Traduire

samedi 28 février 2009








J'étais donc assise sur cette pierre, comme d'habitude.
Il devait être à peu près dix-neuf heures,
c'était autour du 8 août,
j'avais quitté la maison cinq ou six minutes plus tôt,
c'était donc le tout début de ma sortie.
Pour la énième fois de l'été, je commençais à regarder le paysage
quand soudain, face à moi, à moins de trente mètres en contrebas,
un buisson s'est illuminé et s'est mis à me parler.
Aussitôt, j'ai été vivement saisie et ravie.


En fait, il s'agissait du feuillage dense d'un jeune hêtre
dont la frondaison dépassait seule du talus.
Il s'alluma d'un coup,
mais avec une douceur à tomber de joie.
Il jouait de la lumière, voilà,
comme un piano joue de la musique.

C'est ainsi qu'il me parlait.
Je ne saurais répéter ce qu'il me disait,

mais tout le temps où cela dura
(plus d'une heure, mais je ne voyais plus passer le temps),
je l'entendis, aux deux sens du verbe.

Alina Reyes
Lumière dans le temps





.

jeudi 26 février 2009









Il y avait donc
dans l'impossible
un passage





.

mercredi 25 février 2009









Et si le vent
trace un jour un chemin
dans l'eau de ton regard

Suis le vent

Accomplis sur la toile
l'ultime baiser des yeux
à la lumière





.

mardi 24 février 2009









Sauras-tu peindre
un tel mystère

A peine visible
à peine entrevu





.

lundi 23 février 2009









Tu ne le sais qu'après
que l'obscur
illumine





.

dimanche 22 février 2009









Imagine la toile achevée
ses couleurs
et ne te presse pas trop
de fixer le dessin





.

samedi 21 février 2009









Epouse l'instant bref

Exulte dans le passage





.

vendredi 20 février 2009









Peut-être qu'un oiseau blanc
à la joie insolite
te conduira un jour
loin des voix et des rires
vers un long silence clair





.

jeudi 19 février 2009









Puisses-tu devenir silencieux


léger
à l'aplomb du jour





.

mercredi 18 février 2009









Tu devines
à l'aisance du souffle
qu'une porte est franchie

La joie est traversière





.

mardi 17 février 2009









La trace est sûre
si tu renonces
à toute connaissance

Chaque seconde scelle l'éternité





.

lundi 16 février 2009









Tu ramènes parfois
de tes ballades dans le silence
des parcelles de nuit
beaucoup plus lumineuses
que le jour

L'inachevé du regard





.

dimanche 15 février 2009









Si tu savais te taire
où et quand il faut
tu deviendrais complice
tu saurais le chemin





.

samedi 14 février 2009









Nous faudrait-il
écrire d'un autre pas
allonger la marche
ne rien dire aux passants

Indiquer seulement
qu'il existe un chemin
une route dans le soleil





.

vendredi 13 février 2009









Partout la mer
en ce pays
qui fait battre si fort
le pouls tremblant des rivières

La mer musicienne
arrimée aux nuages

La mer
étrange et familière
qui caresse nos terres

La mer
toujours prochaine
horizon sans partage





.

jeudi 12 février 2009




Eglise de Saint-Jean Brévelay
où vécut Eugène Guillevic enfant






Apprends à recevoir la vie
comme ne recevant pas
à donner
comme ne donnant pas

Deviens l'inspiré
de ton souffle

Le navigateur étonné
des marées de ton âme

Et ne retiens pas la force
dont tu nais






.

mercredi 11 février 2009









Sans nulles voies
ta voie

Sans nuls chemins
ton chemin





.

mardi 10 février 2009









Seul sera perdu
ce que tu n'as pas donné

Ecris
pour élargir l'errance

Tant de ciels encore
à sauver





.

lundi 9 février 2009






L’œuvre de tes pas
s'accomplit
au plus près de toi

Sois pour toi
un ami

Sans certitude
et chaque jour
plus vrai






.

dimanche 8 février 2009









Vivre

Ce que tu appelais vivre

S'être laissé mourir
dans la terre
des pressentiments

Avoir osé germer





.

vendredi 6 février 2009

jeudi 5 février 2009









Les oiseaux
ramènent de la mer
des gestes blancs

Il restera toujours
à la fleur
un passage





.

mercredi 4 février 2009









Main
première à consentir

A prendre le chemin





.

mardi 3 février 2009









Sauras-tu partir
si nul lointain
ne fertilise ton pas





.

lundi 2 février 2009









Fondés
sur la pierre du silence

Conduits
sans boussole
par le seul vouloir des nuits

Réconciliés
avec les traces
en nos déserts





.

dimanche 1 février 2009









Dans mon pays
les pierres célèbrent
la maison

Les arbres
chantent la lumière

Les fleurs
épousent la terre

Les oiseaux
peignent leur joie

Le ciel
accompagne

Chacun devenant
pour soi-même
un ami





.

samedi 31 janvier 2009









Un jour
un étranger peut-être
ouvrirait d'autres voies
dans la mémoire des justes

Ancré
dans la parole

Parlé
par ses silences

Toujours
en mouvement

Inclassable

Libre





.

vendredi 30 janvier 2009









D'autant plus disponible
que tu as trouvé en toi
le chemin
qui rend possible tout chemin





.

jeudi 29 janvier 2009









Peux-tu rêver oeuvre
qui t'appauvrisse davantage
te rendant plus vulnérable
exposé à tout passant





.

mercredi 28 janvier 2009









Sauras-tu retrouver
cette poignée de disciples
de boiteux
de pécheurs
dont il fit son domaine





.

mardi 27 janvier 2009









Essaierais-tu de marcher
à l'ombre de son pas
tu perdrais bientôt toutes traces
tant il te porte dans sa lumière





.

lundi 26 janvier 2009









Aucune certitude
n'éteindra jamais
notre foi
gravée d'absence





.

dimanche 25 janvier 2009




Le vent parle,
l'eau parle,
les feuilles des arbres parlent,
les corps enflammés parlent,
comme parlent les traces d'animaux
dans la terre ou la neige,
les arcs dans le ciel
et les livres.

Alina Reyes





La rencontre imprévue
donne raison à ton errance

Elle inverse les heures
Elle assigne ton jour

Elle te fait dire
que tu n'as pas déserté en vain





.

samedi 24 janvier 2009






Les silences du passant



à René Lemay
passant fraternel





Il est des êtres
qui donnent leur confiance
sans compter
ni chercher à savoir
où mène le chemin

Il arrive alors parfois qu'ils se trouvent
en pure perte







.

mardi 20 janvier 2009









Lorsque tu te tiens
A la lisière des choses,

Patient avec toi-même,
Témoin détaché,

Tu vois grandir le jour
Qui ne t’est jamais refusé.





.

lundi 19 janvier 2009


Chili, janvier 2009






Demeure près des sources,
Deviens leur messager !





.

dimanche 18 janvier 2009


Pérou, janvier 2009

Un arbre solitaire
est assez grande invitation
à croire en soi-même

Jean Sulivan
Bonheur des rebelles





Ce que tu tins pour sûr,
Socle, territoire conquis,
Pourquoi cela s’effrite un jour ?

La nature est plus forte
Que ce que tu construis,

Sauf l’âme partagée !

L’arbre,
C’est de l’amour durable,

Une présence enfin tue
Plus forte que l’absence,

C’est de la vie reçue
Qui n’en finit pas
De se donner !





.

samedi 17 janvier 2009


Pérou, janvier 2009, Claire et Joseph







Ce qui sans toi
Ne serait pas
Mais qui, en deçà de toi,
Demeure,

Ce jardin
Qui ne fut jamais perdu,

Cet arbre
Dont tu n’as jamais
Goûté le fruit,

Ces pas dans l’allée
Qui ne voulaient
Que ton bonheur,

Ce matin
Où tout respire
D’une joyeuse nouvelle.





.

vendredi 16 janvier 2009









D’où chante la parole
Réveillant tout à coup
Le poème ?

Peut-être que l’alliage des mots,
Leur timbre silencieux,
En précèdent la musique.

Et nous portons comme une énigme
L’orchestre silencieux
Qui nous ressuscite !





.

mercredi 14 janvier 2009









Seule l’expérience
Te fait goûter
Aux sources,

Seule l’expérience
Te fait aimer la vie
Qui veut en toi se dépasser.

C’est lorsque tu habites vraiment
La demeure du silence

Que ta vie a le goût
Du sacrement donné.





.

mardi 13 janvier 2009









Tout ce qui fut chanté demeure
Dans l’arbre de ton silence,

Tout ce qui fut aimé !

Là où les voix se turent,
Elles gardent l’étincelle
De l’éclatante simplicité.





.

lundi 12 janvier 2009









Comme neige et pluie
Descendent des cieux sur terre
Et n’y retournent pas
Sans l’avoir fait germer,

Ainsi le silence
Te couvrant de son ombre
Ne s’effacera pas de ton cœur
Sans l’avoir fécondé !






.

samedi 10 janvier 2009









Ce travail quotidien
Où chacun avait sa part,

Cette patience déchirée
A force d’espérer,

Cette naissance
Que l’on osait quand même
Du bout des lèvres,

Cet avenir qui surgissait
De ses chemins de terre,

Cet humus essentiel,
Cette manne consacrée !





.

vendredi 9 janvier 2009









L’écriture te déplace
Et tu ne le sais pas !

Les mots font signe,
Tremblants sous l’écorce,

Promesses de feuilles,
Désirs d’oiseaux.

Tu veilles jalousement
Au silence qui les protège,

Complice du corps obscur
Où naissent des fleurs de joie.





.

jeudi 8 janvier 2009









Comment goûterais-tu
Au feu des saisons
Si tu oubliais le foyer secret
Où tu te sens capable de te perdre,

Dans l’ardeur de l’été
Comme dans les craquements du gel !

Lâché dans l’inconnu,
Et pourtant sans cesse retrouvé,

Par cette force même
Qui te dit simplement d’exister !





.

mercredi 7 janvier 2009









Plus tu t’avances
En terres dénudées,
Plus le poème
Te paraît improbable,

Cadeau inespéré.

Tu chemines avec lui
Comme un enfant
Qui nommerait le monde
Pour la première fois,

Ignorant l’infranchissable
Que dès lors il désigne,

Croyant pourtant s’en approcher.





.

mardi 6 janvier 2009









S’il n’y avait
Ces chemins tracés dans l’inconnu
Où apprendre chaque jour à te perdre !

S’il n’y avait ces silences
Où te tenir comme un noctambule
Sur le fil ténu de ton errance !

S’il n’y avait ces instants suspendus,
Hissés tout en haut
Du mat des solitudes !

Comment épouserais-tu au fond de toi
Comme un vide étoilé
L’ardente gratuité ?





.

lundi 5 janvier 2009









Tu t’enfonces dans la parole
Comme en une forêt
Qui serait privée d’arbres,
De racines,
Mais les inventeraient à mesure.

Les mots
Tu les voudrais lavés
Dans les ruisseaux de l’origine,

Capables
De la plus haute simplicité,

Trempés dans l’humus
D’une joie.





.

dimanche 4 janvier 2009









A nouveau la maison vide
Pour que tu l’habites pleinement,

Avec ses croisées silencieuses
Pour contempler le ciel.

C’est quand ils s’attardaient au désert
Que les chemins de fête
Etaient les plus beaux.

Et la solitude
C’est tout au fond de toi
Qu’il te fallait la changer
En bouquet.





.

samedi 3 janvier 2009









Délivrer les sources,
célébrer les silences
et leur ouvrir les ailes,
crier la vie muette, timide, désarmée,
ameuter les rêves,
marcher dans le fil du jour,
maintenir le cœur sur le cadran solaire,
divulguer l'amitié,
créer dans la torsion de l'être,
ravir le secret vital.

Colette Nys-Mazure





.
[URL=http://www.compteur.fr][IMG]https://www.compteur.fr/6s/1/6057.gif[/IMG][/URL]