Traduire

lundi 18 juillet 2022

.




Comment connaitre la joie
Si l'on n'a jamais senti passer sur soi
Le vent de la tempête ?

Comment être relevé
Si l'on ne s'est pas un jour 
Retrouvé à terre ?

Comment puiser l'eau vive
Sans avoir traversé un désert ?

Nous allons de blessures en naufrages
Par des radeaux de lumière
Qui n'auront pas de fin.

Quand nous voyons gonfler
L'ouragan de la déroute
S'ouvre en nous un passage, 
Quand nos jambes vacillent
Nous nous sentons portés 

C'est ainsi que nous goûtons
À des voies inconnues, 
Que l'amour nous submerge,
Que le ciel est complice.

C'est au creux de la vague 
Que triomphe un soleil, 
C'est quand le jour décline
Que l'étoile nous guide,
Si nous sommes à genoux
Là se dessine une Aube. 

Jean Lavoué, 17 juillet 2020 

Photo J.L. Gâvres 15/07/21 












.

dimanche 17 juillet 2022

 .





Jean-Pierre Siméon, L’intense
Par Christian Saint-Paul

À propos de Petit éloge de la poésie (Folio 2 €)

Agrégé de lettres modernes, auteur d’une œuvre poétique déclinée dans plus d’une vingtaine de livres, auteur de romans, de récits et de poèmes pour la jeunesse ainsi que d’une importante œuvre théâtrale où la poésie est toujours présente, il fut directeur pendant vingt ans du Printemps des poètes et poète associé au Théâtre national populaire. Il dirige actuellement la collection poésie aux éditions Gallimard. Il vient de recevoir le Grand Prix de Poésie de l’Académie Française.
C’est dire qu’il incarne aujourd’hui la figure du poète français.
Après ses deux essais : « La poésie sauvera le monde » (éd. Le Passeur, 2015) et « Politique de la beauté » (éd. Cheyne, 2017), il fait paraître chez Gallimard, collection folio sa haute contribution à la série « Petit éloge de... » avec un
essai incisif : « Petit éloge de la poésie ».

« Petit éloge » était le titre obligé de cette collection prestigieuse folio qui porte
la grande vulgarisation à son bénéfice le plus noble.
En réalité, Jean-Pierre Siméon, avec la fougue littéraire qui l’anime dès qu’il touche au poème, nous livre un grand éloge de la poésie et c’est ainsi que nous l’entendons.
Cet enthousiasmant plaidoyer pour la poésie s’inscrit dans le prolongement des essais antérieurs. Ce qu’il y a de remarquable et que l’on peut qualifier « d’utilité publique » dans cet éloge, c’est la clarté des propos et leur étincelante accessibilité aussi bien au public ombrageux de ceux qui ont tout lu des poètes et des commentaires savants des critiques, qu’au grand public quasi néophyte qui n’a qu’un rapport vague avec la poésie, réduite à l’émotion, et qui prend ce vague pour la poésie elle-même.

Jean-Pierre Siméon en vieux routier de la poésie connaît bien ces deux publics et leur parle d’une voix commune.
Il n’oublie jamais que le poème, même s’il est fatalement l’expression d’une pensée, est de prime abord ressenti. Mais l’émotion n’est rien sans l’esprit.
Jean-Pierre Siméon cite volontiers Hugo Von Hofmannsthal : « L’esprit déploie sa plus grande force corps à corps avec le sensible ».
Il est temps de tordre le cou aux idées reçues calamiteuses sur les poètes, perçus comme des êtres éthérés englués dans leurs rêves au mépris de toute réalité. Au contraire le poète est dans ce combat « corps à corps avec le sensible » pour précisément faire corps avec le réel.
Car c’est la langue, la parole poétique qui fait surgir le réel, effacées les trompeuses apparences.
Le réel que nous révèle le poème est l’empathie avec le monde que Georges Haldas dès 1979 nommait « l’état de poésie ». Il rejoint Georges Perros qui affirme après Hölderlin que la poésie est « une manière d’être, d’habiter, de s’habiter. »
Nous sommes bien loin de l’éloge du charmant, de l’ornemental, de la prouesse de forme qui enjoliveraient notre existence. La poésie n’est ni un divertissement, ni un raffinement.
Si, bien entendu, la poésie ne récuse pas le beau, elle va à la rencontre d’un « mouvement de conscience qui est élan vers le feu perdu de la vie. »
Cet élan, celui du voyant de Rimbaud -et c’est la lucidité et non la folie qui fait le voyant - précipite le lecteur de poème dans la gravité. Celle-ci exige un temps de latence, ce temps d’arrêt si contraire à notre société façonnée par l’obsession du résultat, de la marche accélérée des marchés.
S’évadant de cette injonction, la poésie est le lieu d’une liberté sans limites. La poésie qui cherche un « ailleurs » dans la parole et n’est jamais ce que l’on croit, est en perpétuelle métamorphose.
La poésie est révolutionnaire par nature. La parole poétique nous détourne de la monosémie - la langue uniforme prônée par les médias et d’une façon générale par toutes les forces du pouvoir - pour la polysémie, langue où les mots ont une multiplicité de sens. La poésie est donc le retour à la vie de la langue, elle est même la seule langue vivante, insiste Jean-Pierre Siméon.
En 1979, l’année où Georges Haldas publiait « L’état de poésie », un autre Suisse Charles Ferdinand Ramuz faisait paraître « La pensée remonte le fleuve », livre qui dénonçait, entre-autres, le conditionnement massif : « Les bourgeois lisent leur journal et leur éternelle duperie est de prêter aux choses très exactement l’importance que leur journal leur attribue. »
Plus tard, en 2015, un autre poète Jean-Pierre Siméon reprendra la même constatation dans « La poésie sauvera le monde » : « Telle est la supercherie de nos démocraties : elles tiennent le citoyen informé comme jamais mais dans une langue close qui, annihilant en elle la fonction imaginante, ne lui donne accès qu’à un réel sans profondeur, un aplat du réel, un mensonge. »
La poésie nous prémunit du mensonge commun.
Mais le poème ne perd rien de son mystère et tient en échec la raison.
Expliquer le poème c’est, rappelle Jean-Pierre Siméon, comme s’en moquait René Daumal être « explicateurs d’explications ». Yves Bonnefoy a dénoncé
cette prétention : « Le lecteur de poésie n’analyse pas, il fait le serment à l’auteur, son proche, de demeurer dans l’intense. »

Christian Saint-Paul










.

vendredi 15 juillet 2022

 .





Poursuis dans la voie
Du simple,

Creuse où se trouve
La lumière,

Écris sur la vie
Qui te fait arbre,
Qui te fait ruisseau,

Épouse l’air
Avec l’hirondelle,

Consens aux grands espaces
Qui t’ont vu naître,
À cet amour né de la terre,

Délivre-toi de tout ce qui n’est pas
Ce sacre de l’instant,

Cette germination 
À l’horizon du cœur.

Jean Lavoué, 12 juillet 2022
Photo Café/Pixabay










.

jeudi 14 juillet 2022

 .





C'est en perdant ses appuis
Que l'on apprend à marcher. 

Nous avançant dans la nuit,
Nous allons déjà vers le jour. 

Quand plus rien n'a de sens,
Scintille en nous l'étoile du matin. 

Tout savoir devenu inutile,
Nous pouvons naître au poème. 

Nous approchant du mystère,
Nous devenons comme des enfants. 

Alors que tout nous échappe,
Nous nous sentons rejoints. 

Manquant notre cible,
La flèche de l'amour nous atteint en plein cœur. 

Si nous sommes perdus,
S'ouvrent en nous des clairières de joie. 

Lorsque le monde vacille,
Un autre avenir se dévoile. 

Manquant d'assurance,
Nous nous fions à l'inconnu qui vient. 

Jean Lavoué, 13 juillet 2021











.

mardi 12 juillet 2022

 .






Tu te dois d’être bref
Pour dire la racine au présent,

Éprouver le poids sacré
De la pierre,

Épouser l’île au loin
Et ses falaises blanches,

Te faufiler dans le sable du chemin
Avec le lézard,

Guetter dans les ronces  
Le fruit du mûrier,

Écarter tout mur
Entre le réel et toi,

Marcher d’un pas tranquille
Sur les traces du royaume,

Écouter en toi
Battre le cœur du monde .

Jean Lavoué, Gâvres le 9 juillet 2022
Photos JL







.

samedi 9 juillet 2022

 .





En tout brin d’herbe frémissant,
En tout sautillement d’oiseau,
En tout arbre silencieux, 
La signature du Vivant
Dont nous devenons
À force de regard,
À force de patience,
Les poètes  éblouis.

Nous n’avons d’autre demeure
Que ce royaume sacré 
Pour apprendre à devenir plus humains, 
Aussi pauvres que le vent,
Aussi orientés que la fleur vers le soleil du matin,
Pour nous enrichir de nos différences,
Commencer à nous comprendre 
Et à nous aimer. 

Chacun de nous garde en lui
Le feu secret, le noyau et la clef
De cette terre qui nous porte 
Et dont nous sommes les hôtes 
Gracieusement accueillis ;

Dans la prodigieuse bonté
Dont elle est tissée, 
Elle nous a créés comme le miroir
De son amoureuse énergie,
Le ciel où elle s’accomplit,
La prunelle de ses yeux :

Comment ne pas la respecter 
Et la protéger de tout notre être ?

Jean Lavoué, 7 juillet 2022
Photo qimono/Pixabay 


















.

vendredi 8 juillet 2022

 .




                                à Axel Khan 

Nous glanerons
Des fleurs d'avenir
Aux racines de l'espérance ;
Sous aucun prétexte
Nous ne rebrousserons chemin. 

Nous élaguerons les eaux vives
De nos larmes,
Nous arpenterons
Les sentiers du vent. 

Escortant le cortège des fougères,
Nous connaîtrons l'ivresse des écluses ;
Les arbres resteront jusqu'au bout
Nos bâtons de jeunesse ;
Sous nos semelles pour toujours
La trace des chemins. 

Jusqu'aux falaises de l'inconnu,
Nous garderons la joie ;
Franchissant des limites,
Nous ne faiblirons pas. 

Nous serons en partance
Vers le présent dont nous sommes,
Nous franchirons les parapets
De nos dernières digues
En offrant le bouquet
D'une vie accomplie.

Jean Lavoué, le 7 juillet 2021, photos : Axel Kahn (disparu le 5 juillet 2021) et chemin du Hingair (Hennebont) JL 7/07/21








.

mercredi 6 juillet 2022

 .




Les mots ont trop servi,
Leur peau s’est usée,
Le sens s’est perdu ;

Nous allons parmi les ruines
De signes obscurcis
En quête d’un indice
Qui nous consolerait. 

Nous cherchons un sol ferme,
Un rocher fraternel,
Une demeure pour le souffle,
Un silence habité. 

Mais il nous faut marcher,
Aller toujours plus loin,
Sans ombre secourable,
Sans pierre où se poser.

Nous avons vraiment soif 
D’une parole nue
Ou d’une épaule amie,
Pour nous désaltérer

Mais c’est en tâtonnant,
En perdant nos appuis,
Que le chant se dévoile,
Que la voie s’éclaircit. 

Ainsi, veillant sur elle,
Nous préservons la source
Et l’aidons simplement
À ne pas s’éteindre en nous.

Sur nos chemins nomades
Nous sommes confirmés 
Et sans nous retourner 
Nous recevons la flamme,

L’indicible lumière 
Du matin accompli.

Jean Lavoué, 4 juillet 2022
Photo SplitShire/Pixabay









.

mardi 5 juillet 2022

 .




Sais-tu que marcher simplement
Peut suffire à sauver le Poème en toi
A lui donner son rythme
Ses brusques éveils
Son glissement de pas
Ses arrêts sur un fil
Son élan furtif

Sais-tu qu’une maison peut abriter
Tous les sentiers de la forêt
Tous les rivages de l’océan
Tous les secrets de l’univers
Tous les oiseaux du cœur 
Qu’elle peut laisser grandir tous les soleils de l’âme

T’avancer silencieux 
Tel un funambule un livre à la main
Avec souplesse et légèreté
Lenteur et gravité
Peut devenir à l’instant même
Ta danse lumineuse
Ta liturgie sereine
Ta fugue matinale

Lorsque d’une écriture fine
Tes pieds caressent la terre telle une étoffe végétale
Mille fleurs apaisées chantent dans ta mémoire

Sais-tu qu’en te laissant ainsi tirer
Par les mots qui te cherchent
Héler par les images de ton ciel intérieur
Tu franchis l’espace ouvert de ton propre risque
Tu lâches tout tu rends grâce à la nuit
Et tu t’attaches à l’essentiel

Jean Lavoué
www.enfancedesarbres.com

Ces encres et couleurs sur papier sont, respectivement, celle de gauche de Gao Jianfu, Poète du Sud, 1932 ; et celle de droite de Chen Shuren, Oies sauvages et roseaux, 1928 (L'Ecole de Lingnan © Hong Kong Museum of Art)

















.

dimanche 3 juillet 2022

 .






La joie,
Ce soleil fugace
Qui embrase le monde
Tel un bouquet d’amour
Dont la brûlure demeure.

JL 3 juillet 2023

Photo : Oum Khalsoum, la Petite Egyptienne, Sabine Weiss
"Je faisais un reportage sur les Coptes à Louxor, en 1983. Cette fillette jouait avec des amis. Elle rayonnait, si belle et si libre, les cheveux au vent. L'an dernier, deux journalistes m'ont demandé mes planches contact. Ils ont retrouvé le mari de cette jeune fille, décédée maintenant. Elle s'appelait Oum Khalsoum et avait eu cinq enfants."
Sabine Weiss (Ouest-France, 3 juillet 2015)













.

vendredi 1 juillet 2022

 





Accorderons-nous nos nuits
Aux fragments d'aurore 
Enfouis dans les carrières du silence ? 

Faut-il donc, pour vivre,
Nous réconcilier d'abord
Avec l'ardente blessure,
Apprendre à faire de la mort un soleil ? 

J'apprends à caresser avec tendresse
Ces déchirures d'où jaillit
L'éclat fulgurant du deuil. 

Sous l'écorce des arbres
J'écoute triompher la sève :
L'avenir y traverse tant d'hivers
Avant de s'offrir ces printemps souverains ! 

Les mots, je les sème
Comme de petits cailloux blancs
Parmi les ronces du chemin.
Certains y reconnaîtront peut-être à leur tour
La chance d'un passage. 

Avant de nous effacer,
Ne sommes-nous pas là pour indiquer aux autres un chemin,
Sûrs qu'à leur tour, ils trouveront la brèche ? 

Nous héritons tous de passants vulnérables
Qui ouvrirent pour nous des voies.
Sans connaître le but,
Ils nous firent pourtant le cadeau
De leur absence lumineuse. 

Grâce à eux, je sais où nous allons
Et je sème à mon tour
Des graines pour la joie. 

Jean Lavoué, 28 juin 2021
Photo JL mai 2021



















.
[URL=http://www.compteur.fr][IMG]https://www.compteur.fr/6s/1/6057.gif[/IMG][/URL]