Traduire

mercredi 10 septembre 2008









Tu découvres pas à pas
Que les jours ne rajoutent rien aux jours
S’ils ne simplifient pas la vie !

Que tu aurais beau durer mille ans,
Tu ne serais pas plus près pour autant
De Celui que ton cœur cherche ?

Tu apprends à entrer
Dans cette préférence
Pour le son juste et pur.

Que de voix en toi à faire taire,
Que de bruits à éclaircir,

Avant que tu n'entendes peut-être un jour
Jusqu’à la cime
Le frémissement d'un brin d'herbe

ou d'une feuille
Effleurant tes racines !





.

mardi 9 septembre 2008





Dans l’épaisseur des jours
Je trouve encore la fine pointe de ta voix,
Silencieuse pourtant depuis longtemps.

Je me laisse guider
Vers le peu que j’ai compris
Lorsque le temps pour toi s’est simplifié.

Cette hécatombe blanche
D’où le chiffre a surgi
Préfigurant soudain la chute
Des derniers pétales de roses.

Qui pouvait le promettre,
Qui pouvait l’inventer,

Cet instant que nos pauvres signes
Suffisent pourtant à laisser grandir
Dans un souffle palpable d’éternité ?






.

lundi 8 septembre 2008









Nous avons quitté les rives sûres,
Nous allons vers des fêtes
Plus étranges et plus belles.

Plus rien de ce que nous connaissions,
N’est digne de nous indiquer le cap.

Nous allons vers des œuvres inconnues
Où l’anneau de la nuit nous conduits.

Nous dresserons la table
En des temples incertains,
Provisoires demeures
Par des voies de traverse.

Nous n’aurons d’autre guide
Que ce chant silencieux en nous,
Et nous tiendrons nos pas
A son rythme, enlacés.





.

dimanche 7 septembre 2008




Où l'esprit ne déracine plus
mais replante et soigne,
je nais.

Où commence l'enfance du peuple,
j'aime.


René Char
La Parole en archipel






Sur cette mer de roseaux,
Tu cherches un signe,
Une ouverture,
L’abord peut-être d’un seuil vainqueur ;

Mais tu dois te contenter
De l’assurance secrète
D’un pauvre arbre égaré
Qui cherche à dire en s’écartant
Peut-être seulement le vent,
La lumière qui le traversent,

Sans connaître l’alphabet,
Ni la carte des nuages,
Ni les rives inconnues,
Ni les chemins noyés,
Ni même l’horizon de ces vastes marais,

Sans savoir tout au fond
S’il y a d'autres ports !







.

samedi 6 septembre 2008










Jour de tempête à St-Nazaire,
Je rentre ce soir par la Brière.

Je fais escale
Dans le petit port funambule
De l’île Fédrun.

A St-Joachim,
Je franchis le pont
Réservé aux riverains.

Je saute la barrière,
Je laisse derrière moi
Les maisons vides de l’embarcadère.

J’entre de plain-pied
Dans ce pays de biefs,
De joncs, d’astres, de chevaux,
Roulé par les averses.

Je tourne le dos aux pierres.
J’entends la voix du temps
Qui me tire en arrière.

Il souffle dans mon dos
Un vent de sable orphelin :
Est-ce sur mon épaule
Tout à coup la main d’un frère ?

Mon cœur prête l’oreille
Au pas distinct qui monte de la mer.





.

vendredi 5 septembre 2008









La voix posée en toi,
Toujours sur le point d’agiter les ailes,
Et cependant tranquille
Et calme,

Prête pour le chant
Et le silence,
Assurée de son vol
Comme de son repos,

Disposée au jour ou à la nuit,
Vidée de tout savoir
Sur elle-même,

Capable aussi bien de dire
Que de taire,
Secrète et bien visible
Comme la lampe d’un visage.





.

jeudi 4 septembre 2008









O ce chant silencieux,
Ces branches déployées,
A qui l’adressais-tu,
Quelle voix te répondait ?

C’était prière nue
Pleine d’écorce et de racines,
De trouées vers le ciel,
Même les nœuds chantaient !

Tu étais là présent
Sans but, sans impatience,
Sans désir de bouger,

Seul le vent calmement
Te montrait le chemin,
Ne sachant pas lui-même
La force qui l’emportait.





.

mercredi 3 septembre 2008









Tu écris dans cette odeur d’humus,
Avec ce geste d’enfouissement,

Pour que le mot pourrisse
Et donne vie en même temps.

Autre est la main qui caresse l’épi,
Autre celle qui console le grain.

Mais un seul cœur palpite
A la verticale du temps.

Tu crois à la présence du germe
Que tu ne vois pas.





.

mardi 2 septembre 2008









Comment, si tu n’apprivoisais
Le pauvre en toi,
Le mendiant qui te supplie d’entrer,
Franchirais-tu la porte ?

Lui, nul ne l’a jamais vu
Mais cette part en toi
En manque d’infini,
Sensible au moindre souffle,
Ouverte sur l’inconnu,

Ne porte-t-elle pas le sceau
De l’homme, ton frère,
L’empreinte de sa voix,

Ne te conduit-elle pas
Par-delà le seuil
Dans l'éclat de Son visage ?





.

lundi 1 septembre 2008








Qu’un amour te précède
Comment pouvais-tu en douter,

Tourmenté par l’ombre de toi-même,
Comment pouvais-tu l'oublier ?

Mais l’inclinaison du ciel
Vers ton feuillage,
Le vent sur ton épaule lourde,

Cette grande arche étoilée,
La nuit sans un murmure
Pour t'apprivoiser,

L’eau bienfaisante des saisons,
Et ces bruissements d’ailes,
Et la douceur des nids !

Que fallait-il pour que le chant t’atteigne,
Et cette vie qui partout exultait ?










.

dimanche 31 août 2008









La grâce des premiers mots,
Comme une apparition furtive
Entre les herbes de ton regard.

Tu te tiens prêt,
Ne percevant souvent
Que cette ondulation fine des sons
A perte de vue.

Comme un miracle de la lumière
Qui tarderait à se produire.

Et tu as beau écouter de tout ton souffle,
Tu ne perçois que le frôlement
D’une indicible attente.

Comme s’Il pouvait ne pas surgir un jour
De nulle part !

Alors que tu sais,
D’une assurance invincible,
Qu’Il tiendra promesse !

En dépit des nuits, des ombres,
Des pluies,
De toutes les saisons obscures,
Il viendra !

Il percera de l’éclat de sa présence
Le flanc ténébreux de ton sommeil !





.

samedi 30 août 2008








Cette parole indicible
Que tu t’évertues pourtant à extraire
De la roche la plus dure en toi,
Usée aux torches du silence,

Epousant ses veines
Le front posé contre son front.

Et tu creuses impassible
Vers les racines du ciel.

Tu déchiffres un à un
Les papillons de l’ombre
Jouant à la marelle
Sur l’estampe du cœur ;

L’âme en filigrane,
Guettant le moindre souffle
Qui signalerait la faille,

L’abîme
Où pourrait s’engouffrer la voix,

Le murmure tout au fond
Guidant ta main
Vers une clarté plus sûre.







.

vendredi 29 août 2008









La part obscure,
La part refusée,
La part blessée,

Voilà celle qui est devenue en toi
La part bénie.

Nulle autre voie
Pour que Sa voix
Se mêle à ta voix !

Tout au fond de l’absence,
L’indicible entrevu.





.

jeudi 28 août 2008









L’icône au milieu des bois,
Le feu qu’elle cache,
Son chant
Qui l’a entendu ?

Entre cendres et parole
Tu choisis la flamme qui dure,

Tu te tiens en silence
Contre l’arbre immobile,

Tu cherches le chemin qui s’ouvre
Et la clairière,

Sachant très bien les traces
Que tu portes en toi.





.

mercredi 27 août 2008









Le vieil arbre
A plus à nous apprendre
Que tous les livres de la terre,

A moins que l’écorce
Elle-même ne se souvienne
De la voix qui écrivait

A même
Les battements du cœur.

Fils du vent et des étoiles,
Il efface comme nous
Les feuilles endormies,

Frémissant
Jusqu'à la souche,

Pressentant de si loin
L’annonce d'un printemps.





.

mardi 26 août 2008









Où résonnera en toi aujourd’hui
L’appel le plus vulnérable,

Où se fera l’atteinte
La plus douce,
L’éclat le plus pur,

En quel visage défiguré
Entendras-tu chanter la joie secrète,

Qui sera pour toi le pauvre
Par qui se révélera
L’indicible que tu cherches ?

Et toi, deviendras-tu un peu plus
Cet humble qui appelle ?





.

lundi 25 août 2008







Choisir chaque matin
Le chemin qui se donne,

L’emprunter vraiment,

Sûr qu’il n’est pas d’autre lieu
Pour la parole,

Pas d’autres branches
Pour le poème,

Pas d’autres feuilles,
Pas d’autres nids,
Pour les oiseaux
Que tu emportes !





.

dimanche 24 août 2008






Creuse
Au milieu de tous ces bruits,

Creuse en eux
comme on creuse dans la terre,

Creuse pour y faire un trou,
Pour t'y fixer un centre

Que tu rempliras de silence,
De ton silence.

Crée du silence.


GUILLEVIC







Tu crois à la parole
Qui te fut dite.

Tu écris pour le pauvre
Qui supplie
Tout au fond de ta nuit.

Tu accomplis les gestes,
Tu noues le tablier
Autour de tes reins.

Aucune blessure,
Aucune cicatrice
Qui ne soient consolées.

La voix qui parle dans tes mains
Est celle que tu reçois.






.

samedi 23 août 2008








L’humus de ta parole
Contribue à créer le monde.

Même si elle permettait
A un seul arbre de grandir
Elle accomplirait sa voie,

Elle serait fidèle au souffle
Qui te la donne.

C’est pour accomplir l’humble chemin
Que tu progresses pas à pas
Dans la forêt des signes,

Confiant dans l’élévation des branches
Sûr du mouvement d’ascension de la vie.

Croire en soi comme on croit au ciel
D’une foi qui sauve !







.

vendredi 22 août 2008









Ce sont ces mots à ras de terre,
Mottes de ton indigence
Que tu cherches :

Touffes d’herbe, cailloux,
Grains de sable
Posés à même la table
Où tu écris.

Tu les caresses
Comme le pain que l’on crucifiait autrefois
Avant de l’ouvrir
D’une pointe tendre.

Ton poème est la nudité même
De cet amour
Qui se rend
Mais n’abandonne pas.






.

jeudi 21 août 2008






Ce matin
Quel ange t’a parlé ?

Ne crois-tu pas
Qu’aujourd’hui encore
Le sacre s’accomplit ?

A quoi bon le Livre
Et tous les poèmes inspirés
Si ce n’est pour laisser venir en toi
Le oui,

Pour laisser monter à tes lèvres
Le mot qui enchante ta vie !






.

mercredi 20 août 2008




Les oiseaux épient plus longtemps
qu'ils ne picorent

Et de nouveau je demeure
immobile

Votre reproche de perdre du temps
je le repousse

Le silence s'amoncelle autour de moi,
terre pour le poème

Au printemps nous aurons
des poèmes et des oiseaux

Reiner Kunze






Les mots que tu égrènes
Sont rares
Comme prières
Trop tôt envolées.

Ceux que tu croises
En chemin,
Racine, gravier,
Feuille ou libellule,
Tu les mâches,
Tu les pénètres,
Tu en extrais le jus,
La sève enivrante.

Les mots te sont donnés
Comme le pain du jour,
Compagnons des nuits
Vin des longues traversées,
Amis des grands silences.

Tu graves leur déroute
Sur la paume des années,
Passeurs familiers,
Passagers de ta joie.





.

mardi 19 août 2008






A nouveau à ton poste
Aux abords de la nuit
Pour tendre ton filet
Vers les étoiles ;

Sûr de ne récolter qu’une maigre moisson,
Mais confiant dans la parole
Qui clignote au fond de toi,

Et qui te dit d’essayer encore,
De ne croire qu’aux mailles
Que la force du ciel déchire,

Et de ne rien céder
A ce temps perdu
Où tu reconnais ta vie
Au clignement d’un signe.







.

mardi 29 juillet 2008





La feuille
Amie du silence

Laisse le vent
Parler pour elle.



GUILLEVIC







*

lundi 28 juillet 2008







C’est la parole
Sur le point de se taire
Que tu voudrais saisir,

Son sillage :

Perle, filet, poisson,
Ou encore levain, semence,
Arbre, nid.

Tu cherches l’île au fond,
Et le passage secret
Que tu empruntais quelquefois
A pied sec,

Le livre posé sur le cœur,

Ce poème qui parlait d’un royaume
Tandis que les oiseaux de mer,
Au fond de toi
Triomphaient.




*

samedi 26 juillet 2008







Comment nommer cet espace intangible
Où toutes forces convergent ?

Clairière,
Si cela ne s’ouvrait aussi
Sur les racines !

Eclaircie,
Si cela ne prêtait
Main forte aux nuages !

Respiration,
Si cela ne mettait parfois si longtemps
A reprendre souffle !

Lumière,
Si cela ne surgissait
D'une marée obscure !

Fine pointe de l’âme,
Si cela ne se mêlait
Aux choses les plus ordinaires !




*

vendredi 25 juillet 2008







Nomade,
Comme si tes pères
Ne l’avaient pas été tout autant que toi,
Se croyant pourtant immobiles !

Ils parcouraient des mers,
Traversaient des déserts,
Trouvaient repos près du puits.

Ils cherchaient comme toi
A amadouer leurs dieux,
Sacrifiaient aux voies sauvages.

Ils seraient allés jusqu’à s’abandonner
Eux-mêmes, sans cette voix un jour
Qui les retournait :

Précarité infinie
Qui se priait tout au fond d’eux,
Chant d’amour,
Tendresse inespérée ?

Ils reprenaient ainsi que toi la route,
Le cœur léger,
Sûrs d’un avenir délivré,

Confiants devant le vaste espace
De joie constellée.




*

jeudi 24 juillet 2008







La poésie
Est ce contact étroit que tu cherches
Entre le pain de jours
Et le vin des nuits,

Sans forcer le rêve
Sans épuiser l’attente,

Juste pour y goûter,
Comme cela
En passant :

Réveiller les mémoires
Qui sommeillent

Et décliner surtout
Toute vérité conquise.

Se souvenir
De l’homme qui tombe,

Vérifier la beauté et l’éclat
En marchant !




*

mercredi 23 juillet 2008






Dans ta vie poreuse
De passant vulnérable
Parfois l’éclat d’un chant
Te rend immédiatement présent
A plus grand que toi.

Et tu ne sais nommer
Cette lumière.

Le silence te suffit,

Comme une flamme au fond de toi,
Un bel oiseau,
Le souffle se ses ailes.




*

mardi 22 juillet 2008






.
.


L’arbre on le voit grandir des jours,
Des années, des siècles parfois ;

Mais toi, lorsque les jours sont accomplis,
Que tu as trouvé ta taille d’homme,
Que ta peau pour la première fois se ride,
Où vas-tu loger encore
La mélodie du temps ?

Qu’est-ce qui s’incarne en toi ?
Où s’élargit l’empreinte ?

Tu n’es pas voué à la demeure
Ni à l’abri, mais au passage
Dans les couloirs du vent !

Pourtant ton feuillage s’étend
Et tes branches se courbent,

Sous les voûtes de ton silence
Tout un peuple d’amis
Trouverait peut-être dans l’invisible
L’incomparable lumière.




*

lundi 21 juillet 2008







.
.


Et cela en toi qui se prie,
Qui cherche infiniment,
L’oreille collée à la nuit,

Qui balbutie des mots
Dont il ignore peut-être les notes,
La couleur, la portée, les syllabes,

Qui s’enfouit dans ton silence
En s’essayant surtout
A ne plus bouger,

Qui respire au rythme de ton sang,
S’élargit dans ton ventre,
Y ranime les braises,

N’est-ce pas toujours à ras de sol,
Dans cette odeur d'humus et de fruits mûrs,
Que cela te ramène ?




*

dimanche 20 juillet 2008


Un arbre parle peu
De son enfance

GUILLEVIC

.

.


Dans le sillage des mots
S’écrivent les traces de ton bonheur,

Terres d’enfance
Que tu ne fis qu’effleurer
Sous l’eau grave des journées.

L’amour pesait alors
Son poids de faute en surplis,

Tandis que toi,
Déjà tu guettais l’envol,

L’aigrette immaculée
Délivrant le pays.




*

samedi 19 juillet 2008






.
.


Ecrire pour nourrir le livre
Que l’on porte en soi,

Le découvrir
Page après page,

Pour l’habiter vraiment,

Le contempler à ciel ouvert
Et s’en tenir là,

Mesurer l’espace
Qu’il dessine en nous
Et s’y mouvoir vraiment,

Panser ses blessures,
Habiter ses rythmes,
Accueillir ses couleurs,

S’avancer pieds nus
Sur la terre sacrée
De son bonheur,

Entrer vivant au royaume
De ses résurrections.




*

vendredi 18 juillet 2008






.
.


Dès que tu fais silence
Tu laisses en toi
Monter le chant,

La forêt se redresse,
Les oiseaux se ravivent,

Les mots s’ordonnent un à un,
Sans un bruit.

La clairière s’illumine,
Tu sens que tu es là.

Tu découvres soudain
L’éclaircie des voyelles,

Et le ciel penché
Doucement sur ta main.




*

jeudi 17 juillet 2008






.
.


Le seul progrès est vertical,
Bien plus poreux
Que le ciel dans nos mains,

Plus incertain
Que cette pluie oblique,

Plus caché
Que l’or des matins !

Seul le nom
Nous arrime à la chose,

Mais comment dire le vent
Ou bien même ce souffle
Plus ténu qu’un silence ?

La flûte brisée
Se souvient-elle des notes
Qu’elle égrène?

Mais l’arbre, même couché,
Entend encore gronder en lui
Ce désir fou de vagues et de mer ?




*

mercredi 16 juillet 2008


Je contemple toujours les chemins.
J'y regarde ce qui te ressemble le plus -
ce qui brûle, danse, chante, espère, surprend, réjouit.
Oui c'est bien ce qui te ressemble le plus.
Et ce n'est pas toi.
Et c'est toi encore.

Christian Bobin





.


.


Pourvu que tu ne quittes sa main
Que son silence te parle
Tu marches en sécurité
Par des voies inconnues.

Nul rite familier
Mais, près de lui,
Cette assurance d’avancer
Dans l’espace du Poème,

Pays de la rencontre
Et des mots souverains.




*

mardi 15 juillet 2008






.
.


C’est un pays de joncs
De chevaux, de marais,
De rocs entremêlés,
De vents, d’embruns,
D’algues, d’oiseaux blessés,

Pays d’arbres, de mer
De terres assoiffées,
De granits dressés,
De calvaires, de gisants,
D’ossuaires flamboyants,

Pays de demeures cachées,
De bois, de haies,
De domaines enchevêtrés,
De stèles invisibles
Perdues au milieu des blés,

Pays de pierres,
De cathédrales levées,
D’îles gravées face au ciel,
De royaumes engloutis
De villes échouées sur les grèves,

Pays de pardons, de bannières,
De chapelles oubliées,
De chants illuminés,
De danses, de musiques,
De fêtes et de nuits,

Pays de solitude,
De poèmes enterrés,
De patience et d’espoir,
D’attente sans retour,
De feux inextinguibles,

Pays de foi,
De pèlerins transis,
Brûlés de l’intérieur,
De moines indestructibles,
Consumés dans la glaise,

Pays de ciels,
De matins incendiés,
D’ajoncs et de genêts,
De chemins et de nids,
D’auberges où la table est mise,

Pays de la parole
Où les siècles demeurent,
Où les voix ne se taisent,
Pays sans fin, sans limites,
Cherchant toujours son horizon,

Pays de rois, de prophètes,
Où l’on devine entre les lignes,
Où l’on croit comme on aime
Et où l’on cherche Dieu
Au plus secret de soi.




*

lundi 14 juillet 2008






.
.


Pour Ingrid Bétancourt


Chacun allant sans bruit
Silencieux vers lui-même,
Soupesant chaque fruit,
Caressant chaque tronc,

Se heurtant chaque jour
Aux ronces des problèmes
Mais ne renonçant pas
A voir enfin la plaine,

S’en allant son chemin
De femme, d’homme,
S’employant sans compter
A faire grandir la joie,

Etonné d’épouser des ombres,
Cherchant la douceur même,
Voulant taire sa soif
Aux eaux de la tendresse,

Toujours familier des nuits
Guettant sans fin le jour,
Comptant les arbres, les nids
Retournant chaque pierre,

Cherchant enfin le lieu
Où l’on croit, où l’on aime
Sûr de le porter déjà
Comme un trésor au fond de soi !




*

dimanche 13 juillet 2008



Je viens, chemins,
De découvrir

Que vous étiez faits
Pour aller d'un endroit
Vers un autre.

Je vous voyais
Pareils à moi,

Errant, cherchant,
Essayant

D'échapper au temps.

GUILLEVIC




.
.


Le ciel promet plus
Que nous ne pouvons tenir,

Mais il demeure ouvert
Tandis que nous l’oublions,
Familiers des nuages.

Il garde ses clartés soudaines,
Ses vols d’oiseaux,
Ses éclats.

Nous serions prêts à renier l’aile
Qui trois fois nous frôle,

Mais l’étrange douleur pourtant
Aux parfums de larmes
Et de joie,
Elle ne nous quitte pas !




*

samedi 12 juillet 2008






.
.


Les jours où tu te dis
Qu’un seul poème suffirait,

Peut-être même une seule ligne,
Un seul mot,

Une seule porte
Dans l'invisible,

Tu quémandes
Le moindre souffle du vent.

Tu laisses le grain à lui-même
Pour qu’il germe.

Tu te fis à l’obscur,
Tu cherches en toi la seule parcelle
Où cela dit oui.

Les mains ouvertes, les yeux clos,
Tu contemples ta mort
Comme un abîme à traverser.

Un visage te concilie
Eclairant tous visages,

Un nom que tu murmures,
Un regard qui ne te quitte pas.




*

vendredi 11 juillet 2008







.
.


Notre capacité d’oubli
Est aussi forte
Que notre peur de la mort,

Aussi redoutable
Que notre manque à aimer.

Là où le temps s’est déchiré,
Un jour ou l’autre,
Ça se referme,

Et nous cherchons,
Comme en aveugles,
La flamme intense
Qui nous avait saisis.




*

jeudi 10 juillet 2008






.
.


Tu n’as pas à vouloir aller
Plus loin que Celui qui te cherche.

Tu as juste à laisser tomber tes herses,
A cesser de trembler,

A écouter l’oiseau,
Le silence de ses ailes,

A te laisser conduire
Là où le chant se donne :

Justement ce chemin
Où tu ne voulais pas aller.




*

mercredi 9 juillet 2008






.
.


Offre-moi du temps qui tienne,
Du temps qui soit debout,
Du temps qui chante,
Du temps cathédrale,

Offre-moi du temps
Qui pousse vers moi ses branches,
Du temps qui aime,
Du temps pour l’oiseau,
Du temps poème,

Offre-moi du temps qui danse,
Du temps pour le vent,
Du temps fou,
Du temps qui s’étoile,

Offre-moi du temps pour le ciel,
Du temps ébloui,
Du temps étincelle,

Du temps dressé là
Comme un arbre vivant
Déployé dans l’instant,
Du temps éternel !




*

mardi 8 juillet 2008






.
.


Qui n’a pas connu
Cette brusque césure,
Cet oubli dans sa vie,
Ne saura pas le chant
Ni la mort qu’il domine.

Il faut avoir trempé ses doigts,
Et ses mains, et son corps tout entier
Dans la vaste énigme
Pour entendre, un jour peut-être,
Sourdre de soi
La musique des mots,
Souveraine inconnue !




*

lundi 7 juillet 2008






.
.


Et si nous parvenions
A nous affranchir vraiment
De cela qui nous pèse,

Si nous hissions très haut
Les mots de nos chansons
Sans plus regarder en arrière,

Si nous laissions l’amour
Gagner en nous,
Brûler les herbes sèches,

S’il nous était possible
De descendre sans bruit
Jusqu’au puits des détresses,

De nous laisser tomber,
Humbles et nus,
Simples fruits mûrs sur la pierre,

Peut-être entendrions-nous
Pour la première fois
La patiente vigie
Nous crier terre, terre !




*

dimanche 6 juillet 2008



Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles
sur les arbres de mon pays.
Les branches sont libres
de n'avoir pas de fruits.
On ne croit pas à la bonne foi
du vainqueur.
Dans mon pays, on remercie.

René Char

.

.


Puisque les mots s’adoubent,
Sans façons,
Tu n’as pas à chercher plus loin
Le sacre, l’éclaircie.

Tu fais ton métier
De charpentier du verbe,
Ajustant une à une
Les syllabes à ton pas.

Tu marches sans te lasser
Au hasard des chemins
Dressant çà et là quelques stèles,

D’improbables éclats.




*

vendredi 4 juillet 2008






.
.


La poésie est fille du vent
Et de la nuit :
Avec elle rien n’est jamais acquis !

Quand elle se faufile impassible
Sous les eaux vives,
Tu n’as aucune chance de l’attraper.

Parfois elle bat des ailes tout en haut
Du mât de l’alouette :
Tu n’en tire nulle gloire,

Toi qui te contentes
De contempler son chant inversé
Dans les flaques du ciel !

Tu aimes sa compagnie sauvage,
Sœur indestructible de la mort,
Ton double, ton amie.




*

jeudi 3 juillet 2008






.
.


Parfois un seul visage
Dans le filigrane des jours
Eclaire le paysage,
Comme s’il allait réveiller en toi
Les sources.

Puisses-tu rester ainsi fidèle
A la lumière d’un regard,
T’accompagnant sans fin
Dans la trame invisible des heures !

Ce goût de vie,
Cette flamme dans les yeux,

Dans les mains cette eau pure
Soudain à partager !




*

mercredi 2 juillet 2008






.
.


Qu’un poème soit donné,
Sarment abouti de l’âme,

Constellation offerte
Dans la nuit en lambeaux,

Visage
Que la foule oppresse,

Ou bien matin
Posé enfin sur toutes choses !

Le soleil de la parole
Aura encore raison des pluies
Qui changent en boue le chemin.




*

mardi 1 juillet 2008






.
.


Revenir au mot,
A la pureté
De son silence,

Se fier entièrement
Au mystère
Qu’il condense.

Accueillir le souffle
Respirer la présence,

Sentir le vent
S’effacer
Dans les mains.


.


Tu cherches
A pas secrets
Le jour
De tes naissances,

Tu reviens à ces mots
Qui ne furent jamais dits,

Mais prononcés depuis
Par des lèvres innombrables,

Je vous salue,
Et puis cela suffit.




*
[URL=http://www.compteur.fr][IMG]https://www.compteur.fr/6s/1/6057.gif[/IMG][/URL]