuit.


Jean Sulivan


mercredi 16 février 2022


TROIS LIVRES, TROIS AUTEURS…

À l’occasion du prochain printemps des poètes (12 mars - 28 mars), L’enfance des arbres a le plaisir de vous annoncer quelques nouveautés en rapport direct avec le thème 2022 : L’ÉPHÉMÈRE




JEAN-PIERRE BOULIC, À la cime des heures, Préface de François Cassingena-Trévedy, 110 pages, 15 €

« Un rien enlumine les Heures pour celui qui a le cœur ouvert à la reconnaissance et à l’émerveillement. Le chemin de crêtes, le chemin d’altitude qui se propose ici, n’est pas un chemin de superbe, mais, tout au contraire, un chemin de simplicité. Un chemin d’intériorité aussi, car c’est en se recueillant que l’on perçoit l’impressionnante majesté des Heures qui nous sont gratuitement données. » François Cassingena-Trévedy (extrait de la préface)

Jean-Pierre Boulic, né en 1944, vit en Pays d’Iroise (Finistère). Une bonne trentaine de recueils façonne son œuvre poétique. Celle-ci s’inscrit au cœur d’une démarche spirituelle reconnue, véritable apprentissage cherchant à ajouter de la vie bonne à l’espérance du vivant.




ALAIN VIRCONDELET, Des choses qui ne font que passer, 120 pages, 16 euros

« Le train : de ses fenêtres, tout voir et tout revoir,  tout repérer et tout noter, en devenir familier, connaître tous les arbres le long de la ligne, les villages, les champs, les animaux, les routes, les lacs, les forêts, les éoliennes, les villes aussi, croisées, quittées, et les buissons de gui et les nids aux plus hautes branches, les brouillards et la pluie, toutes sortes de pluies, les averses et les crachins, les grêles et les chutes de neige, et les saisons, les années qui passent sur les arbres, sur les villages, sur les champs, et sur les routes, sur les lacs et sur les forêts, et le train avec moi qui tranche la nuit, traverse les aubes. » Alain Vircondelet (extrait de l’avant-propos)

Alain Vircondelet est universitaire et écrivain. Biographe de grandes figures de la littérature (Camus, Duras, Saint Exupéry, Sagan, Huysmans, Rimbaud), des arts (Balthus, Picasso, Dora Maar, Toulouse-Lautrec, Séraphine de Senlis, Klimt), et de la spiritualité chrétienne (Jean-Paul II, Ste Thérèse d’Avila, Ste Bernadette, Pascal, Charles de Foucauld), il est traduit dans le monde entier.
Ami des poètes, de Guillevic avec lequel il a écrit Vivre en poésie à André Pieyre de Mandiargues qui l’a préfacé, de Tortel à Chédid, c’est par la poésie qu’il a, très jeune, préfacé par Marguerite Duras en 1972, inauguré son œuvre. Un second recueil, publié en 2006, Éloge des herbes quotidiennes, reprend les motifs qui inspirent tous ses travaux : la nature, la menace du « jamais plus », l’épreuve des douleurs, la révolte, l’émerveillement et l’admiration.
L’histoire d’un chemin de vie dont seule la poésie a pu témoigner au plus près.




OLIVIER RISSER, Etty Hillesum, un chant de vie par-delà les barbelés, 250 pages, 17 euros

Aujourd’hui encore, les pensées d’Etty Hillesum, son parcours de vie et son cheminement spirituel peuvent nous guider sur la voie de la fraternité. Chacun peut puiser dans le témoignage de cette jeune femme juive, déportée puis assassinée à Auschwitz, et se laisser inspirer par la façon dont elle répondit à la question du mal.

Dans son ouvrage La Fée de Westerbork (éditions L’enfance des arbres, 2020) l’auteur, professeur de français au collège Max Jacob de Josselin, souhaitait, grâce à une narration contée, faire découvrir Etty Hillesum à un public jeune et moins jeune : modèle, selon lui, d’espérance, d’amour et de don de soi. Il nous propose ici une étude détaillée de son journal et de sa correspondance, tout en menant une réflexion sur l’expérience du mal.

Commande et règlement à adresser à :
Jean Lavoué, L'enfance des arbres 
3, place vieille ville - 56700 Hennebont

Frais de port 4 euros pour 1 livre, 6 euros pour 2 ex., offerts à partir de 35 euros de commande 

Voir bon de commande et titres disponibles sur https://www.editionslenfancedesarbres.com















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lundi 14 février 2022

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Si tu veux fleurir au printemps, 
Fais comme l’arbre en hiver,
Assouplis tes croyances, allège ton credo,
Laisse le vent sans fin défaire tes feuillages,
Fais place nette au gel, à la pluie, aux matins,
Pactise avec le ciel,
Creuse la terre nue à même le sang de tes racines
Ou bien sois graine enfouie, dépossédée de tout abri,
Et laisse en toi, sur chaque branche, chanter l’oiseau
À claire-voie dans le soleil !

Jean Lavoué, 11 février 2015 
Vincent Munier - Photographer



















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samedi 12 février 2022

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Voici près de cinq ans, le 26 mars 2017, Delphine Horvilleur se confiait à Annick Cojean pour le journal Le Monde. Elle évoque dans cet entretien son parcours fait de rebondissements, de questionnements et de fidélité à l’appel de la vie : comment est-elle devenue, dans ce milieu de tout temps réservé aux hommes, l’une des premières femmes rabbins en France… Portrait d’une femme à la pédagogie et à la soif de transmission spirituelle contagieuses ! 


JL





Delphine Horvilleur : 


« l’époque est aux murs, aux frontières, aux certitudes, aux mondes imperméables. Et on inculque aux jeunes l’idée qu’ils ne peuvent habiter qu’un seul univers. C’est faux ! »


« Moi, toute rabbin que je suis, je ne sais pas en quoi je crois ! »


« C’est le même discours dans toutes les religions : on encense le féminin pour mieux enfermer la femme dans le rôle d’épousailles et de maternité. Et cela me désespère d’entendre aujourd’hui des gamines de 20 ans reprendre ces propos. »


« Il faut suffisamment offrir, suffisamment lester, pour permettre de prendre son envol, dans ce que Derrida appelle une « infidèle fidélité ». »



Elle est l’une des trois femmes rabbins en France. Auteure, conférencière et jeune mère de famille, Delphine Horvilleur milite pour que les religions reconsidèrent le rôle et la place des femmes.

Propos recueillis par Annick Cojean

Le Monde, le 26 mars 2017 


Je ne serais pas arrivée là si…

… si je n’étais pas passée par un ailleurs. Si je n’avais pas quitté le lieu de mon enfance et pris plein de virages, vécu en Israël puis aux Etats-Unis, entrepris des études de médecine puis de journalisme. Si je ne m’étais pas exilée de moi-même. Une phrase juive hassidique affirme qu’il ne faut jamais demander son chemin à quelqu’un qui le connaît, car on risquerait de ne pas se perdre. On dit aussi que c’est en visitant la maison du voisin qu’on comprend l’aménagement de son intérieur. Eh bien, c’est ce qui s’est passé pour moi. Il a fallu que j’aille très loin, dans tous les sens du terme, pour pouvoir explorer, interroger, revisiter mon identité. Mon identité juive.


Etait-ce un questionnement fondamental depuis votre enfance ?


Essentiel. Car j’ai grandi avec deux histoires familiales opposées. Du côté de mes grands-parents paternels, originaires d’Alsace-Lorraine, l’identité juive française est ancestrale. Mon grand-père avait une formation rabbinique mais était directeur d’école. La famille, profondément républicaine, était très attachée à la laïcité et à l’histoire de France, reconnaissante à tous ces Justes qui s’étaient mis en danger pour les sauver pendant la seconde guerre mondiale. C’était donc un narratif d’ancrage dans ce pays et aussi de confiance à l’égard de l’autre, ce non-juif qui avait été le sauveur.

Du côté maternel, c’était exactement l’inverse. Mes grands-parents, originaires des Carpates, étaient des survivants des camps de concentration, où ils avaient perdu chacun conjoint et enfants. Ils étaient arrivés en France un peu par hasard et avaient trouvé la force d’y construire une famille. Mais ils portaient un narratif de déracinement absolu, de deuil effroyable et d’impossible confiance envers le prochain qui avait assassiné les leurs. C’est entre ces deux histoires irréconciliables que j’ai dû naviguer très jeune. Héritière de deux mondes.


La confiance ou la défiance… Quelle attitude choisir ? En discutiez-vous au sein de la famille ?


Non. C’était un monde de silence. En tout cas chez mes grands-parents maternels. Ce n’était même pas un refus. C’était une impossibilité. J’ai le souvenir que, lorsqu’on débarquait chez eux, on les réveillait toujours. Ils dormaient. Telles des marmottes. Sans doute un peu shootés par les médicaments. Survivants. Traumatisés. Ils avaient reconstruit une famille sur des pierres tombales. Ou plutôt sur une absence de pierres tombales. Et moi, enfant, je n’avais de cesse de remplir les blancs de leur histoire. Et je m’imaginais que quelque chose passait entre nous, en dépit de leur incapacité à dire et de notre absence de langue commune, puisqu’ils ne parlaient que yiddish. Le lien avec mon métier actuel me frappe d’ailleurs, car l’idée de faire parler le silence du texte est au cœur de l’exégèse rabbinique.


Quelle sorte d’enfant étiez-vous ?


J’étais une petite fille mystique, pleine de questions sur le sens de la vie et sur le transcendant. Un peu ésotérique même, puisque j’étais persuadée de faire de la télépathie avec mes grands-parents silencieux, alors que ma famille était scientifique (père médecin), très rationaliste. Et puis, j’étais obsédée par ce tabou de la Shoah. Je me rappelle piquer des livres dans la bibliothèque de mes parents et lire les ouvrages d’Elie Wiesel à la lampe-torche sous mes draps. Il y avait quelque chose que je devais explorer secrètement.

Je fréquentais la synagogue, mais très tôt j’ai été dérangée par un hiatus entre les valeurs transmises à la maison, notamment l’égalité parfaite entre filles et garçons, et le discours religieux institutionnel. J’étais rebelle au discours normatif. Mais j’ai compris qu’il me faudrait apprendre à vivre avec toutes ces dissonances. C’est évidemment difficile, mais c’est la chose la plus intéressante à faire dans l’existence.


Créer des ponts entre des univers et des pensées discordantes ?


Bien sûr. Je donnais il y a peu une conférence à l’Université hébraïque, en Israël. Et, à l’heure des questions, un étudiant m’a demandé : « Comment pouvez-vous être rabbin et féministe ? » Puis : « Comment avez-vous pu être journaliste et vous intéresser à l’exégèse ? » Enfin : « Pensez-vous qu’un Etat puisse être à la fois juif et démocratique ? » Là, j’ai dit stop. Vous rendez-vous compte que vous posez en fait la même question ? Comment être à la fois là et là-bas ? Habiter un monde et un autre ? Concilier une conviction et un autre engagement ? Mais c’est ça qui est passionnant dans la vie ! Habiter plusieurs mondes, parler plusieurs langages, tisser des liens entre des univers pas toujours réconciliables.

C’est la complexité et la porosité qui me stimulent et m’exaltent. La conscience qu’il y a en moi plein d’altérités. Et le partage permanent entre la foi et le doute. Hélas, l’époque est aux murs, aux frontières, aux certitudes, aux mondes imperméables. Et on inculque aux jeunes l’idée qu’ils ne peuvent habiter qu’un seul univers. C’est faux !


Comment avez-vous trouvé votre voie ?


Je suis partie vivre en Israël après le bac, en 1992. J’avais le sentiment que j’allais y trouver une réponse à ma quête identitaire. J’allais être juive sur une terre où l’on parlait hébreu, où le calendrier était juif… Une « normalisation identitaire » en quelque sorte. Mais lorsque j’ai annoncé à mon grand-père paternel mon projet d’y étudier la médecine, il a observé un long moment de silence avant de dire : « C’est étrange, j’aurais imaginé autre chose pour toi… »


Et cela vous a déstabilisée ?


Cela m’a vexée ! J’ai eu l’impression qu’il piétinait mes rêves de jeune fille. D’autant qu’il ne m’a pas dit ce qu’il avait imaginé pour moi. Pourtant, sa réflexion fut, a posteriori, la plus grande bénédiction qu’il m’ait été donné de recevoir. Et dans les nombreuses circonstances de ma vie où j’ai douté, amorcé un virage, viré de bord, sa phrase m’est revenue, comme si elle m’offrait la possibilité d’un ailleurs. Une autorisation à sortir des sentiers battus et à imaginer pour moi autre chose. Tout m’était permis !


Vous êtes quand même partie pour Israël.


Oui. Le pays était alors en plein processus de paix, j’étais très engagée politiquement, optimiste et fervente, convaincue que les accords d’Oslo allaient marcher. Et puis tout s’est effondré, en 1995, avec l’assassinat du premier ministre Yitzhak Rabin. J’ai été foudroyée. Les attentats se sont multipliés. Toutes les semaines, le bus 18 qui m’amenait à l’université explosait. Et Benyamin Nétanyahou est arrivé au pouvoir. Que la religion ait pu nourrir ce fondamentalisme et cette violence politique a provoqué une profonde remise en cause de mon engagement. Quelque chose de ce pays m’échappait totalement. Alors, en 1997, je suis rentrée en France souffler un peu.


Et ce fut le premier virage.


C’était une période où je me cherchais beaucoup. Et comme l’écriture avait une place importante dans ma vie, je me suis tournée vers le journalisme. J’ai fait une école et des stages passionnants, y compris en Israël au moment de la deuxième Intifada. Je me suis aussi posée quelques mois au Liban pour apprendre l’arabe. Je tâtonnais, multipliant les explorations dans toutes sortes de directions. Et c’est à ce moment-là que j’ai découvert la vitalité d’une pensée talmudique créative et féconde. Et que j’ai eu envie de me plonger dans les textes. Il me fallait absolument revenir à l’étude juive.

Tandis que mes collègues de France 2 filaient le soir à leurs cours de danse ou de yoga, moi, je fonçais à mes cours de talmud. Avec une urgence qui me paraissait vitale. Je me suis alors heurtée à un obstacle qui a provoqué un nouveau virage de mon existence : mon genre ! La plupart des centres d’études parisiens auxquels je m’adressais pour faire de l’exégèse rabbinique n’acceptaient pas les femmes. C’était stupéfiant. La preuve que l’érudition féminine reste quelque chose d’extrêmement subversif dans les religions. Une femme qui pense, qui a accès au savoir, a potentiellement accès au pouvoir. C’est une question politique. Alors, on les tient à distance des textes…


Avec quelle explication officielle ?


Apologétique… et parfaitement malhonnête. On vous explique que la femme est déjà tellement élevée, spirituellement, qu’elle n’a pas besoin de cela. N’a-t-elle pas d’ailleurs d’autres choses sacrées et merveilleuses à faire, comme donner la vie ? C’est le même discours dans toutes les religions : on encense le féminin pour mieux enfermer la femme dans le rôle d’épousailles et de maternité. Et cela me désespère d’entendre aujourd’hui des gamines de 20 ans reprendre ces propos.


Comment avez-vous contourné l’obstacle ?


En partant pour New York. Et en découvrant là-bas un autre judaïsme : une pensée religieuse libérale, moderne, ouverte et créative, égalitaire entre hommes et femmes… à l’opposé de la pensée conservatrice qui est la norme en France. Tout à coup, il devenait possible à une jeune femme d’étudier le Talmud, de s’inscrire dans un schéma libéral et même d’envisager la voie rabbinique. Oui ! J’ai soudain pu verbaliser mon envie pour la première fois. « Rabbin ! » Un mot que je n’aurais jamais pu prononcer en France. Mais, à New York, toutes les pièces du puzzle s’emboîtaient, et j’ai compris que c’était ma voie.


Mais rabbin pour quoi faire ?


Enseigner et transmettre. Car j’aime infiniment ce rapport au texte et à l’étude, constamment dans l’échange. Et puis, accompagner les autres dans tous les moments importants du cycle de la vie : naissance, mariage, maladie, mort. Un rôle de pasteur.


Est-ce un métier ? Une mission ? Un sacerdoce ?


Je ne sais pas quel est le mot juste. En tout cas pas un sacerdoce, puisque le judaïsme n’a pas de dogme, et le rabbin ne fait pas vœu de quoi que ce soit. Un métier, sans doute, mais qui ne s’arrête pas aux portes ou horaires de votre bureau. Une fonction, mais sans définition précise. Certains rabbins sont avant tout des pasteurs et des accompagnants. D’autres sont des intellectuels qui continuent d’étudier. Moi, ma passion réside dans un questionnement permanent du texte, qui n’en finit pas de parler, et qui doit le faire de façon inédite par les voix des nouvelles générations.


Un texte inestimable car détenteur de vérité ?


Non ! Il nous guide, il nous verticalise, il nous élève vers plus grand que nous-mêmes. Il incite aux questions sans nécessairement apporter de réponses, mais en vous faisant grandir. Et j’aime qu’on y trouve le reflet de l’humanité, chaque génération apportant une interprétation différente. Ce n’est pas un rapport à la vérité ou à un dogme quelconque. Moi, toute rabbin que je suis, je ne sais pas en quoi je crois ! Ce qui compte, c’est l’action. Et le rite qui se transmet et continue d’être un support pour penser la complexité du monde.


Avez-vous été tentée de rester rabbin à New York ?


J’aurais pu. Mais le vrai défi, c’était de revenir ici, dans ce pays où le Consistoire, censé être l’organe représentatif des juifs de France, ne reconnaît pas les femmes rabbins. Le Mouvement juif libéral de France m’a accueillie, et j’ai intégré une grande synagogue du 15e arrondissement, en 2008, alors que j’étais enceinte de huit mois. Je me souviens d’avoir alors croisé une personnalité du Consistoire qui m’a lancé : « Bonne installation. Et bon accouchement, parce que c’est ça qui compte dans la vie d’une femme ! » Vous voyez le niveau de misogynie ? On renvoie toujours la femme à son utérus. Welcome back to France !


Il y a trois femmes rabbins aujourd’hui en France.


Oui, et plusieurs autres sont en formation. Hommes et femmes sont mélangés dans ma synagogue, et cela paraît désormais une évidence. Il arrive même que des petits garçons viennent me voir en me disant qu’ils auraient bien aimé être rabbin, mais qu’ils ne peuvent pas car c’est un métier de fille !


Le rabbinat renforce-t-il la connexion avec vos grands-parents ?


Quand j’étudie, quand je prie, j’ai en effet l’impression que le dialogue avec les générations passées est en œuvre. Mais un héritage n’est vivant que si l’on s’en empare pour le transformer. Et je ne me sens jamais autant héritière de la tradition juive et de ma famille que lorsque je fais d’autres lectures que celles qu’elles proposaient. Je souhaite à mes enfants la même liberté.

Quand on bénit des enfants dans le judaïsme, on place les mains sur leur tête en appuyant fortement. Ce geste semble signifier : « Ne bouge pas d’ici. » Mais il dit l’inverse : « Sois suffisamment lesté par ce que je te transmets pour partir au loin. » Et on leur murmure à l’oreille : « Puisses-tu être comme ce personnage de la Bible dont le nom signifie : “oublie et fructifie”. » Pour naviguer, un bateau doit lever l’ancre en étant parfaitement lesté. Eh bien, j’ai l’impression que mon travail de rabbin et de maman, c’est du lestage.


C’est aussi donner une boussole ?


D’abord du lestage. Car rien n’est pire dans l’existence que voyager léger. Sans bagage ni transmission. Il y a quelque chose d’une insoutenable légèreté de l’être. Des gens viennent parfois me voir, douloureux : leurs parents, au nom de la liberté, n’ont rien voulu leur imposer et ne leur ont transmis aucune tradition religieuse. Leur bateau n’est pas lesté, ils ne savent pas naviguer. Voilà le paradoxe : il faut donc suffisamment offrir, suffisamment lester, pour permettre de prendre son envol, dans ce que Derrida appelle une « infidèle fidélité ».


Pensez-vous être l’incarnation de ce paradoxe ?


Mes grands-parents m’ont transmis un judaïsme très fort, mais également une histoire désastreuse, une histoire lacrymale, une histoire à hurler. Et je me souviens clairement du jour où, adolescente, je me suis dit que mon judaïsme à moi ne pouvait être un judaïsme de mort. J’étais bel et bien héritière d’Auschwitz, mais je me devais d’être infidèle en inscrivant cet héritage dans du vivant.


Quel moment vous procure le plus grand plaisir dans votre fonction ?


Une fois par mois, j’invite dans ma synagogue tous les petits entre 2 et 6 ans et j’adapte pour eux un office de shabbat, avec des musiciens et des marionnettes. Comme un spectacle. Ils viennent avec parents et grands-parents mais ils s’emparent de la synagogue en un joli bordel. La quintessence du judaïsme de vie ! On prie, bien sûr, mais on imprègne aussi leur identité juive de quelque chose de joyeux et intense qui les nourrira. Ils posent des questions, ils remettent en cause les histoires, ils ont toutes les audaces. C’est une promesse de vie et de renouvellement. Mes deux plus jeunes filles sont là. Et c’est drôle : à quelqu’un qui demandait récemment à la plus jeune, qui a 4 ans, quel métier exerçait sa maman, elle a répondu : chanteuse !


Propos recueillis par Annick Cojean


Parution en livre de poche de son dernier ouvrage : « Comment les rabbins font les enfants »

Parution du nouveau numéro de la revue trimestrielle Tenou’a (dont elle est rédactrice en chef), consacré à la violence.


Photo 2019 

AFP/ARCHIVES - BERTRAND GUAY








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